La conférence sociale travail emploi retraites (TER) a eu lieu vendredi 20 février au CESE, le conseil économique, social et environnemental, sur le pilotage du système des retraites), à Bercy sur l’emploi des jeunes et au ministère du travail sur le thème de la qualité du management. Rappelons que ce cycle de discussions a été lancé par le gouvernement afin d’inciter les partenaires sociaux à partager des analyses et un diagnostic sur de grands enjeux liés au travail, après l’échec du conclave des retraites lorsque François Bayrou était Premier ministre.
Les thèmes travaillés dans ces ateliers, boudés par le Medef, sont intéressants. Mais bien malin celui qui peut dire s’il en sortira des propositions en juillet prochain, et si ces propositions pourraient avoir, compte-tenu du contexte politique, un quelconque débouché.
Vendredi, il ressortait des restitutions données par Jean-Denis Combrexelle, le garant de la conférence, et des partenaires sociaux qui ont bien voulu s’exprimer, quelques grandes priorités et débats.
Concernant les retraites, sujet des discussions au conseil économique social et environnemental, de l’avis d’Yvan Ricordeau (CFDT), trois sujets émergent : l’accord du patronat pour aborder la question de la pénibilité (mais le Medef reste absent des discussions), les transitions entre activité et retraite, et le pilotage du système. “Si cela donne une feuille de route au mois de juillet, ça va quand même éclairer le débat”, nous a confié le secrétaire confédéral de la CFDT à la sortie du CESE.
A FO, la délégation a noté l’intervention de Franck von Lennep, président du Comité de suivi des retraites (CSR), dont le jury citoyen interne s’est prononcé en faveur d’une hausse des cotisations pour financer la retraite par répartition. Le CSR n’a cependant pas l’intention de poursuivre cette piste et considère que ce n’est pas son rôle. “Je leur ai rappelé qu’ils peuvent faire des recommandations comme les autres”, a pointé Michel Beaugas.
Pour Christelle Thieffinne (CFE-CGC), l’atelier a permis de “réaffirmer les choses sur les carrières longues”, tandis que Pascale Coton (CFTC) a remis sur le métier l’égalité des pensions entre hommes et femmes. Selon elle, les différents échanges commencent à dessiner un éventuel livre blanc en fin de conférence au mois de juillet.
Côté patronal, Eric Chevée (CPME) relève que les organisateurs n’ont probablement aucune idée de l’issue de ces travaux. Il juge néanmoins intéressantes des discussions qui visent à définir les grands objectifs d’un système de retraite.
Sur la thématique du travail, la journée a abordé la question, soulevée par le rapport remarqué de l’Inspection générale des affaires sociales, de la qualité du management, la France étant le mauvais élève avec la persistance d’un management vertical peu propice à l’engagement des salariés, selon l’Igas.
Une thématique résumée ainsi par Jean-Denis Combrexelle : “Dans quelles conditions un management de qualité peut répondre aux nouvelles attentes en matière de travail et de conditions de travail ? Quel lien y-a-t-il entre la qualité du management et la performance économique ?”
Pour Isabelle Mercier (CFDT), c’est un sujet majeur qui nécessite de revoir les formations initiales des managers comme leurs formations continues : “Il y a une culture française du management à faire évoluer, dans le public comme dans le privé, pour impulser d’autres pratiques. Il est pour nous important de s’appuyer sur les collectifs de travail (Ndlr : pour mettre en oeuvre un management différent)”.
“Il n’y a pas de modèle unique de management, a observé Pascal Lagrue (FO), mais pour que le management soit aussi un soutien des salariés, il faut déterminer les responsabilités en jeu et donc clarifier le cadre”. Et le syndicaliste d’appeler de ses voeux la tenue de négociations sur ce sujet dans le privé comme le public.
Concernant la thématique de l’emploi des jeunes, le garant Jean-Marie Marx a souligné la nécessité d’une meilleure information sur l’orientation et la formation, mais aussi d’une lutte plus efficace contre les stéréotypes de genre et “l’orientation subie”. Les débats ont selon lui évoqué une meilleure reconnaissance des maîtres d’apprentissage et des tuteurs. Mais la priorité qui semble se dessiner sur le sujet a trait à l’insertion des jeunes les plus éloignés de l’emploi. Pour Olivier Guivarch (CDT), cette question nécessite “une politique publique beaucoup plus ambitieuse”.
Une forme de consensus qui n’a pas empêché Thomas Vacheron (CGT) de mettre les pieds dans le plat. A ses yeux, le défi majeur est dans la hausse des qualifications, car “la France reste un pays à bas salaire”. Les jeunes, a-t-il remarqué, sont ceux qui connaissent le plus les emplois précaires. “Personne ne pense que c’est une bonne idée de faire un Smic jeunes, à part le Medef qui n’est d’ailleurs pas là”, a ironisé le syndicaliste. Thomas Vacheron a également pointé le fait que les métiers en tension avaient pour point commun d’être mal rémunérés et d’offrir de mauvaises conditions de travail.
La prochaine journée aura lieu le 13 mars, autour des thèmes de la culture de la prévention et de la lutte contre l’absentéisme, de l’emploi dans les territoires et des dispositifs d’anticipation et des mécanismes de solidarité. Jean-Denis Combrexelle a annoncé que des discussions transversales auraient lieu le 12 mai, “car les choses les plus intéressantes se situent à la frontière de chaque atelier”.

Cet article provient du site Editions Législatives - ActuEL RH