Vous avez décidé de supprimer la clause de non-concurrence figurant dans vos contrats de travail en 2019 et de lancer une charte de multi-activité en 2023. Pourquoi ?

L’évolution du rapport au travail nous incite régulièrement à adopter de nouvelles méthodes qui modifient le fonctionnement initial de notre organisation. Aujourd’hui, nos collaborateurs passent d’un statut à un autre tout au long de leurs carrières professionnelles. Nous avons donc décidé de supprimer cette clause pour ne pas empêcher nos collaborateurs de s’épanouir en dehors de nos murs et fidéliser nos talents. Nous sommes conscients de la charge de travail importante et des envies de chacun. Pour certains de nos collaborateurs, entrer au sein d’un cabinet, les amènent à potentiellement y rester cinq à 15 ans en gravissant les échelons année après année. Ainsi, avec le retrait de cette clause, nous leur offrons la possibilité, au moment où ils en ont besoin, de réaliser d’autres de leurs aspirations, sans pour autant démissionner. En 2023, nous avons formalisé cela dans une charte de la multi-activité.
Concrètement, comme cela fonctionne ?

Avec le “slashing”, nous donnons la possibilité à nos collaborateurs de cumuler plusieurs activités simultanément. A condition toutefois de ne pas développer une activité concurrente et de ne pas porter préjudice à l’image de la société. Tout collaborateur peut ainsi prétendre à exercer une multi-activité. Cette possibilité est valable dès le premier jour du contrat de travail, quel que soit le poste et le statut, à l’exception des stagiaires et des alternants qui ne sont pas éligibles au dispositif.
Les contrats de multi-activités peuvent être des contrats à durée indéterminés (CDI), des contrats à durée déterminée (CDD), des contrats saisonniers, mais la multi-activité peut aussi être exercé sous d’autres statuts tels que l’auto-entrepreneur, contrat de freelance, vacataire…
En cas de cumul d’activité salariée, ce cumul doit se faire conformément à la réglementation sur le temps de travail afin de ne pas dépasser la durée maximale du travail avec ses deux activités salariées.
Qu’est-ce que cela apporte au salarié, à l’entreprise ?

La multi-activité apporte grâce à une diversification de compétences, un enrichissement personnel et une nouveauté d’environnement de travail et de missions. C’est donc pour nous un levier d’engagement et de fidélisation.
Ce système convient aux jeunes générations qui ont besoin d’un cadre plus libre, d’expérimenter plusieurs domaines mais il est aussi adapté aux plus expérimentés qui voient à travers ce système un moyen de s’épanouir autrement, de réaliser des projets personnels. D’autant que les compétences développées à l’extérieur peuvent être bénéfiques en interne. Les frontières entre les deux univers sont poreuses.
Quels sont toutefois les garde-fous à prévoir ?

Côté collaborateur, les règles doivent être claires : le job doit être fait et bien fait, selon les critères d’exigence attendus. Libre ensuite à eux de s’organiser. L’entreprise n’est plus propriétaire du temps de ses équipes et le présentéisme n’a aucun sens dans nos métiers.
Côté entreprises également, le cadre doit aussi être défini : pas question que cette multi-activité soit pénalisée lors des entretiens d’évaluation ou au moment des augmentations de salaires. Les deux parties doivent jouer le jeu.
Quels sont les résultats ?

Pour le moment nous pouvons identifier au sein de Forvis Mazars en France, des salariés slasheurs dans les domaines suivants : dans le domaine associatif, thérapeutes, hypnothérapeutes, restaurateurs, producteurs d’huile d’olive, président de club de sport, sportifs sponsorisés…
La mesure est encore difficile et à cadrer. Les salariés ne nous le disent pas forcément. D’ailleurs il n’y a aucune obligation. Les réticences sont réelles : dans l’imaginaire collectif, si un salarié a le temps de faire autre chose, c’est qu’il n’a pas assez de travail dans sa boîte. Ou qu’il n’est pas engagé. Il reste encore beaucoup de choses à faire pour lever les tabous et acculturer les collaborateurs sur le sujet.

Cet article provient du site Editions Législatives - ActuEL RH