Les impacts de l’IA générative sur le travail sont nombreux : l’IA peut faire à notre place, elle peut nous faire des feedbacks, elle peut “augmenter notre travail” en nous permettant de faire mieux et/ou plus. Rapidement, on a commencé à voir le potentiel de l’IA pour améliorer les conditions de travail, en se disant qu’on allait pouvoir automatiser les tâches “à faible valeur ajoutée”, et ainsi réduire la charge de travail et la charge cognitive. Le tout pour faire plus de tâches “à forte valeur ajoutée”, considérées comme valorisantes et pleines de sens.
Ce n’est pas faux, mais cela s’accompagne de risques tout aussi forts pour la santé mentale. L’IA promet de nous libérer, mais elle peut nous épuiser. On voulait gagner du temps avec l’IA, ce pourrait être au détriment du sens qu’on donne au travail. L’IA est “vendue” comme une alliée au travail, mais elle a le pouvoir d’ôter ce qui permet notre épanouissement professionnel.
Explorons le revers caché de l’IA au travail.
Les risques psychosociaux (RPS), qui n’ont pas attendu l’IA pour arriver dans les entreprises, pourraient très rapidement augmenter du fait de l’IA. C’est même probablement déjà le cas, on attend des études sérieuses pour confirmer cette hypothèse.
Notamment avec une application un peu trop rapide de cette phrase que l’on connaît bien : avec l’IA, on va automatiser les tâches à faible valeur ajoutée pour se concentrer sur les tâches à forte valeur ajoutée.
Parce qu’en réalité, si on applique cela à la lettre, on accentue plusieurs RPS.
Déjà, on va mécaniquement complexifier le travail : fini les tâches simples ! En théorie, c’est une bonne nouvelle. Evacuer les tâches répétitives ou routinières peut améliorer nos conditions de travail. Mais sur le terrain, la réalité est plus complexe. Ces tâches à faible valeur ajoutée ont quand même de la valeur : ce sont des tâches de respiration pour notre cerveau. Nous ne sommes pas faits pour faire des tâches complexes à longueur de temps. Sans oublier que ces tâches simples sont aussi des victoires faciles, dont on a besoin pour notre épanouissement professionnel.
Attention donc à ne pas créer de situation de surcharge cognitive en complexifiant trop le travail.
Ensuite, il y a une question de sens. Imaginons que plus de la moitié de notre travail soit automatisé. Cela voudrait dire que non seulement on ne fait plus certaines tâches qui avaient pour partie du sens à nos yeux, mais qu’à la place on devient des “presse-bouton”, ayant la responsabilité de contrôler le travail de l’IA. Est-ce que beaucoup trouveront du sens à ça ? D’autant plus que Microsoft a déjà démontré en février 2025 que plus on travaille avec l’IA générative, plus on perd en esprit critique, alors même qu’on a besoin d’un esprit critique pour bien vérifier que l’IA fait ce qu’on attend d’elle…
Puis il y a une question d’hyperconnexion. Plus on automatise le travail, plus on dépend de l’IA pour travailler, plus on est donc connectés. Et on a vu à quel point, pour les télétravailleurs pendant la pandémie, l’hyperconnexion pouvait entraîner une fatigue cognitive (et au passage aussi une perte de sens).
Enfin, mais cette liste n’est pas exhaustive, il ne faut pas sous-estimer le risque d’isolement. Car la tentation est grande de poser désormais nos questions quotidiennes à l’IA générative, qui répond rapidement, quand on veut, et sans jugement. Or ce sont les échanges, même informels, qui nourrissent le lien social, et favorisent la collaboration. Veut-on d’un monde du travail où on augmente les échanges avec l’IA au détriment des échanges humains ?
Tout commence par la promotion des bons usages de l’IA, et l’autonomie laissée aux collaborateurs. Il est urgent de faire savoir que ce n’est pas parce qu’une tâche est automatisable qu’on va systématiquement l’automatiser.
Par exemple, on peut travailler sur l’évolution des métiers en laissant aux collaborateurs la possibilité de faire eux-mêmes certaines tâches pourtant automatisables. Et ce quand ils le veulent. Comme ça ils peuvent quand ils en éprouvent le besoin continuer de faire (au lieu de faire faire), obtenir des victoires faciles, garder du sens et avoir des moments de respiration pour leur cerveau. En bonus, c’est aussi comme ça qu’on ne régresse pas et qu’on continue d’apprendre.
Ensuite, il faut s’assurer du bon équilibre entre les interactions avec l’IA et avec l’humain. Car c’est en automatisant les tâches individuelles qu’on peut, en théorie, libérer du temps pour collaborer à des fins de créativité, de résolution de problèmes complexes, de prise de décision, etc.
Enfin, quand on arrive à gagner du temps, on peut aussi faire des choix qui favorisent les conditions de travail, comme choisir de travailler mieux mais moins (plutôt que de produire plus en autant de temps).
Bref, prenons les devants pour réconcilier technologie et humanité dans l’entreprise.

Cet article provient du site Editions Législatives - ActuEL RH