Après plusieurs années de recul, le travail temporaire semble amorcer une phase de stabilisation, sans pour autant retrouver une véritable dynamique de croissance. Selon les chiffres publiés, hier, par Prism’emploi, la fédération patronale du secteur, l’intérim affiche en 2025 une nouvelle baisse de 4,6 %, après déjà -3,7 % en 2023 et -7,3 % en 2024. En trois ans, près de 100 000 emplois en équivalent temps plein ont disparu, ramenant le volume total à 687 100 ETP, un niveau comparable à celui des années 2016-2017.
Un frémissement apparaît toutefois en fin d’année. Le recul de l’activité s’est atténué en novembre (-1,7 %) et décembre (-1,8 %), avant de quasiment se stabiliser en janvier 2026 (-0,1 %).
Tous les secteurs ne sont pas logés à la même enseigne. Si l’industrie a renoué avec une dynamique positive dès la mi-2025 (+5,1% en décembre, après 4,1% en novembre), les autres activités restent en net repli. Le transport-logistique enregistre une chute marquée de 11,7 % sur un an, suivi du commerce (-7,7 %) et des services (-7,1 %). Le bâtiment et les travaux publics évoluent, eux, dans une conjoncture particulièrement fragile.
La filière défense, en tension, ne parvient pas à compenser le recul global. Historiquement, le recours au travail temporaire y reste limité : en 2023, entre 4 000 et 7 000 intérimaires en équivalent temps plein y étaient employés, soit environ 2,5 % des effectifs. Un niveau de recours près de trois fois inférieur à la moyenne observée dans l’ensemble de l’industrie.
Du côté des profils, les ouvriers qualifiés résistent mieux (-2,6 %) que les autres catégories. Les employés (-15,4 %), les cadres et les professions intermédiaires (-8 %) subissent davantage le ralentissement.
Pour Gilles Lafon, président de Prism’emploi, les tensions internationales jouent un rôle déterminant dans cette conjoncture morose. L’escalade des conflits au Moyen-Orient s’ajoute aux incertitudes en Europe de l’Est et pèse indirectement sur l’activité économique.
“Cette période n’est pas propice à la croissance”, souligne-t-il. La hausse des coûts de l’énergie, liée aux tensions géopolitiques, impacte directement les entreprises, notamment celles dont l’activité repose sur des flottes de véhicules. Dans ce contexte, les employeurs reportent leurs décisions d’embauche, freinant mécaniquement le recours à l’intérim.
À cela s’ajoutent des facteurs plus spécifiques, comme la taxe sur les “petits colis”, entrée en vigueur le 1er mars 2026, qui affecte durement le secteur logistique. “Certains grands distributeurs contournent désormais la France en passant par la Pologne ou la Belgique, provoquant une baisse d’activité dans des zones clés comme Roissy-Charles-de-Gaulle”, indique Gilles Lafon.
Au-delà de la conjoncture, le secteur doit aussi composer avec des mutations profondes du marché du travail. La montée en puissance du micro-entrepreneuriat – dont le nombre a presque doublé entre 2011 et 2022 – concurrence directement certaines formes d’emploi salarié, malgré l’”absence de protections sociales équivalentes”.
Parallèlement, le CDI intérimaire (CDI-I), instauré il y a dix ans, continue de s’éroder, notamment “sous la pression du CDI d’employabilité (CDIE), dont l’expérimentation a été prolongée jusqu’en 2028″.
Autre évolution à surveiller : l’impact croissant de l’intelligence artificielle. Selon Gilles Lafon, certaines entreprises remplacent désormais des tâches auparavant confiées à de jeunes entrants par des solutions automatisées, ce qui pourrait contribuer à la baisse de l’emploi des jeunes dans certains secteurs pourtant en croissance.
Malgré ces difficultés, le travail temporaire demeure un outil important d’insertion professionnelle, notamment pour les jeunes. Ceux de moins de 25 ans représentent 34 % des intérimaires, soit près d’un million de personnes. L’intérim constitue souvent une porte d’entrée sur le marché du travail, en particulier pour les moins qualifiés : 11 % des jeunes sans diplôme y ont recours, contre seulement 3 % des diplômés du supérieur.
Dans un contexte où le taux de chômage des jeunes atteint 21,5 %, le secteur conserve donc un rôle social majeur.
Face à ces défis, la fédération patronale plaide pour une réforme du cadre réglementaire, jugé trop rigide. Parmi les mesures proposées : la suppression du délai de carence entre deux missions, l’assouplissement des règles de renouvellement des contrats ou encore la simplification du recours au CDI intérimaire.
Ces propositions ont d’ailleurs été défendues, le 25 mars, par le Medef, la CPME et l’U2P, le 25 mars, lors de l’avant-dernière séance de négociation paritaire sur les contrats courts, menée au siège de l’Unédic.
Autre piste avancée : élargir les missions des entreprises de travail temporaire. Fortes de leur expertise en ressources humaines, elles pourraient proposer des services complémentaires tels que la formation, la gestion des compétences ou encore le conseil RH. Une évolution qui permettrait, selon la fédération patronale, de mieux répondre aux besoins des entreprises tout en renforçant la valeur ajoutée du secteur.

Cet article provient du site Editions Législatives - ActuEL RH