Le malaise couvait depuis plusieurs années. Il s’exprime désormais ouvertement. Selon la sixième édition de l’enquête annuelle menée par l’organisme de formation Gereso, publiée aujourd’hui, les professionnels RH placent en tête de leurs priorités pour 2026 deux sujets devenus brûlants : la charge de travail et la rémunération. Ils réclament davantage de reconnaissance, des conditions d’exercice soutenables et des moyens à la hauteur des responsabilités qui leur incombent.
Derrière ces revendications, un constat s’impose : une partie des directions des ressources humaines semble à bout de souffle.
L’étude, réalisée auprès de 420 professionnels du secteur entre le 13 octobre et le 14 novembre 2025, dresse un tableau préoccupant. Les répondants attribuent à leur année 2025 une note moyenne de 5,6 sur 10, en léger recul par rapport à 2023. Mais ce sont surtout les DRH qui accusent le coup : seuls 43 % déclarent avoir “bien vécu” l’année écoulée, contre 57 % un an plus tôt.
A l’inverse, les responsables et gestionnaires RH affichent un moral plus stable, oscillant entre 58 % et 60 % d’opinions positives. Les écarts générationnels persistent également : les moins de 30 ans restent les plus optimistes (63 %), même si leur enthousiasme s’effrite nettement par rapport à 2024. Les quadragénaires, eux, semblent regagner un peu de terrain.
Le niveau de stress atteint des sommets : 93 % des professionnels RH déclarent en avoir souffert en 2025, dont plus de la moitié à un niveau “très élevé”. La charge de travail constitue la première explication : 60 % affirment avoir travaillé davantage qu’en 2024, et 63 % en font leur préoccupation majeure pour l’année à venir.
Plus frappant encore, 44 % qualifient 2025 d’année “démotivante”, un terme qui n’apparaissait pas dans l’édition précédente du baromètre. La dimension “challenge”, longtemps valorisée dans la profession, recule elle aussi.
“Les RH sont devenus les amortisseurs permanents des crises de l’entreprise”, observe Vincent Chevillot, directeur général de Gereso. “Ils absorbent les tensions, accompagnent les transformations et portent le bien-être des autres, souvent au détriment du leur”.
Si les préoccupations liées au travail restent dominantes (74 %), l’année 2025 marque un basculement. Les enjeux politiques et sociaux explosent : 63 % des répondants les citent comme déterminants, contre 33 % en 2024. Instabilité gouvernementale, tensions sociales, conflits internationaux : le contexte s’invite désormais dans le quotidien des services RH.
Les inquiétudes économiques progressent également (68 %, +10 points), alimentées par la baisse du pouvoir d’achat, les risques de récession et les incertitudes budgétaires. Les moins de 50 ans y sont particulièrement sensibles.
A l’inverse, les enjeux environnementaux poursuivent leur recul, ne mobilisant plus que 22 % des professionnels, et seulement 6 % des moins de 30 ans.
Le manque de reconnaissance constitue un autre point de crispation. Plus d’un professionnel RH sur deux affirme n’avoir reçu aucune marque explicite de valorisation en 2025. La rémunération est jugée insuffisante par la moitié des répondants, un net recul par rapport à 2024.
Le télétravail, longtemps perçu comme un acquis, se réduit : 35 % des professionnels n’y ont pas accès et 22 % ont vu leur nombre de jours diminuer. Les écarts entre hommes et femmes persistent, ces dernières télétravaillant en moyenne moins que leurs homologues masculins.
L’IA s’impose progressivement dans les pratiques : 69 % des professionnels l’utilisent pour automatiser des tâches répétitives. Mais seuls 20 % y recourent pour la prise de décision. L’outil révèle aussi une fracture générationnelle : les moins de 30 ans se montrent confiants, tandis que les plus de 50 ans expriment une méfiance croissante.
Malgré ces tensions, les professionnels RH continuent de croire en l’utilité de leur fonction. Leur confiance dans l’avenir du métier atteint 6,4 sur 10. Mais l’incertitude domine : 58 % citent ce sentiment comme principal horizon pour 2026, tandis que l’ambition recule nettement.
Un tiers des répondants estime que l’intérêt de leurs missions s’est dégradé – ils ne veulent pas seulement éteindre des incendies – et plus d’un quart juge que les relations avec la hiérarchie se sont détériorées, générant des frustrations profondes.
Les professionnels RH attendent désormais des engagements concrets de la part de leurs employeurs, au-delà des discours de marque employeur. L’année 2024 les avait laissés “fatigués”. En 2025, beaucoup disent avoir “perdu le sens”.
Et “lorsque l’exigence n’est plus compensée par la perspective d’avancer, le risque de décrochage n’est jamais loin”, conclut l’enquête.

Cet article provient du site Editions Législatives - ActuEL RH