Inciter les partenaires sociaux à partager analyses et diagnostics sur les grands enjeux liés au travail, à l’emploi et aux retraites dans l’idée de dégager un éventuel consensus pour favoriser des changements : tel est l’objet du cycle de discussions piloté par l’ancien directeur général du travail, Jean-Denis Combrexelle, et qui associe des interventions d’experts.
Après avoir défini en janvier les thèmes à aborder et le calendrier, les participants ont évoqué en février le pilotage du système des retraites et la pénibilité, la qualité du management et l’emploi des jeunes..
Vendredi 13 mars, toujours en l’absence du Medef (la porte leur reste ouverte, a encore précisé vendredi soir Jean-Denis Combrexelle), les participants ont planché sur plusieurs thématiques : le travail autour des risques professionnels et de leur prévention, l’emploi autour de l’accompagnement des transitions professionnelles et des mutations économiques, les retraites autour d’une comparaison internationale des systèmes existants et des mécanismes de solidarité.
Dans l’atelier travail animé par Jean Agulhon, le DRH de la RATP (il a aussi été DRH de Renault), une forme de consensus s’est dégagée selon ce dernier sur la nécessité de former de façon plus forte les acteurs de la prévention, et d’accorder davantage d’importance au principe de l’écoute des travailleurs pour mieux prendre en compte le travail réel, un thème déjà abordé dans la conférence.
“L’association des salariés dans la construction des plans de prévention est à mieux organiser”, soutient le DRH qui estime qu’une articulation entre dialogue social et dialogue professionnel pourrait permettre de faire avancer les choses. Il faut aussi, a-t-il ajouté, mieux prendre en compte le problème de la sous-traitance.
Les responsables syndicaux qui ont pris la parole sur cette thématique ont nuancé le terme de consensus. Pour FO, Patrick Privat a rappelé que plusieurs organisations syndicales regrettaient la disparition du CHSCT, dont les moyens étaient importants et les membres préparés à ces questions. “En France, nous avons deux morts par jour au travail dans le privé. L’enjeu majeur est là : comment améliorer les choses, comment les éviter ?”
Pour le représentant FO, il faut certes du dialogue social autour de la prévention, mais il faut aussi appliquer les sanctions : “Chez nous, c’est la peur du gendarme qui fait modifier les comportements. S’il y a des infractions, il faut des condamnations”.
La présentation dans cet atelier, par Bernard Thibault, l’ex-secrétaire général de la CGT, de la charte sociale des Jeux Olympiques de Paris a été mise en avant par Denis Gravouil (CGT). “On a vu avec cette charte qu’on a pu éviter des accidents mortels dans ces JO, en travaillant sur la sous-traitance et les conditions de travail.” Un constat partagé par Patrick Privat : “Cela démontre bien qu’il faut dépasser une approche entreprise par entreprise et avoir une prévention à l’échelle d’un site”.
Dans l’atelier emploi, au sujet de l’accompagnement des transitions professionnelles et des mutations économiques, le “garant” Jean-Marie Marx (1) a mentionné le témoignage de Jean-Dominique Sénard, qui a dirigé Michelin avant de superviser Renault, et qui a aussi défendu une meilleure représentation des salariés dans les conseils d’administration. Mais ce nom a fait grincer Thomas Vacheron, de la CGT, lors de la conférence de presse de restitution organisée vendredi soir : “Michelin a organisé sa propre concurrence en délocalisant, y compris en Chine. Et ils ont concentré au maximum leurs instances représentatives pour profiter des ordonnances Macron !”
Pour Jean-Marie Marx, un des constats partagés par les participants touche au manque d’anticipation des mutations par les branches et le défaut de coordination de tous les acteurs impliqués (collectivités locales, partenaires sociaux, Etat). “La mise en œuvre opérationnelle continue de poser problème”, a-t-il souligné. Jean-Marie Marx a cité le manque de dossiers effectifs traités par le dispositif Transco (accompagnement des reconversions professionnelles) ainsi que la faible utilisation par les entreprises des entretiens professionnels, qui sont pourtant un moyen d’anticiper les évolutions et les reconversions.
A l’image de Thomas Vacheron (CGT), les intervenants ont également déploré le décalage entre le constat partagé d’un besoin énorme de formation pour faire face aux transitions technologiques, numériques et écologiques, et la baisse des crédits qui y sont affectés avec l’encadrement du compte personnel de formation. La façon de traiter les reconversions (accord de branche ou d’entreprise) ne fait pas consensus en revanche.
La comparaison internationale des systèmes de retraite et de solidarité a été résumée ainsi par Michel Yahiel (2) : “On a débouché sur l’idée qu’on pourrait commencer à travailler autour des objectifs des régimes de retraite et de leurs paramètres pour les cartographier et les soumettre au débat, pour qu’on puisse viser, non pas un consensus sur des mesures à prendre, mais une vision cohérente des objectifs qu’une réforme pourrait viser”.
Cette présentation a fait réagir, lors du point presse, plusieurs représentants syndicaux. “Il n’est pas inintéressant de faire des comparaisons internationales, mais pourquoi ne pas parler des inégalités existantes avant de parler des mécanismes de solidarité qui les corrigent”, a lancé Denis Gravouil (CGT) selon lequel en l’absence de tels mécanismes, les pensions des femmes seraient ide 42 % inférieurs à celles des hommes.
Après avoir réitéré la demande des organisations syndicales de voir supprimer la réforme des retraites de 2023, Denis Gravouil a également souligné les effets des politiques actuelles : “Quand on coupe un quart des dépenses d’assurance chômage, on provoque des effets sur les pensions des personnes concernées qui se verront dans 30 à 40 ans !”
Patrick Privat (FO) a aussi tempéré l’enthousiasme de Michel Yahiel qui s’était risqué à évoquer une certaine vision cohérente de la part des intervenants : “N’attendez pas des positions fermes sur le sujet, il y a quatre congrès syndicaux cette année”. Justement, du fait du congrès de FO qui se déroule en avril, les prochaines dates de la conférence travail emploi retraites vont être décalées : il n’y aura pas de séance le 17 avril. La séance réunissant l’ensemble des thématiques se déroulera également plus tard, et non pas le 12 mai comme prévu.
(1) Jean-Marie Marx préside l’Association française pour la formation professionnelle (Afpa). Il a été Haut commissaire aux compétences et directeur général de l’Apec, l’association pour l’emploi des cadres.
(2) Actuel président de l’Autorité des relations sociales des plateformes d’emploi (Arpe), Michel Yahiel a été commissaire général de France Stratégie et conseiller social de François Hollande ainsi président de l’ANDRH.
► Les autres participants de cette journée ne se sont pas exprimés lors du point presse.

Cet article provient du site Editions Législatives - ActuEL RH