Alors qu’elle est présentée par le gouvernement comme un outil permettant aux entreprises de trouver ou de fidéliser des compétences qui font défaut sur le marché du travail et aux salariés comme un gage de reconnaissance, d’évolution de carrière et de meilleure rémunération, la validation des acquis de l’expérience (VAE), créée il y a 23 ans par la loi de modernisation sociale de 2002, peine toujours à trouver son public : en 2019, seules 22 000 personnes ont obtenu la certification qu’elles visaient.
La procédure, qui n’est pas des plus limpides pour les candidats comme pour les entreprises, a été retouchée plusieurs fois récemment afin de tenter de la simplifier et d’assurer un accompagnement des candidats.
La loi sur le marché du travail du 22 décembre 2022 a ainsi :
- ouvert la VAE à toute personne (y compris les aidants familiaux) justifiant d’une activité en rapport avec la certification visée ;
- prévu un accompagnement des candidats dès le début de leur démarche ainsi que la création d’un service public de la VAE via un groupement public associant l’Etat, les Régions, les ATPro, les Opco, l’Afpa, etc. Reste que ce groupement public n’a toujours pas été créé et qu’il ne devrait pas l’être ;
- donné la possibilité d’acquérir des compétences par bloc en vue d’une certification au répertoire national (RNCP) ;
- donné la possibilité de faire financer par les ATPro (en cas de projet de changement de métier) les dépenses de la VAE ;
- ouvert la voie à une expérimentation pour associer VAE et contrat de professionnalisation.
Des décrets sont venus préciser certaines de ces modalités comme :
- la nouvelle composition du jury de VAE et le passage de 24 à 48 heures de l’autorisation d’absence du salarié pour sa présentation devant le jury ;
- l’accompagnement personnalisé dont peut bénéficier le salarié : l’arrêté du 3 juillet 2025 précise que l’accompagnateur doit aider le candidat à définir les étapes de son parcours de VAE, lui proposer si besoin plusieurs formations complémentaires, déposer à son compte si besoin le dossier de validation auprès du certificateur, etc ;
- de nouvelles équivalences pour la certification des compétences acquises pendant un mandat ;
- les conditions pour faire financer par le compte personnel de formation (CPF) les actions permettant de faire valider les acquis de l’expérience [décret du 18 juillet 2025 entrant en vigueur le 1er août, dans notre édition du jour], qu’il s’agisse de salariés comme de demandeurs d’emploi.
Lors d’un comité stratégique réunissant les ministres du travail et de l’éducation nationale, le mardi 22 juillet, le gouvernement a redit son ambition sur la VAE tout en reconnaissant les difficultés réelles des parcours des candidats. “La VAE, on y croit beaucoup mais elle est encore sous-utilisée parce qu’elle est encore méconnue et compliquée pour les candidats eux-mêmes. Il y a aussi les délais trop longs pour constituer les jurys. Nous avons donc voulu créer une « team VAE » regroupant l’ensemble des parties prenantes (les ministères, les certificateurs, les opérateurs de compétences les Régions) pour débloquer un à un tous les obstacles”, a expliqué Astrid Panosyan-Bouvet, la ministre en charge du travail, son cabinet soulignant également le besoin des salariés peu à l’aise avec l’écrit de se faire accompagner pour monter leur dossier.
Pour l’Etat, il s’agit moins de lancer de nouveaux textes législatifs et réglementaires, et encore moins de consacrer de nouveaux moyens financiers à la VAE, que de tenter d’optimiser l’ensemble du processus afin de faire passer le niveau annuel de VAE à environ 40 000 dossiers, en évitant aussi les nombreux cas d’abandon ou d’échec.
Comment ? En regroupant d’ici la fin de l’année toutes les informations pratiques sur la VAE et toutes les formations dans le portail France VAE, et en réduisant les délais, notamment en organisant mieux le travail des jury. “Pour la première fois, à la fin de l’année, nous pourrons suivre avec le portail France VAE le flux des entrées et des certifications”, se félicite-t-on au cabinet du ministère du travail qui insiste sur la gestion totalement dématérialisée des dossiers.
Les Régions, mais aussi les branches et les entreprises, sont également invitées à faire davantage connaître la VAE et à accompagner financièrement le parcours diplômant, même si le compte personnel de formation (CPF) peut, depuis le décret du 18 juillet 2025 qui entre en vigueur le 1er août prochain, financer l’ensemble des frais.
Le gouvernement compte aussi sur le développement de projets de VAE collectives associant plusieurs salariés d’une même entreprise, l’entreprise étant invitée à soutenir voire à piloter ces projets dans le cadre d’une évolution des compétences et des métiers en interne. Il y a aussi la piste, pour l’instant toujours floue, d’inclure la VAE dans les différents outils de transition professionnelle évoqués dans l’accord récent des partenaires sociaux.
En revanche, le groupement public qui devait regrouper tous les acteurs semble avoir du plomb dans l’aile : l’heure ne semble plus à la création d’une telle structure, synonyme de dépenses nouvelles pour le gouvernement. “Un comité stratégique très opérationnel qui réunit deux fois par an l’ensemble des acteurs, c’est peut-être plus efficace et moins coûteux qu’un groupement d’intérêt public”, a officialisé hier, lors d’une très courte conférence de presse, Astrid Panoysan-Bouvet, la ministre en charge du travail.
En attendant, le ministère du travail pare la VAE de toutes les vertus : en validant des compétences réelles, elle peut jouer un rôle d’ascenseur social et de carrière ascendante pour les salariés, mais aussi permettre aux employeurs de fidéliser leurs effectifs, notamment via des VAE communes à plusieurs salariés. Le cabinet du ministre du travail y voit aussi une façon d’améliorer la productivité du travail.
Une gageure sans moyen financier apporté par l’Etat ? Visiblement, le ministère semble compter sur l’apport du CPF, des branches et des régions. Du côté du ministère du travail, on assure que le pari peut être gagné. Depuis le début de l’année, 18 000 nouveaux candidats à la VAE, dont 15 % concernent de nouvelles certifications présentes sur la plateforme France VAE, ont commencé leur parcours. Un signe jugé encourageant, même si Astrid Panosyan-Bouvet refuse de se fixer un objectif annuel de certifications : “Les taux de réussite sont en train de s’améliorer grâce au processus simplifié et accéléré. Nous verrons à la fin de l’année si nous passons la barre des 20 000 diplômés”.
Du côté du ministère de l’éducation nationale, on n’assure n’avoir aucun dédain pour les formations validant les compétences de l’expérience : “Je crois beaucoup à la VAE car on peut progresser tout au long de sa vie professionnelle (..) L’enseignement supérieur s’engage totalement dans cette voie, d’ailleurs tous les BTS seront inscrits sur France VAE d’ici la fin de l’année”, a expliqué Elisabeth Borne, la ministre de l’éducation et de l’enseignement supérieur.
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Les étapes d’une VAE
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1. S’inscrire sur le portail France VAE pour candidater à une VAE. Dès l’inscription, un accompagnement est possible, financé par le compte personnel de formation, son employeur, l’opérateur de compétences de sa branche, etc. ; 2. Choisir la certification professionnelle ou le bloc de compétences visé ; 3. Remplir son dossier : informations sur la certification ou le bloc de compétences visé, expériences et activités du salarié, avis éventuel de l’accompagnateur ; 4. Réponse sous deux mois de l’organisme certificateur ; 5. En cas de réponse favorable, le candidat a six mois pour engager sa démarche ; 6. Le salarié doit décrire ses compétences et connaissances mobilisées lors de son expérience, et transmettre ce dossier via le portail France VAE. L’accompagnement peut être à cette étape très utile pour l’écriture de ce dossier et la préparation à l’entretien devant le jury ; 7. Le salarié passe devant un jury qui valide totalement (certification) ou partiellement (blocs de compétences) ou refuse la VAE. Le salarié peut s’absenter 48 heures pour se présenter devant le jury. |

Cet article provient du site Editions Législatives - ActuEL RH