Le 1er mars 2026 marquera une première victoire pour la loi Rixain : les entreprises du SBF 120 et du CAC 40 atteindront le seuil de 30 % de femmes dans leurs instances dirigeantes. Mais derrière ces chiffres encourageants, le baromètre annuel publié aujourd’hui par Ethics & Boards et l’Institut français des administrateurs (IFA) révèle une réalité plus nuancée.
En un an, le taux de féminisation des comités exécutifs a progressé de deux points, pour atteindre 30 % dans le SBF 120 et 31 % dans le CAC 40. En excluant les dix sociétés étrangères du SBF 120 – non soumises à la législation française – ces chiffres grimpent respectivement à 31 % et 34 %. La France rejoint ainsi le peloton de tête européen, aux côtés de la Norvège, de la Finlande et du Royaume-Uni.
Sur le terrain des conseils d’administration, la progression est encore plus nette : avec 46 % de femmes dans les deux indices, la France conserve son rang de leader mondial en matière de parité. Un acquis solide, fruit de plus de 15 ans de régulation depuis la loi Copé-Zimmermann.
Si les femmes ont investi massivement les conseils d’administration, les postes au sommet de la hiérarchie leur restent largement inaccessibles. On ne compte que quatre directrices générales dans le CAC 40 en 2026, et seulement 12 dans l’ensemble du SBF 120, soit un taux de 10 % dans les deux indices. Les présidences de conseil d’administration ne sont guère plus accessibles : les femmes n’en occupent que 13,3 % dans le SBF 120, et à peine 5 % dans le CAC 40.
“Le plafond de verre ne se situe plus à l’entrée des conseils, mais au sommet des fonctions de responsabilité, qu’elles relèvent du contrôle ou de l’exécutif”, indique le baromètre.
Ce blocage structurel s’explique en partie par la distribution des rôles au sein même des comités exécutifs. Seulement 30 % des femmes y pilotent une activité opérationnelle ou un centre de profit – des fonctions considérées comme le principal tremplin vers la direction générale – contre près de 60 % de leurs homologues masculins. Dans le SBF 120, les femmes n’occupent que 20 % de ces postes stratégiques.
Le baromètre souligne par ailleurs que les femmes siégeant dans les conseils d’administration présentent un profil distinct de celui des hommes : elles sont plus souvent indépendantes (80,1 % dans le Cac 40 et 73,8 dans le SBF 120, contre 57,9 % pour les hommes dans le Cac 40 et 50,4 % dans le SBF 120), plus fréquemment de nationalité étrangère (43,6 % dans le Cac 40 et 33,7 % dans le SBF 120, contre respectivement 27,3 et 28,1 % chez les hommes), et légèrement moins expérimentées, avec en moyenne 5,9 ans d’ancienneté contre 7,3 ans pour les hommes.
Si la barre des 30 % est franchie, celle des 40 % – fixée par la loi Rixain pour 2029 – paraît autrement plus difficile à atteindre. Et au-delà des quotas, Floriane de Saint Pierre, fondatrice d’Ethics & Boards, pointe une lacune symbolique : aucune femme n’est à ce jour fondatrice d’une société du SBF 120. “L’enjeu est double, souligne-t-elle : renforcer leur présence dans les responsabilités opérationnelles, mais aussi accélérer le financement des entreprises fondées ou dirigées par des femmes”.

Cet article provient du site Editions Législatives - ActuEL RH