Les softskills sont-elles sources de discriminations à l’égard des femmes ?


A la une

Et si les soft skills étaient sources de discriminations indirectes à l’égard des femmes ? C’est à partir de ce postulat que la direction statistiques du ministère du travail (Dares) a mené une étude en se basant sur les données du testing réalisé entre décembre 2019 et avril 2021 par le Centre d’observation et de recherche sur l’urbain et ses mutations de l’inter-service migrants (ISMCorum) et l’Institut des politiques publiques (IPP) sous l’égide de la Dares. L’étude a été conduite à partir de 45 compétences identifiées et regroupées par proximité sémantique.

► Rappelons que les sofkskills sont des compétences comportementales ou transversales. 

“Cette étude vise à identifier si la mention dans les offres d’emploi de certaines compétences transversales ou soft skills, usuellement associées à des stéréotypes de genre et potentiellement attribuées aux candidats selon leur sexe, s’accompagne d’un risque discriminatoire accru à l’encontre des femmes ou des hommes”, explique la Dares. En somme, si les stéréotypes de genre influe sur les procédures de recrutement.

Leadership

Premier thème, le leadership individuel “qui décrit la capacité du candidat à diriger et prendre des décisions stratégiques au sein d’une équipe, mais aussi sa capacité à inspirer, motiver et entraîner les autres”.

“Ces compétences sont généralement associées à des stéréotypes masculins et recouvrent ainsi des qualités souvent attribuées aux hommes : la capacité à diriger, la compétitivité et l’indépendance”, constate la Dares.

L’étude constate ainsi que “les recruteurs ayant mentionné des compétences relevant du leadership individuel ont moins de chances d’avoir réservé un traitement préférentiel à la candidature féminine. Toutefois, nuance la Dares, “cet intérêt pour les capacités en matière de leadership individuel ne semble pas, pour autant, induire un traitement plus favorable de la candidature masculine”.

Réactivité et capacité au travail

Deuxième thème : réactivité et la capacité de travail qui “fait référence à l’aptitude à évoluer dans un environnement professionnel exigeant”. La persévérance et la capacité de travail associées à cette qualité “sont plutôt des compétences attribuées aux hommes”, note l’étude.

“Lorsque les offres d’emploi font référence à la réactivité et à la capacité de travail des candidats, les recruteurs ont moins de chances de marquer un intérêt pour la candidature masculine et davantage de chances de marquer un intérêt pour la candidature féminine”, est-il mentionné.

Engagement

Troisième thème : l’engagement qui “traduit la recherche de la part des recruteurs de candidats ayant une appétence pour le dépassement de soi en vue d’atteindre les objectifs fixés”.

“Ce thème serait a priori plus favorable aux candidats qu’aux candidates, la motivation, la passion tout comme la présentation à un client étant davantage mentionnées dans les annonces ciblant les hommes”, indique la Dares.

Compétences analytiques

Quatrième thème : les compétences analytiques qui “traduisent la capacité d’une personne à collecter et analyser des informations, à décomposer des problèmes complexes en problèmes simples, à identifier les solutions possibles et à prendre les décisions adaptées au vu des résultats”.

“Ces compétences font souvent référence à l’expertise dans des domaines spécifiques, tels que l’informatique, l’ingénierie ou les sciences exactes. Compte tenu des domaines auxquels elles sont traditionnellement associées, ces compétences sont a priori plus souvent attribuées aux hommes”, constate la Dares.

Disponibilité

Cinquième thème : la disponibilité qui “traduit l’aptitude des candidats à créer un environnement de soutien et à se mettre au service des autres” (qui renvoie plutôt au “care” et non à la disponibilité horaire par exemple) et qui est “très liée aux stéréotypes féminins”.

“Lorsque la disponibilité des candidats est recherchée par les recruteurs, les candidatures féminines sont plus susceptibles d’être traitées favorablement ou de retenir l’intérêt du recruteur”.

Capacité d’adaptation

Sixième thème : la capacité d’adaptation, “souvent reliée aux compétences émotionnelles et à la gestion et la compréhension des émotions et donc associée à des stéréotypes féminins”.

“Les employeurs recherchant l’adaptabilité et la polyvalence des candidats ont également davantage de chances de recruter une femme”.

Sens de l’organisation

Septième thème : le sens de l’organisation qui “fait référence à l’aptitude des candidats à gérer plusieurs tâches simultanément et à s’organiser efficacement”.

“La capacité à être multitâches, reflet d’un certain sens de l’organisation, est plutôt associée à des stéréotypes féminins”. 

Compétences neutres

Dernier thème, celui des compétences neutres qui “regroupe les compétences transversales les plus fréquemment demandées (“rigoureux” et “autonome” par exemple), quel que soit le métier considéré”.

“Les compétences neutres sont sans effet sur le traitement des candidatures”, constate la Dares.

Métiers féminisés

Au final, la prise en compte de certaines softskills jouent en défaveur des femmes. Attention toutefois, nuance la Dares, “les résultats obtenus sont susceptibles de différer selon le degré de féminisation du métier considéré ainsi que la qualification du poste à pourvoir”.

Ainsi, souligne l’étude, “le risque de comportement discriminatoire envers les femmes est plus fréquent dans les métiers peu qualifiés, à prédominance masculine et aux annonces masculinisées (c’est-à-dire comportant davantage de mots associés à des stéréotypes masculins), et envers les hommes, dans les métiers à prédominance féminine et aux annonces féminisées, et ce, quelle que soit la qualification du poste”. 

Rédaction des offres d’emploi

L’hypothèse formulée est que les recruteurs construisent leur représentation du candidat idéal en partie en projetant les caractéristiques des salariés les plus nombreux à occuper un métier donné (…) et les stéréotypes associés”.

Le risque de discrimination apparaîtrait ainsi dans la rédaction même des offres d’emploi. “Certains des termes employés dans les annonces pour définir les qualités attendues sur le poste à pourvoir sont susceptibles de refléter les stéréotypes de genre des recruteurs et peuvent se traduire par des comportements discriminatoires à l’encontre des hommes ou des femmes”. 

La lutte contre les discriminations passe donc par une déconstruction des clichés attachés aux deux sexes.

Visuel réduit: 
Visibilite: 
privé
Signature: 
Florence Mehrez
Supports de diffusion: 
Dans une étude publiée hier, la Dares s’interroge sur le risque de discriminations sexuées avec la prise en compte de softskills pour pourvoir un poste.
Cacher le visuel principal ?: 
Non
Type de produit: 
Produit d’origine: 
Auteur extérieur: 
Application immédiate: 

Cet article provient du site Editions Législatives - ActuEL RH