Créés il y a un peu plus de sept ans par la loi Avenir professionnel, les opérateurs de compétences (Opco) se retrouvent aujourd’hui sous le feu des projecteurs. L’Inspection générale des affaires sociales (Igas) a publié, le 18 novembre 2025, un rapport sans concession sur leur fonctionnement, identifiant un gisement d’économies de plus de 200 millions d’euros et 1 500 emplois.
Le constat est sévère. Les frais de fonctionnement de ces organismes paritaires, chargés de financer l’apprentissage et d’accompagner la formation professionnelle dans les PME, ont bondi de 18,5 % en quatre ans, passant de 605 millions d’euros en 2020 à 720 millions en 2024. Dans le même temps, leurs effectifs ont progressé de 13 %, atteignant 6 260 équivalents temps plein.
Pour l’Igas, cette trajectoire “n’est pas soutenable dans la durée” et témoigne d’un manque d’efficience préoccupant. Si l’augmentation des charges s’explique en partie par la progression de l’activité, les inspecteurs déplorent l’absence de gains d’efficacité significatifs. “Le contexte économique et budgétaire s’est dégradé depuis la création des Opco”, souligne le rapport, qui appelle à des “mesures fortes”.
Les systèmes d’information illustrent particulièrement bien les coûts induits par la dispersion entre les 11 opérateurs. Chacun a pris de manière isolée ses propres décisions en matière d’infrastructures, d’hébergement des données ou de systèmes de sécurité, sans réelle mutualisation. Une situation qui aurait pu être évitée par un meilleur cadrage des conventions d’objectifs et de moyens (COM).
Les pistes d’économies identifiées par la mission portent sur plusieurs domaines. La rationalisation des surfaces immobilières, jugées “surdimensionnées au regard de l’occupation et des besoins”, pourrait permettre une réduction d’un tiers. Le développement des achats en commun, aujourd’hui quasi inexistants, constitue également un gisement d’économies, qu’il s’agisse d’outils numériques, de mobilier de bureau ou de parcs automobiles.
L’Igas préconise aussi un meilleur financement des missions d’appui aux branches. Actuellement majoritairement financées par les fonds de l’alternance, destinés aux contrats d’apprentissage, ces missions devraient davantage être prises en charge par les fonds conventionnels ou volontaires. Un plafonnement à 50 % du financement par les fonds légaux est proposé.
Concernant les dossiers du plan de développement des compétences (PDC), une économie de 46 millions d’euros est jugée réalisable sur les frais de gestion.
Mais c’est surtout sur la gestion des contrats d’apprentissage que les économies potentielles sont les plus importantes. Cette activité mobilise 26 % des effectifs des Opco et représente 143 millions d’euros de frais de fonctionnement. L’Igas propose trois scénarios : une simple convergence vers les coûts les plus bas (48 millions d’économies), la création d’un groupement d’intérêt économique qui coordonnerait la gestion de tous les contrats d’apprentissage (63 millions d’économies) et un transfert complet de cette mission à l’Agence de services et de paiement (ASP), qui générerait 100 millions d’économies.
C’est ce dernier scénario que privilégie la mission, avec une mise en œuvre envisagée pour 2027. “L’ASP deviendrait alors un guichet unique pour les entreprises, gérant à la fois les contrats d’apprentissage et les primes à l’embauche”, tout en unifiant les contrôles de lutte contre la fraude.
L’igas prend soin de rassurer : “ce transfert ne constituerait pas une remise en cause fondamentale de l’action des Opco, estime le rapport. Au contraire, il confirme [ces actions] là où leur plus-value est la plus forte” : l’expertise apportée aux entreprises et aux branches pour adapter l’offre de formation aux besoins tout enfacilitant l’accès des formations à la formation. Le cœur de métier des Opco, selon l’Igas, ne réside pas dans la gestion administrative des contrats.
La mise en œuvre de ces recommandations s’annonce néanmoins délicate. Le projet de loi de finances pour 2026 prévoyait déjà une économie de 100 millions d’euros au titre de la “rationalisation du soutien aux Opco”. Un amendement adopté, le 9 novembre, en commission des finances de l’Assemblée nationale a toutefois rétabli ce financement, le texte devant être définitivement adopté d’ici la fin décembre.
L’Igas demande que cet éventuel transfert à l’ASP soit “soigneusement préparé et accompagné” en raison de “ses conséquences sur les ressources humaines et le financement des Opco”. La mission préconise également de transformer la structure des conventions d’objectifs et de renforcer le pilotage financier des opérateurs par la Délégation générale à l’emploi et à la formation professionnelle.
Après avoir déjà perdu la collecte de la contribution formation des entreprises, en 2018, les Opco se trouvent à un tournant de leur histoire, contraint de démontrer leur efficacité dans un contexte budgétaire tendu.

Cet article provient du site Editions Législatives - ActuEL RH