La santé mentale au travail : quelles leçons tirer des modèles étrangers ?


Chronique

Face à l’augmentation du stress et des burn-out, certaines nations ont mis en place des politiques innovantes pour protéger la santé mentale des travailleurs. Quelles sont les meilleures pratiques en vigueur à l’international, et que peut-on en apprendre ?

1. Le modèle scandinave : l’équilibre avant tout

Les pays nordiques (Suède, Norvège, Danemark, Finlande) sont souvent cités comme références en matière de bien-être au travail. Leur approche repose sur plusieurs piliers :

  • Des horaires flexibles et réduits : en Suède, certaines entreprises ont testé la journée de travail de six heures, avec des résultats positifs sur la productivité et la satisfaction des employés. Par exemple, l’hôpital universitaire de Göteborg a mis en place un passage à la semaine de 30 heures pour les infirmiers, réduisant l’absentéisme de 25 % et augmentant la qualité des soins.
  • Une culture du dialogue : le management horizontal favorise l’écoute des besoins des employés et leur implication dans les décisions. Par exemple, au Danemark, l’entreprise LEGO a instauré un programme de feedback anonyme permettant aux employés d’exprimer leurs préoccupations en toute sécurité.
  • Un congé parental généreux : en Norvège, les parents peuvent bénéficier de 49 semaines de congé parental payé à 100 %, ce qui réduit le stress lié à la conciliation travail-famille. En Finlande, ce congé est réparti équitablement entre les deux parents, favorisant un meilleur équilibre des responsabilités.
  • Des bureaux pensés pour le bien-être : En Suède, certaines entreprises comme Spotify offrent des espaces de travail modulables avec des zones de relaxation, des salles de sport et même des saunas.
2. Le Japon : un modèle en mutation

Le Japon est connu pour sa culture du travail intense, marquée par des horaires prolongés et un haut niveau d’exigence. Cependant, face aux problèmes liés au “karoshi” (mort par surcharge de travail), le pays a initié des réformes :

  • “Premium Friday” : une initiative gouvernementale encourage les employés à quitter le travail plus tôt le dernier vendredi du mois. Des entreprises comme Mitsubishi Electric appliquent ce programme avec succès, augmentant la satisfaction de leurs employés.
  • Un droit à la déconnexion progressif : de plus en plus d’entreprises instaurent des restrictions sur l’envoi d’e-mails et de messages en dehors des heures de travail. Toyota, par exemple, coupe ses serveurs d’e-mails après 20h pour éviter les excès.
  • Des espaces de décompression : certaines sociétés mettent en place des salles de sieste, des sessions de méditation et même des robots-thérapeutes pour apaiser le stress. L’entreprise IT Fujitsu a installé des “pods de relaxation” où les employés peuvent s’isoler pour pratiquer la pleine conscience.
  • Encouragement à la pause : au Japon, certaines entreprises comme Pasona Group encouragent leurs employés à faire des pauses en proposant des séances de jardinage ou des promenades avec des chiens dans l’entreprise.
3. L’Allemagne et la rigueur du droit du travail

L’Allemagne a une approche pragmatique de la santé mentale au travail, en s’appuyant sur une réglementation stricte :

  • Interdiction des e-mails en dehors du travail : des entreprises comme Volkswagen bloquent les serveurs de messagerie après 18h. BMW et Daimler ont également instauré des politiques similaires pour éviter la surcharge mentale.
  • Des congés bien respectés : en Allemagne, prendre l’intégralité de ses congés est encouragé, contrairement à d’autres pays où cela peut être mal vu. L’entreprise Bosch impose une prise de congé obligatoire pour éviter le surmenage.
  • Un système de soutien psychologique : beaucoup d’entreprises offrent un accompagnement gratuit via des psychologues d’entreprise. Adidas a mis en place un programme où chaque employé peut consulter gratuitement un psychologue jusqu’à six fois par an.
  • Les semaines de travail réduites : certaines entreprises, comme le groupe IG Metall, ont négocié des semaines de travail à 28 heures pour favoriser l’équilibre vie professionnelle-vie personnelle.
4. La France : un modèle en transition

Bien que des efforts aient été faits, la France reste en retrait par rapport aux modèles scandinaves ou allemands. Cependant, certaines initiatives vont dans le bon sens :

  • Droit à la déconnexion (loi de 2017) : une régulation visant à limiter l’impact du travail sur la vie personnelle. Des entreprises comme Orange appliquent cette loi avec une interdiction stricte d’envoyer des e-mails après 19h.
  • Santé mentale en entreprise : de plus en plus de sociétés mettent en place des services d’accompagnement psychologique. Par exemple, AXA propose un accès à une plateforme de soutien psychologique pour ses employés et leur famille.
  • Expérimentations locales : certaines entreprises testent des semaines de 4 jours ou des espaces de “bien-être”. Le cabinet de conseil Welcome to the Jungle a instauré la semaine de quatre jours, observant une hausse de la productivité et une baisse du stress.
  • Initiatives originales : L’Oréal a mis en place des “cafés bien-être” où les employés peuvent discuter avec des psychologues autour d’un café, dans un cadre informel.
5. Autres modèles inspirants
  • Canada : Une culture du bien-être au travail

Le Canada met l’accent sur la prévention des risques psychosociaux. Shopify, par exemple, offre un budget annuel à ses employés pour des activités favorisant leur bien-être, comme des abonnements à la salle de sport ou des séances de thérapie.

  • Pays-Bas : Le travail à temps partiel favorisé

Aux Pays-Bas, près de la moitié des employés travaillent à temps partiel. Cette flexibilité permet une meilleure conciliation entre travail et vie privée. L’entreprise Philips encourage cette pratique avec des semaines modulables et un accès facilité au télétravail.

  • Australie : Promotion de la santé mentale

En Australie, la campagne “R U OK?” sensibilise les entreprises sur l’importance de demander régulièrement à ses collègues comment ils se sentent. L’entreprise Atlassian a mis en place des “journées bien-être” où les employés peuvent prendre une journée libre pour se ressourcer.

Conclusion : Quel modèle adopter ?

Si chaque pays a sa propre approche, plusieurs bonnes pratiques peuvent être transposées ailleurs :

  • flexibiliser les horaires pour favoriser l’équilibre travail-vie personnelle ; 
  • encourager la déconnexion pour limiter le stress et la surcharge cognitive ; 
  • mettre en place un accompagnement psychologique systématique en entreprise ; 
  • promouvoir un management bienveillant et à l’écoute.

Les modèles internationaux montrent qu’un engagement fort des entreprises et des gouvernements est indispensable pour faire de la santé mentale une véritable priorité au travail. A l’heure où la charge mentale des salariés devient une préoccupation mondiale, ces initiatives pourraient bien tracer la voie vers un avenir professionnel plus équilibré et épanouissant.

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Geoffrey Fournier, Victoriam RH
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Dans cette chronique, Geoffrey Fournier, président du cabinet conseil Victoriam RH, livre un panorama des différentes initiatives innovantes à l’œuvre à l’étranger pour protéger la santé mentale des salariés. Certaines sont facilement transposables en France. Revue de détail.

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Geoffrey Fournier
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Cet article provient du site Editions Législatives - ActuEL RH