Alors que le budget de la défense est appelé à s’accroître pour faire face à la “menace russe”, l’idée d’adapter l’offre de formation à la nouvelle feuille de route militaire fait son chemin au sein de l’Opco 2I. Selon Pascal Le Guyader, vice-président de l’opérateur inter-industriel, directeur général adjoint du Leem, l’un des opérateurs de compétences agréés par l’Etat pour accompagner la formation professionnelle des salariés des entreprises, “les branches professionnelles concernées, la métallurgie, l’énergie, la chimie, le nucléaire, consultent actuellement leurs adhérents pour connaître leurs besoins et les leviers nécessaires pour engager cet effort supplémentaire de production, qu’il s’agisse des obus, des ogives, des drones, des sous-marins ou encore des chars”. Pour l’heure, aucune commande de l’Etat n’a été passée, mais l’Opco 2I compte bien se tenir fin prêt pour répondre à un accroissement potentiel de la production.
Globalement, 200 000 collaborateurs (sur près de 3 millions) pourraient contribuer à cette industrie de la “défense”.
Car sans nul doute, cette transformation est aussi une question RH. Mais elle nécessite, selon ses dirigeants, de revisiter plusieurs dispositifs de formation. A défaut, les entreprises concernées risquent de manquer de compétences indispensables à leur montée en puissance.
Reste à savoir quel budget pourrait y être consacré. L’Opco renégocie en septembre avec le ministère du travail, une nouvelle convention d’objectifs et de moyens (COM) pour trois ans (2026-2029). Laquelle doit définir les modalités de financement et le cadre d’action de l’opérateur au regard des objectifs assignés et des résultats attendus de ce dernier. Or, pour Edwin Liard, vice-président de l’Opco (FO métaux), “les politiques budgétaires doivent être cohérentes avec les politiques stratégiques”.
C’est pourquoi, les dirigeants avancent d’ores et déjà plusieurs pistes pour répondre à ces nouvelles orientations. Primo, ils préconisent le retour de la mutualisation du plan de développement des compétences ; la loi Avenir professionnel ayant circonscrit les financements aux seules entreprises de moins de 50 salariés. Une règle préjudiciable pour les entreprises du périmètre de l’Opco. D’où une demande de “rééquilibrage” auprès de France compétences.
Secundo, ils réclament le prolongement du contrat de professionnalisation expérimental, un dispositif qui a pris fin en décembre 2024. Ce contrat est, en effet, selon l’opérateur, un dispositif “gagnant-gagnant” : il permettait aux personnes en recherche d’emploi, notamment les plus éloignées du marché du travail, de bénéficier d’une formation personnalisée tout en offrant aux entreprises la garantie d’embaucher un salarié formé aux compétences requises.
Autre piste : donner une meilleure visibilité à la préparation opérationnelle à l’emploi (POE), tout en déliant les cordons de la bourse. Car selon les informations de l’Opco, les budgets 2025 seraient en baisse, de l’ordre de 40 % par rapport à 2024 (fixé à 12 millions d’euros).
Quadro, l’opérateur mise sur le contrat d’alternance. D’ores et déjà la dynamique est soutenue : 82 600 nouveaux contrats ont été signés en 2024. Entre 2020 et 2024, le nombre total d’alternants dans l’industrie a connu une hausse de 36 %, pour atteindre 133 534 alternants en 2024. Mais l’Opco 2I alerte sur les récents freins budgétaires qui “fragilisent ce modèle pourtant performant”, à savoir la réduction des aides à l’embauche sur le contrat d’apprentissage et la fin des aides aux contrats de professionnalisation, en mai dernier. Ces signaux faibles ont déjà un impact : “on constate une progression limitée à +2 % pour l’apprentissage en 2024 alors que l’objectif initial était de 3 % ainsi qu’une baisse de 19 % pour les contrats de professionnalisation”, souligne Edwin Liard.
| “La mutualisation de la gestion informatique des contrats d’apprentissage permettra de réaliser des économies” |
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La mission de l’Igas, chargée de dégager des pistes de mutualisation entre les différents Opco, ne semble pas trop inquiéter l’Opco 2I. “Nous avions d’ores et déjà lancé des travaux pour dégager quelques axes d’efficience à mettre en œuvre au sein des différents Opco en vue de notre prochaine convention d’objectifs et de moyens, affirme Pascal Le Guyader, vice-président de l’opérateur. Cette mise en commun permettra de réaliser des économies. A défaut, les budgets de chaque convention seront réduits et nous serons tous confrontés à des difficultés de gestion”. “Nous sommes donc favorables à ce que la DGEFP puisse initier cette réflexion”. La première piste porte sur la mutualisation de la gestion informatique des contrats d’apprentissage. Deux exigences toutefois : “que cette mutualisation se fasse au sein d‘un GIE (groupement d’intérêt économique) ou qu’elle repose sur un Opco qui gère cette mission mutualisée pour l’ensemble des autres opérateurs”. En clair, pas question que le dossier migre vers France compétences ou la Caisse des dépôts et consignations. “Il s’agirait, dans ce cas, d’une remise en cause du paritarisme”. Une perspective écartée d’emblée par les dirigeants de l’Opco 2I. Les conclusions du rapport sont attendues pour septembre. |

Cet article provient du site Editions Législatives - ActuEL RH