Cinq ans après leur création, les opérateurs de compétences, qui ont vu le jour avec la loi Avenir professionnel, sont-ils en ordre de marche ? Visiblement non. Après de vives critiques sur la gestion de l’Opco des entreprises de proximité, la Cour des comptes dresse, dans un autre rapport publié le 18 février, une charge virulente à l’encontre de l’Opco Akto, appelé également opérateur des entreprises et des salariés des services à forte intensité de main-d’œuvre. Un ensemble protéiforme qui réunit 27 branches dont celles des organismes de formation, de la sécurité, de la restauration rapide ou encore des hôtels-cafés-restaurants. Soit au global, 350 000 entreprises et huit millions de salariés et intérimaires.
Pour les Sages de la rue Cambon, l’opérateur “n’a toujours pas d’organisation stabilisée, efficace et lisible par tous, ce qui nuit à sa performance”.
Parmi les griefs, la Cour des comptes relève que l’”externalisation de certaines fonctions (systèmes d’information, finances, transformation) au moment de la création de l’opérateur n’a pas permis de sécuriser son organisation et son fonctionnement, contribuant même à le déstabiliser par les changements multiples de directeurs chargés de ces fonctions”.
En outre, elle souligne que le pilotage de la masse salariale et la prospective sur les emplois et les compétences sont “insuffisants”. Et pointe “d’importantes carences en matière de respect des règles de la commande publique”.
Certes, elle concède que la “récente création d’une direction générale adjointe chargée des finances (finances, comptabilité, contrôle de gestion, collecte et référentiel, achats, contrôle interne) devrait y contribuer et opérer des redressements nécessaires”. Mais elle appelle à procéder au recrutement d’un responsable de la sécurité des systèmes d’information. Car l’absence de tels systèmes harmonisés “a pénalisé et pénalise encore de trop nombreux projets”, qu’il s’agisse du déploiement de nouveaux outils de pilotage (système d’information financier), d’offre de services adaptée aux besoins (portail internet) ou de la gestion des dossiers (apprentissage, FNE formation).
Il y a urgence. Car ces difficultés d’organisation interne ont une incidence très concrète : elles entraînent des retards dans le traitement et le suivi des dossiers transmis par les entreprises et les branches professionnelles de son périmètre : alternance, FNE-formation, plan de développement des compétences pour les entreprises de moins de 50 salariés. De plus, l’opérateur doit veiller à davantage intégrer une dimension “interbranches” dans sa stratégie afin d‘assurer une meilleure allocation des moyens.
Autre recommandation : intensifier ses interventions auprès des entreprises dans un objectif aussi bien quantitatif que qualitatif, par exemple en ciblant des formations pertinentes.
Un objectif qui implique une “révision du portail internet de l’opérateur”, celui-ci ne “[répondant] pas aux besoins des entreprises”.
Quelques bons points toutefois : la Cour reconnaît qu’Akto a su relever un défi important en accompagnant la dynamique nationale de développement de l’apprentissage et qu’il a su se mobiliser sur les dispositifs de gestion de crise. De plus, “son rayonnement territorial et sa capacité à mobiliser des subventions et à nouer des partenariats constituent par ailleurs de réels atouts”. Même si pour les magistrats, la qualité de la relation avec les entreprises “tient davantage à l’engagement des salariés qu’à une offre de service pleinement opérationnelle”.
Enfin, la situation financière de l’Opco “n’appelle pas d’inquiétude majeure”. Mais la Cour des comptes se veut prudente : “une vigilance particulière est requise au regard des constats dressés précédemment et de la baisse continue de ses réserves”.
| La réponse d’Akto |
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Dans un courrier du 29 janvier dernier, Laurent Barthélémy, président d’Akto (collège employeurs) et Jean Hedou, vice-président (collège salariés, FEETS-FO), ont répondu à la Cour des comptes. Ils indiquent que les membres du conseil d’administration d’Akto s’interrogent sur “la portée des critiques de la Cour sur les choix stratégiques et de fonctionnement retenus par la gouvernance de l’Opco”. Ils rappellent que “ces choix relèvent de l’autonomie politique du conseil d’administration en lien étroit avec les CPNE FP de branche et les sections paritaires professionnelles”. Ils appellent donc au “strict respect du cadre légal, réglementaire et conventionnel qui a été donné aux partenaires sociaux et les a amenés à créer le présent cadre statutaire de l’Opco”. S’agissant des critiques spécifiques, ils insistent sur l’”ampleur” et la “complexité de la fusion opérationnelle”. Et soulignent que la Cour “[minore] les travaux de l’observatoire et des services déployés par Akto”. A leurs yeux, les “réajustements continus des politiques publiques liées aux dispositifs gérés par l’Opco ont confronté celui-ci à un impératif d’adaptation opérationnelle toujours grandissant”. Ils rappellent également que deux des recommandations formulées par la Cour, à savoir la réorganisation de la direction générale et la valorisation des travaux de l’observatoire, ont d’ores et déjà été mises en place en décembre 2023. “Le site Web ouvert en avril 2024 dernier assure une large communication sur des enquêtes, portraits, fiches métiers et travaux prospectifs produits”. Cette année, ils doivent se saisir des questions relatives au schéma directeur informatique, à la sécurité informatique, aux effectifs cibles ainsi qu’à la stratégie d’achats de fonctionnement. |

Cet article provient du site Editions Législatives - ActuEL RH