Le débat sur la soumission à cotisations sociales des avantages salariés, qui a agité les couloirs ministériels lors des discussions sur le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, a mis en lumière un phénomène méconnu : l’importance vitale que revêtent ces dispositifs pour une majorité de salariés français. L’étude réalisée par l’Ifop pour la Fondation Jean-Jaurès et Swile, publiée le 17 décembre 2025, en apporte une démonstration chiffrée.
Le texte initial du PLFSS envisageait un prélèvement social de 8 % sur les titres-restaurant, chèques-vacances et chèques-cadeaux. Une mesure finalement abandonnée, mais qui aurait pu bouleverser l’équilibre fragile de nombreux foyers.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 84 % des bénéficiaires déclarent être attachés à ces avantages, et plus de la moitié affirment qu’une suppression pourrait les conduire à quitter leur employeur. L’enquête révèle que 52 % des salariés craignent de ne pouvoir réussir leurs fêtes de fin d’année sans chèques-cadeaux, tandis que 47 % renonceraient à tout départ en vacances. Plus préoccupant encore, 55 % des bénéficiaires de titres-restaurant seraient contraints de réduire leur alimentation à midi, et près de la moitié envisageraient de sauter des repas.
Ces dispositifs fonctionnent comme des “amortisseurs sociaux”, selon l’expression de Denis Maillard, co-directeur de l’Observatoire de l’engagement de la Fondation Jean-Jaurès. Leur impact sur la situation financière des ménages est mesurable : dix points de difficultés en moins pour les bénéficiaires, qui constatent une amélioration réelle de leur pouvoir d’achat à 91 %.
La répartition de ces avantages dessine une cartographie précise des disparités du monde du travail. Si 72 % des salariés bénéficient d’au moins un dispositif, leur distribution suit les lignes de fracture habituelles : le secteur privé est mieux loti que le public, les grandes structures plus généreuses que les petites entreprises.
Dans les entreprises de plus de 1 000 salariés, 61 % utilisent leurs titres-restaurant plusieurs fois par semaine, contre seulement 25 % dans les structures de moins de 20 personnes.
28 % des salariés français ne bénéficient d’aucun avantage. Ce tiers exclu présente un profil sociologique marqué : moins diplômés, plus précaires, moins bien rémunérés. Parmi ceux qui gagnent moins de 1 000 euros par mois, 42 % sont privés de tout dispositif, proportion qui tombe à 17 % au-delà de 3 000 euros.
La taille de l’entreprise constitue le facteur discriminant majeur. Dans les TPE de moins de 20 salariés, près d’un travailleur sur deux ne bénéficie d’aucun avantage, contre 15 % dans les entreprises de 500 à 1 000 salariés.
L’étude souligne l’importance des CSE dans l’accès à ces protections. Leur présence, particulièrement quand ils disposent d’un budget dédié aux activités sociales et culturelles, constitue un facteur décisif. Leur absence, fréquente dans les petites structures, explique en grande partie la sous-dotation de leurs salariés.
Les titres sociaux révèlent ainsi une double réalité : pour les cadres, ils représentent un “bonus”, un “signe de qualité de vie professionnelle” ; pour les salariés modestes, ils constituent un “soutien” essentiel, permettant simplement de “maintenir une dignité sociale”. Loin d’être de simples “gadgets”, ces dispositifs “sont devenus un amortisseur silencieux, inégal dans sa distribution, mais efficace dans son usage”, analyse Denis Maillard. Leur absence ou suppression exposerait une partie significative du salariat à une précarisation accrue.

Cet article provient du site Editions Législatives - ActuEL RH