Santé mentale au travail : quand les DRH entrent dans la partie


A la une

La notion de santé mentale, longtemps cantonnée à la sphère privée, s’invite désormais dans les entreprises françaises. Dispositifs de signalement, référent harcèlement, ligne d’écoute psychologique, formation des managers… Les mesures de prévention se multiplient, portées par des directions des ressources humaines conscientes de l’impact du mal-être sur la productivité.

Une vaste étude publiée conjointement par la start-up Moka.Care et le Groupe hospitalier universitaire Paris psychiatrie & neurosciences, en partenariat avec l’Ifop, vient confirmer l’ampleur du phénomène. Menée auprès de 2 200 salariés et 400 professionnels des ressources humaines, elle dresse un tableau préoccupant de la situation dans l’Hexagone.

Selon ces données, trois salariés sur dix estiment ne pas travailler dans un environnement sain et respectueux. Un tiers d’entre eux déclarent avoir été témoins ou victimes de violences verbales ou de harcèlement au travail.

Un impact direct sur la productivité

Ces problématiques, loin d’être anecdotiques, affectent directement la vie professionnelle. La baisse de motivation et d’engagement se traduit par un travail moins efficace, des arrêts maladie ponctuels, des prises de congés imprévues ou des jours de télétravail supplémentaires pour éviter le bureau.

Plus inquiétant encore, les professionnels RH, pourtant en première ligne sur ces sujets, ne sont pas épargnés : 45 % d’entre eux se sont déjà arrêtés quelques jours pour des raisons de santé mentale, contre 36 % pour l’ensemble des salariés.

Si plusieurs facteurs, tant personnels que professionnels, s’imbriquent pour expliquer cette situation, le travail figure en tête des causes de mal-être (87 %), devançant la famille (82 %) et la vie amoureuse (79 %).

Un phénomène qui touche particulièrement les femmes

L’étude révèle également que trois salariés sur dix déclarent avoir déjà fait un burn-out lié au travail au cours des cinq dernières années, avec une surreprésentation féminine notable : 35 % des femmes contre 21 % des hommes. Charge de travail excessive, incivilités, conflits, exigences démesurées ou décalage entre les valeurs personnelles et celles de l’entreprise figurent parmi les principaux déclencheurs.

Le contexte économique actuel, perçu comme anxiogène par 85 % des sondés, ainsi que la relation avec le supérieur hiérarchique (80 %) viennent compléter ce tableau préoccupant.

Face à ces constats, les tabous semblent progressivement tomber : 40 % des salariés indiquent avoir déjà consulté un psychologue ou un professionnel de la santé mentale. Surtout, une écrasante majorité (86 %) attend des actions concrètes de la part de leur employeur, considérant que ces problématiques, érigées en grande cause nationale pour 2025, relèvent d’un enjeu sociétal qui ne peut s’arrêter aux portes de l’entreprise.

Des initiatives encore insuffisantes

“Les entreprises ont tout à y gagner, confirme Guillaume d’Ayguesvives, cofondateur et directeur général de Moka.care. En réduisant le mal-être au travail, elles limitent aussi l’absentéisme, le désengagement et leurs conséquences économiques”.

D’après le baromètre, 70 % des entreprises auraient déjà mis en place au moins une mesure de protection : dispositif de signalement (26 %), référent harcèlement (18 %), événements de sensibilisation (18 %), ligne d’écoute psychologique (17 %), formations destinées aux salariés (16 %) ou aux managers (15 %).

Certaines organisations vont plus loin en proposant des permanences psychologiques (14 %), des réseaux de salariés référents pour détecter les risques (9 %), voire le financement de séances avec des psychologues ou des coachs (7 %).

Toutefois, ces actions manquent encore de visibilité. Si 78 % des professionnels RH les mentionnent, seuls 70 % des salariés en attestent. Par ailleurs, elles demeurent davantage “centrées sur la réaction face aux situations d’alerte plutôt que sur la prévention en profondeur de l’apparition des risques psychosociaux”.

Des préjugés tenaces

Le chemin vers une véritable prise en compte de la santé mentale en entreprise reste semé d’embûches. Les stéréotypes persistent : 46 % des salariés pensent que les personnes affectées par un trouble psychique ou une maladie mentale “posent forcément des problèmes au travail”. Du côté de l’encadrement, trois responsables d’équipe sur dix considèrent encore les troubles de santé mentale comme “un signe de faiblesse”.

Ces préjugés créent un climat peu propice à l’expression des difficultés psychologiques, par crainte d’être jugé ou marginalisé.

Alors que la santé mentale s’impose comme un enjeu majeur pour les années à venir, les entreprises françaises semblent encore naviguer à vue, entre prise de conscience et actions concrètes. Si les premières initiatives sont encourageantes, l’essai reste donc à transformer.

Visuel réduit: 
Visibilite: 
privé
Signature: 
Anne Bariet
Supports de diffusion: 
Les directions des ressources humaines s’emparent progressivement de la question du bien-être psychologique des salariés. Une évolution nécessaire mais dont l’efficacité reste encore à prouver. Trois salariés sur dix estiment ne pas travailler dans un environnement sain et respectueux.
Cacher le visuel principal ?: 
Non
Type de produit: 
Produit d’origine: 
Auteur extérieur: 
Application immédiate: 

Cet article provient du site Editions Législatives - ActuEL RH