Santé mentale au travail : les entreprises peuvent (beaucoup) mieux faire


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Pour la première fois depuis la crise sanitaire, le nombre de travailleurs en situation de mauvaise santé mentale diminue de trois points (passant de 25 % à 22 %), soit environ 810 000 personnes en bonne santé mentale par rapport à l’année dernière, selon les résultats de la troisième édition du baromètre annuel “La santé mentale des travailleurs en 2026 : état des lieux et enjeux” du cabinet Qualisocial publiés le 15 janvier 2026 (*).

Une dynamique positive qui laisse même envisager un “retour à des niveaux pré-Covid-19 à l’horizon 2030”, selon le cabinet expert de la santé mentale et du bien-être au travail.

Des situations contrastées selon les secteurs

Néanmoins, six millions de travailleurs s’estiment en mauvaise santé mentale sur les 27 millions de travailleurs français. Ceux-ci iraient par ailleurs “plus mal”, ce qui dessine une certaine polarisation.

De fait, les évolutions selon les secteurs sont très contrastées (voir graphique ci-dessous).

 

© Qualisocial

Source : Baromètre Santé mentale & QVCT 2026 Qualisocial x Ipsos-BVA – 3e édition – Janvier 2026.
Note de lecture : 85 % des travailleurs du BTP ont répondu “très bonne” ou “plutôt bonne” à la question “De manière générale, comment évaluez-vous votre santé mentale (stress, anxiété, tendance dépressive…?”.

Dans certains secteurs, plus de 80 % de travailleurs se déclarent en bonne santé mentale : le BTP, les services aux entreprises et le secteur bancaire, par exemple. D’autres secteurs ont vu leur situation s’améliorer depuis l’an dernier, comme l’hôtellerie-restauration (+ neuf points), probablement grâce à l’amélioration de la situation économique du secteur en 2025, selon Camy Puech, président fondateur de Qualisocial.

Selon lui, plusieurs facteurs peuvent expliquer ces différences entre secteurs : le type de travail et donc son utilité et son sens (à titre d’exemple, le “sentiment collectif de créer ensemble quelque chose de formidable”  construire un bâtiment de zéro est très fort dans le BTP), mais aussi la situation économique et le “soutien”, c’est-à-dire le fait d’avoir les moyens de réaliser son travail.

Parmi les secteurs qui ont eu une évolution négative entre 2024 et 2025, la mauvaise santé économique (et l’absence de signal d’amélioration) peuvent expliquer les chiffres de l’industrie (- deux points). Par contre, la cause est ailleurs pour le secteur de l’hébergement médico-social et de l’action sociale. Selon Camy Puech, il s’agit du déséquilibre entre les ressources et le travail à accomplir. “C’est un secteur qui va très mal et c’est très alertant”, déplore-t-il en ajoutant que “le médico-social se retrouve avec de plus en plus de difficultés sociales à adresser et de moins en moins de moyens pour y faire face. […] Cela génère des risques avec toujours une forte implication, mais une baisse de l’énergie, et donc une dégradation de la santé mentale, et un risque d’épuisement professionnel renforcé pour ces populations”.

Pour expliquer les huit points d’amélioration pour l’administration publique (alors que la situation ne s’est pas améliorée en 2025 par rapport à 2024), Camy Puech pointe  en plus des facteurs exogènes (l’environnement du secteur) – les “ressources personnelles” jouent aussi un rôle. Comprendre : face à un environnement dégradé mais qui ne varie pas, les personnes s’adaptent, s’habituent et développent une certaine résilience. Ainsi, l’administration publique se serait “habituée à un environnement dégradé”. A l’inverse, les changements incessants sont un facteur de risque pour la santé mentale, note le consultant.

Effet bénéfique de la grande cause nationale ?

Alors que la santé mentale était la grande cause nationale en 2025 (et le sera en 2026), 55 % des répondants en ont entendu parler. Clémentine Treppoz, psychologue experte QVCT de Qualisocial, note que, contrairement à une idée reçue, le fait de parler davantage de santé mentale ne génère pas une explosion de déclarations de mauvaise santé mentale dans la société.

A l’inverse, “les gens sont peut-être soulagés de pouvoir parler plus facilement de sujets qui, avant, représentaient une inhibition”, estime-t-elle. De fait, 71 % pensent que la santé mentale est un sujet moins tabou dans la société et 61 % déclarent avoir plus de facilité à évoquer les sujets de santé mentale au travail, par rapport à il y a quelques années.

Manque de mesures de prévention

SI la grande cause nationale a commencé à libérer la parole, elle n’a pas eu d’effet significatif sur les dispositifs de prévention mis en place dans les organisations. Ainsi, près d’un salarié sur deux (44 %) n’a toujours aucun accès à des mesures de prévention et seulement 21 % témoignent de la présence d’un plan de prévention complet en santé mentale (incluant les trois niveaux de prévention : primaire avec des actions pour limiter la présence de facteurs de RPS, secondaire avec de la sensibilisation aux RPS pour en limiter les effets, et tertiaire avec de l’accompagnement des salariés en situation de santé mentale dégradée). Ces chiffres stagnent puisqu’ils étaient respectivement de 39 % et de 23 % lors de l’édition précédente.  

Là aussi, les situations entre secteurs sont très diverses :

© Qualisocial

Source : Baromètre Santé mentale & QVCT 2026 Qualisocial x Ipsos-BVA – 3e édition – Janvier 2026. 
Note de lecture : les répondants ont répondu à la question “Parmi les actions suivantes visant à prendre en compte la santé mentale des salariés, lesquelles sont mises en place là où vous travaillez ?”.

Santé mentale : un sujet global

Pour Camy Puech, tous les acteurs (Etat, entreprises, organisations publiques) doivent se saisir de cette question de santé mentale, car les causes se situent à tous les niveaux, et tous les acteurs en subissent les conséquences.

Si les facteurs individuels (difficultés personnelles, familiales ou économiques) sont cités par les répondants comme la première cause d’une santé mentale dégradée (38 %), les facteurs liés au contexte national (l’inflation, la montée des tensions dans la société ou l’instabilité politique par exemple) ont un impact important (32 %), suivis par les facteurs professionnels (21%). Qualisocial note que, malgré cette position au troisième rang, “le travail reste un déterminant majeur de la santé mentale, cité dans le top 3 par 47 % des travailleurs”.

Quelles que soient les causes à l’origine de la dégradation de la santé mentale des travailleurs, les employeurs en subissent les conséquences. Un travailleur en mauvaise santé mentale recommanderait moins son employeur (Net Promoteur Score inférieur de – 45 % contre – 42 % en 2025) et est moins engagé au travail (- 33 % contre – 26 % pour l’édition 2025).

Polarisation du monde du travail

S’il fallait encore prouver les bénéfices des actions de prévention, les résultats du baromètre révèlent que :

  • 86 % des salariés bénéficiant d’un plan de prévention complet estiment que cela a permis une amélioration de leur santé mentale (+ 3 points) ;
  • tous les indicateurs s’améliorent lorsqu’il existe un plan de prévention complet : énergie au travail, propension à recommander son entreprise, etc.

Une partie des employeurs semble l’avoir compris, mais Qualisocial constate une “polarisation du travail entre les organisations prévenantes qui obtiennent de meilleurs résultats que l’année dernière et celles non prévenantes, qui obtiennent des résultats sensiblement inférieurs”.

Pour ces dernières, selon Camy Puech, les freins à la mise en place d’actions de prévention sont culturels. Tout d’abord, une incompréhension persistante de ce qu’est la santé mentale (“c’est le truc des asiles de fous”) rendant nécessaire une sensibilisation importante pour “mettre les sujets sur la table, identifier les problèmes et ainsi trouver des solutions”.

Ensuite, l’économie s’est construite sans cette problématique de santé mentale, y compris dans les logiques managériales. Il cite le rapport de l’Igas d’avril 2025 sur la culture managériale française et il donne aussi un exemple constaté dans l’entreprise Amazon : “Sur tous les sites, quand un opérateur est inactif, (s’il n’y a pas d’activité de data liée sur son poste), au bout de 15 minutes, le manager doit venir. Partout dans le monde, le manager arrive et dit : “Qu’est-ce qui se passe ? Tu as besoin d’aide ? Il y a un accident ?”. En France, quand le manager arrive, il dit “Qu’est-ce que tu fous, ça fait 15 minutes que tu ne bouges pas ?”. Je trouve que c’est ironique et cela montre l’écart culturel managérial français, qui est un grand enjeu, je pense, du travail en France”. 

(*) Comme les années précédentes, cette enquête a été réalisée par Ipsos auprès d’un large panel (interrogé par Internet entre le 14 et le 20 novembre 2025) : 3 000 travailleurs constituant un échantillon représentatif des salariés des secteurs privé et public âgés de 18 ans et plus, en France.

 

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Clémence Andrieu
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Si la santé mentale des travailleurs français s’améliore globalement, des différences sectorielles préoccupantes demeurent, selon les résultats du dernier baromètre du cabinet Qualisocial. Alors qu’une culture managériale sensible aux enjeux de santé mentale est plus cruciale que jamais, près d’un salarié sur deux déclarent ne bénéficier d’aucune action de prévention sur ce sujet.
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Cet article provient du site Editions Législatives - ActuEL RH