Les trois mois de négociations prévus pour parvenir à une révision de la réforme de 2023 ne seront pas superflus tant les positions des partenaires sociaux sont, pour l’heure, divergentes. Car cette deuxième séance de pourparlers, qui s’est déroulée hier, au ministère du travail, de la santé et des solidarités, avenue Duquesne, n’a pas permis de dégager des points de consensus sur l’âge de départ à la retraite. Les organisations patronales et syndicales ont surtout insisté sur leurs propositions, bien décidées à ne pas céder trop vite aux revendications de leurs adversaires. “Il n’y a pas eu de surprises. La CFDT n’attendait pas dès cette première réunion une discussion névralgique sur la question des 64 ans”, a indiqué Yvan Ricordeau, chef de file de la négociation pour la centrale de Belleville.
D’autant que les partenaires sociaux prévoient d’entrer dans le dur des discussions, courant avril voire début mai, en évoquant la question sensible du financement du système.
Et d’ores et déjà, les idées ne manquent pas : si la CFE-CGC évoque le “partage de la valeur qui permettrait de résoudre les problèmes d’équilibre des retraites”, la CFTC, par la voix de Léonard Guillemot, considère que “l’ensemble des acteurs doivent contribuer à l’équilibre d’un système de retraite”, à savoir “le consommateur, l’employeur, les actifs, mais aussi les retraités”.
Sur la forme, la discussion sur l’évolution du système de retraite a été “carrée”, résume Yvan Ricordeau. Pour Diane Milleron-Deperrois, représentante du Medef, elle a été “constructive”, et alimentée par des études complémentaires.
Sur le fond, en revanche, chacun a rappelé ses positions. Diane Milleron-Deperrois a insisté sur la nécessité de parvenir à un régime équilibré à l’horizon 2030. “Il faut trouver 6,5 milliards d’euros, en se basant sur les estimations du rapport de la Cour des comptes. Et à cet effet, le levier de l’âge est un levier très efficace et très rapide. C’est aussi un levier protecteur parce qu’il entraîne une augmentation de l’emploi”, a-t-elle insisté. Pour étayer sa proposition, le Medef a ainsi demandé des études pour évaluer l’impact d’un changement de curseur sur le déficit du système. La fédération patronale semble, en revanche, moins favorable à un allongement de la durée des cotisations pour percevoir une retraite à taux plein, estimant que cette option “pénaliserait les personnes qui ont eu des carrières hachées, notamment les femmes”.
A l’opposé, Denis Gravouil (CGT) a fait part de ses exigences, à commencer par l’abrogation de la réforme de 2023, la suppression de l’accélération des 43 annuités de la réforme Touraine et le rétablissement des régimes pionniers, dans la visée du rétablissement de la retraite à 60 ans.
Entre ces deux positions, Christelle Thieffine de la CFE-CGC est plus nuancée : “Le graphique sur l’historique des réformes des retraites montre qu’à chaque fois que l’âge de départ a été décalé, il y a eu de plus en plus de possibilités de partir plus tôt car on est obligé d’adapter la réforme”. Le syndicat des cadres souhaite donc laisser le choix aux Français de choisir leur âge de départ avec des systèmes de décote ou de surcote.
L’âge auquel un salarié qui n’a pas cotisé le nombre de trimestres nécessaire pourra partir sans décote, c’est-à-dire sans pénalité de minoration, était aussi au menu des discussions. Cet âge est actuellement fixé à 67 ans, comme avant la réforme de 2023. Faut-il le décaler ? Le Medef n’a pas précisé ses intentions sur ce sujet, en arguant qu’il était nécessaire d’avoir des chiffrages supplémentaires pour évaluer l’impact d’une telle mesure sur l’équilibre du système. Mais la CFDT a fustigé cette proposition. “On a déjà dit assez fort que le passage de 62 à 64 était injuste. Passer des critères de 67 à 69 ans, là, ce serait catastrophique socialement”.
La CFTC a, de son côté, évoqué la possibilité de baisser l’âge de départ sans décote pour les personnes qui n’ont pas cotisé le nombre de trimestres nécessaires.
Parmi les pistes futures de discussion, la CFDT a, en revanche, cité la prise en compte de l’espérance de vie dans le pilotage futur du système de retraite. Un sujet “qui n’est pas tabou” pour son organisation. Cet axe avait été mis en avant par la CPME, lors de la première réunion.
Interrogé sur le contexte géopolitique, qui impose selon l’Élysée des “efforts” pour financer le réarmement de la France, Denis Gravouil (CGT) a reconnu “qu’il a toujours une bonne raison pour s’attaquer aux retraites” ou aux “droits sociaux”, mais “nous pouvons financer notre régime par répartition et nous n’avons pas à le sacrifier pour des dépenses militaires”. Le négociateur de la CFDT, Yvan Ricordeau, a, lui, indiqué que cela risquait de “complexifier l’équation”. Même s’il souhaite traiter la question des retraites avec “sang-froid, lucidité et persévérance”.
Dans les prochaines semaines, les partenaires sociaux aborderont l’usure professionnelle et la pénibilité (20 et 27 mars), l’égalité femmes-hommes et les droits familiaux et conjugaux (3 et 10 avril), le financement (24 et 30 avril) et le pilotage du système (7 et 15 mai).
Le programme des rendez-vous hebdomadaires court jusqu’au 28 mai.

Cet article provient du site Editions Législatives - ActuEL RH