Marché de l’emploi : les cadres face à un horizon qui s’assombrit


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Le dynamisme qui caractérisait le marché de l’emploi des cadres ces dernières années marque désormais le pas. Selon la dernière étude de l’Association pour l’emploi des cadres (Apec) publiée hier, les entreprises prévoient de recruter 292 600 cadres en 2025, soit une baisse significative par rapport aux 303 400 embauches réalisées en 2023. Ce repli illustre un retournement de tendance préoccupant après l’euphorie post-Covid.

“La fête est finie”, a déclaré sans ambages Gilles Gateau, directeur général de l’Apec, lors de la présentation de ces chiffres. L’année 2024 avait déjà enregistré une contraction notable avec 303 404 recrutements de cadres en CDI ou CDD, soit une baisse de 8 % par rapport à 2023 ; un recul inédit depuis la crise financière de 2007.

Plusieurs secteurs en “convalescence”

Si tous les secteurs sont touchés par ce ralentissement, les services à forte valeur ajoutée ont particulièrement souffert avec une chute de 10 % de leurs recrutements, les activités informatiques accusant même un recul de 18 %. Les jeunes diplômés ont été les premiers à pâtir de cette conjoncture morose, avec une diminution de 19 % des embauches les concernant.

L’année 2025 devrait confirmer cette tendance. Pour la première fois depuis plusieurs années, le nombre de recrutements devrait passer sous la barre symbolique des 300 000 (292 600 embauches prévues en CDI ou CDD d’au moins un an). “Le manque de visibilité sur leurs carnets de commandes et la faible confiance dans les prévisions de vente” expliquent, selon l’Apec, cette frilosité des entreprises.

Dans le détail, les services à forte valeur ajoutée resteront “convalescents” avec une nouvelle baisse de 3 % des recrutements, pour atteindre 159 000 embauches. Si le secteur de l’information et celui de la recherche et développement devraient connaître un recul limité (respectivement -2 % et -1 %), d’autres secteurs anticipent des baisses plus marquées : -5 % pour la banque-assurance, -4 % pour les activités juridiques, comptables et de conseil, -3 % pour la communication-médias.

La construction (-7 %), l’industrie (-3%) et le commerce (-3 %) devraient également voir leurs recrutements diminuer.

Des jeunes diplômés particulièrement exposés

Dans ce contexte défavorable, les juniors seront les premiers à subir les conséquences des restrictions budgétaires. Seulement 41 100 d’entre eux devraient être recrutés en 2025, une proportion dérisoire au regard des quelque 200 000 jeunes diplômés de niveau bac +5/+6 qui arrivent chaque année sur le marché du travail.

Le rapport de force s’inverse désormais en faveur des employeurs. Les entreprises se montrent plus exigeantes et moins enclines à faire des concessions. Ainsi, en 2024, seules 41 % d’entre elles ont consenti à revoir à la hausse la rémunération des candidats recrutés, contre 56 % en 2022. De même, la proportion d’entreprises prêtes à intégrer un cadre ne disposant pas du niveau ou du type de diplôme requis est passée de 23 % en 2023 à 18 % en 2024.

Plus inquiétant encore, les profils les plus expérimentés risquent d’être délaissés. “A l’heure où nous avons besoin d’un changement de regard et de pratiques sur les seniors, ce n’est pas un signal très positif”, souligne Gilles Gateau. Seules 23 % des entreprises comptent recruter un cadre avec plus d’expérience qu’initialement attendu, contre 31 % en 2023.

Les seniors, grands oubliés des politiques RH

Pourtant, de plus en plus de salariés âgés ont intégré l’idée qu’ils devront travailler plus longtemps. Mais tous ne sont pas sereins face à cette perspective, et pour cause : les entreprises tardent à adapter leur politique RH à cette nouvelle donne. Si 19 % des grandes entreprises et des entreprises de taille intermédiaire (ETI) ont fait évoluer leurs pratiques pour tenir compte de l’allongement de la durée active, ce n’est le cas que de 7 % des PME et de 5 % des TPE.

Qui plus est, les dispositifs mis en place concernent davantage l’aménagement du temps de travail, la transmission des savoirs ou la préservation de la santé que le recrutement ou la formation spécifique des seniors. D’où la crainte que ces derniers ne redeviennent “la variable d’ajustement des plans sociaux”.

Le projet de loi, qui devrait transposer l’accord national interprofessionnel en faveur de l’emploi des salariés expérimentés” du 14 novembre 2024, est attendu pour juin au Parlement. Mais rien ne garantit qu’il soit suffisamment robuste pour inverser la tendance qui se dessine.

 

Les promotions internes, c’est tendance !

Dans ce tableau morose, un seul indicateur apporte une note positive : la promotion interne. En 2024, 74 900 personnes ont été promues au statut de cadre, soit une progression de 12 % en un an. Selon Gilles Gateau, cette performance est notamment due à la nouvelle convention de la métallurgie, conclue en février 2022, qui a introduit une nouvelle classification des métiers et repositionné un certain nombre d’emplois au statut cadre.

Parallèlement, l’Apec recense près de 308 600 démissions, licenciements, ruptures conventionnelles ou départs à la retraite, ces derniers ne représentant qu’une faible proportion des départs (40 750, en baisse de 2 % par rapport à 2023).

Au global, le solde des créations nettes d’emploi s’élève à 69 700 en 2024, contre 85 400 en 2023. Un chiffre qui traduit, là encore, un ralentissement préoccupant du marché de l’emploi des cadres.

 

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Anne Bariet
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Selon l’enquête annuelle de l’Apec publiée hier, l’emploi cadre devrait à nouveau décrocher en 2025, avec 292 600 intentions d’embauches, contre 303 400 en 2023. Un retournement qui devrait viser les jeunes diplômés, les seniors et les salariés du secteur informatique, pénalisés par la baisse des investissements des entreprises.
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Cet article provient du site Editions Législatives - ActuEL RH