A l’automne 2025, le Medef avait fait savoir par courrier aux syndicats sa volonté d’ouvrir des négociations sur le modèle productif, les jeunes et le financement de la protection sociale. Mais pour l’heure, il est surtout question de régler les désaccords sur la revalorisation de la retraite complémentaire Agirc Arrco (qui ne s’est pas faite fin octobre 2025) et sur l’assurance chômage (au sujet de laquelle des négociations sont en cours notamment sur l’indemnisation des ruptures conventionnelles). Ces arbitrages devaient être rendus fin février.
“A court terme, nous devons régler nos différends sur l’Agirc-Arrco et clarifier les règles de fonctionnement paritaire. Tout le monde doit s’engager aussi dans la négociation assurance chômage avec l’objectif de conclure”, a indiqué Marylise Léon à sa sortie du Medef mercredi soir. Le ton de Sophie Binet (CGT) était nettement moins consensuel : “C’était un échange non conclusif (…). Il y a eu zéro euro de revalorisation sur l’Agirc-Arrco parce que le patronat a refusé de négocier, et sur l’assurance chômage, les négociations à ce stade sont encalminées. Nous avons dit au patronat qu’il fallait aboutir sur ces deux sujets avant toute chose pour engager sereinement d’autres discussions”.
L’ouverture des trois autres thèmes ne sera de toute façon pas possible avant la fin des négociations actuelles sur l’indemnisation chômage des ruptures conventionnelles. Comme le confirme Frédéric Souillot (FO), “on ne vas pas commencer sur les autres thèmes avant d’avoir terminé sur l’assurance chômage. J’ai déjà dit que je suis d’accord pour discuter de l’agenda autonome. Nous nous reverrons fin février, et nous serons alors en fin de négociation sur l’indemnisation des ruptures conventionnelles”. Il est en tout cas certain pour Cyril Chabanier (CFTC) que les syndicats veulent “que les discussions sur l’agenda autonome se passent bien, que tout le monde se décrispe, on attend donc un geste sur l’Agirc-Arrco”.
Quoi qu’il en soit, en dehors de la CPME qui ne disposait pas encore de mandat, le patronat serait d’accord pour “faire un geste” sur la revalorisation des retraites complémentaires. “J’ai bien reçu le message, on va ensuite se concerter tous les trois (Medef, CPME, U2P) mais je suis prêt à bouger”, a indiqué Michel Picon (U2P).
Au Medef, Patrick Martin y semble également favorable : “J’ai pris acte que les négociations s’étaient tenues dans un contexte tendu avec des interférences ][de l’Etat, il est donc question de reprendre les discussions dans un contexte plus ouvert”.
Enfin, sur les contrats courts qui font l’objet, eux aussi, d’une négociation à l’Unédic, François Hommeril (CFE-CGC) a indiqué que “les surtaxer ferait très vite rentrer de l’argent”. Un financement évoqué en ces termes par FO : “On va trouver des économies qui ne se feront pas sur les demandeurs d’emploi, à ce sujet France Travail a aussi des projets”.
Toujours selon Patrick Martin, le sujet du financement de la protection sociale est sur les rails mais n’a pas encore abouti. En revanche, les syndicats ont réceptionné hier deux documents du Medef relatifs à l’emploi des jeunes et au modèle productif. Ce dernier sujet inclut la transition écologique, l’intelligence artificielle, l’indépendance stratégique et le “mur de la démographie”. L’organisation patronale dresse en tout cas un constat lucide : “Ces transitions nécessiteront des capacités d’innovation et d’investissement colossales de la part des entreprises et des pouvoirs publics” alors que les innovations ne seront matures et déployées qu’après 2030.
Le Medef ajoute que “près de 8 millions d’emplois sont concernés directement par les leviers de la planification écologique, qui pourrait créer 150 000 équivalents temps plein d’ici 2030”. De plus, face aux mutations exigées qui auront des impacts sur le pouvoir d’achat, la formation, les parcours professionnels, la main d’œuvre disponible et les tensions de recrutement, “ces différentes transitions ne seront pas possibles dans croissance ni acceptabilité sociale”. Il faudra, au titre de cet ensemble, “mettre en place les conditions d’un avenir désirable, notamment en réindustrialisant”.
En revanche, le sujet de la conditionnalité des aides publiques aux entreprises n’est bien-sûr pas abordé, alors que les syndicats le réclament. “On ne peut pas travailler sur le modèle productif sans rouvrir ce dossier”, a pointé François Hommeril (CFE-CGC).
Côté méthode, le Medef propose dans un premier temps un “format resserré d’une journée des numéros un des organisations syndicales et patronales”, suivi d’une phase de diagnostic paritaire sur chaque enjeu identifié, le tout conduisant à une feuille de route et le cas échéant une négociation sur certains points.
Constatant un taux d’emploi de jeunes de 34,6 % et leur vulnérabilité au chômage, les propositions du Medef fixent deux axes de travail : l’amélioration du lien entre les études et le premier emploi tout d’abord, l’attractivité des métiers et l’accompagnement dans l’emploi ensuite. A ce titre, l’organisation patronale suggère par exemple :
- de pouvoir abaisser sans accord de branche préalable le seuil minimal de 24 heures pour les temps partiels “afin de multiplier les opportunités d’emploi (…) et d’apporter de la flexibilité” ;
- un cadre légal et réglementaire spécifique en matière de relation de travail des jeunes visant à “donner de la visibilité aux employeurs” et de permettre aux jeunes de “surmonter la peur de l’embauche” ;
- d’allonger la période d’essai “en s’inspirant de l’exemple italien du contrat à droits progressifs, pouvant être rompu sans motif pendant les trois premières années ;
- de faciliter l’accès à toute forme de contrats en supprimant le motif de recours à l’intérim ou au CDD, de supprimer le délai de carence entre deux CDD, la possibilité d’aller au-delà de 18 mois en CDD et de relever la limite de deux renouvellements de CDD ;
- d’adapter le niveau de rémunération (du Smic notamment) pour une durée limitée et par la négociation collective ;
- de valoriser les bonnes pratiques managériales ;
- d’accompagner les jeunes actifs dans la création de leur propre activité.
Enfin, l’accord national interprofessionnel de novembre 2024 sur le dialogue social (qui a enterré la limitation à trois mandats des élus de CSE) a également prévu une négociation sur la valorisation des parcours syndicaux. Elle devait s’ouvrir courant 2025 mais l’instabilité politique n’a pas permis aux partenaires sociaux de l’envisager. Pour l’heure, ce thème n’a pas fait l’objet d’un document partagé lors de la réunion de mercredi soir. Frédéric Souillot a cependant indiqué à la sortie du Medef que les discussions s’ouvriraient avec les autres thèmes.

Cet article provient du site Editions Législatives - ActuEL RH