Enquête 2025 sur la santé mentale au travail : une grande marge de progrès


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Qu’est-ce qu’une entreprise peut espérer gagner en valeur ajoutée en travaillant sur la QVCT et sur la santé mentale des salariés ? Le cabinet Qualisocial a apporté jeudi 23 janvier 2025 des premiers éléments de réponse, lors de la présentation de son baromètre 2025 sur la santé mentale. 

Une enquête réalisée avec Ipsos auprès de 3 000 salariés français en décembre 2024, tient à souligner Matthieu Gallard (directeur de clientèle chez Ipsos), qui assure que les travaux de ce type portent généralement sur un échantillon de 1 000 personnes interrogés. De quoi avoir des résultats “extrêmement fiables et précis”, selon l’intéressé, et pouvoir “analyser de manière très précise les sous-groupes de la population des salariés” très hétérogène.

La santé mentale au travail est encore mal comprise des employeurs

La marge de progrès des entreprises en matière de prévention des risques psychosociaux (RPS) se révèle immense. Selon le baromètre, moins d’un salarié sur quatre a connaissance d’un “plan de prévention complet de la santé mentale au sein de son organisation”. Camy Puech, fondateur et CEO de Qualisocial, précise que “complet” signifie que les trois niveaux de la prévention sont présents, “à savoir anticiper les risques en amont pour éviter qu’ils surviennent (prévention primaire), sensibiliser à l’existence des risques pour que les personnes se protègent et se prémunissent face au risque (secondaire) et enfin lorsqu’un risque survient, limiter l’impact du trouble sur la santé de l’individu (tertiaire)”. 

Les actions de prévention en santé mentale apparaissent très inégales d’un secteur à l’autre, avec très peu d’actions dans les secteurs de l’enseignement et des services aux particuliers par exemple. D’autres critères rentrent en jeu puisque les TPE-PME et les organisations en repli économique sont aussi mal loties.

Plus globalement, Camy Puech témoigne d’une méconnaissance persistante de ce qu’est la santé mentale au travail. “J’ai encore une entreprise qui m’a dit Ah non la santé mentale [ne nous concerne pas]), c’est pas un hôpital psychiatrique ici” », illustre-t-il. La première préconisation du cabinet est donc “d’éduquer au plus haut niveau dans les organisations”. Il rappelle que l’OMS définit la santé mentale comme “l’état de bien-être qui permet à chacun de réaliser son potentiel, de faire face aux difficultés normales de la vie, de travailler avec succès et de manière productive et d’être en mesure d’apporter une contribution à la communauté”.

La santé mentale dégradée impacte le travail

1 salarié sur 4 se déclare en mauvaise santé mentale. Le baromètre étant déclaratif, on pourrait se demander si les répondants ne surestiment pas leur mal-être. Or, la validité de cette considération a été vérifiée avec d’autres questionnaires sur les tenants de la santé mentale, répond Camy Puech. “Quand on demande à quelqu’un comment il estime sa santé mentale et qu’il estime qu’elle est mauvaise, peu importe la manière dont on va évaluer sa santé mentale par ailleurs, on va s’apercevoir qu’à 99 %, elle est mauvaise”, précise-t-il. Il rappelle qu’avant la crise sanitaire, les niveaux étaient plutôt de 1 salarié sur 6 ou 8. Depuis, la proportion est stable et ne baisse pas.

Par contre, les causes de cette santé mentale dégradée auraient changées depuis le Covid-19, le “manque de confiance dans l’avenir” étant aujourd’hui le “principal facteur dégradant le niveau de santé mentale”. Face à ce sombre constat, “les DRH, les partenaires sociaux, ou les dirigeants – qui sont aux commandes des plans de prévention des risques psychosociaux et des démarches d’amélioration de la qualité de vie au travail – ont tendance à baisser les bras, et à faire preuve de fatalisme. Or, il y a énormément de choses que l’on peut faire, et j’ai envie de dire, énormément de choses qu’il faut faire”, commente Camy Puech.

Parmi les secteurs “qui vont mal”, Camy Puech cite l’administration publique “que l’on retrouve dans toutes les enquêtes comme un des secteurs où la santé mentale est la plus dégradé” et le secteur de l’action sociale, “nouveau”, qui présente des causes spécifiques comme  “la confrontation à la souffrance d’autrui et l’absence de moyens pour répondre à la mission donnée, qui est le principal facteur de santé mentale dégradée”.

Sans oublier les secteurs du commerce et de l’hébergement-restauration. “Les difficultés économiques du secteur et la taille des entreprises, majoritairement petite, se soldent majoritairement par la fermeture pure et simple de l’entreprise et non pas par un plan de restructuration comme on peut trouver dans les plus grosses structures”, commente Camy Puech. A l’inverse, il est intéressant de noter que les secteurs de la construction et de l’industrie ont les meilleurs scores (même si, là aussi, ils sont moins bons qu’avant la crise sanitaire). “Malgré les difficultés économiques, ce sont des métiers manuels, des métiers qui font sens”, estime Camy Puech.

Cette santé mentale dégradée a un impact fort sur le travail, notamment  sur “la capacité de concentration, l’engagement et l’énergie au travail”. Inversement, chez les personnes en bonne santé mentale, il y aurait 2,4 fois plus de capacité de concentration et + 39 % d’engagement au travail par rapport aux salariés en mauvaise santé mentale.

Prévention complète et management de la QVCT

La deuxième préconisation du cabinet est d’agir à chaque niveau de prévention des risques (primaire, secondaire, tertiaire). D’autant plus que l’impact d’une prévention globale est largement positif : les organisations mettant en place une prévention complète ont + 26 % de salariés en bonne santé mentale et + 20% de salariés engagés au travail, selon le baromètre. Et les salariés reconnaissent les bienfaits de ces actions lorsqu’elles existent. “83 % des salariés bénéficiant d’un plan de prévention complet estiment que cela a permis une amélioration de la santé mentale”, rend compte Camy Puech.

La troisième recommandation est de “manager la QVCT”, selon la définition de l’Anact avec les six composantes (contenu et organisation du travail, santé au travail, compétences/parcours professionnels, égalité professionnelle pour tous, management participatif/engagement et relations au travail/climat social). Les résultats du baromètre montrent que les attentes des salariés sur la QVCT sont fortes vis-à-vis des employeurs : 91 % (+ 3 points) des salariés jugent que cet enjeu est important pour les employeurs, mais aussi pour le gouvernement. 81 % pensent que ce dernier devrait agir sur ce sujet.

Plus précisément, les trois premières composantes à prioriser pour les salariés sont : la santé sécurité et les conditions de travail, les relations au travail et l’organisation du travail et les tâches au quotidien. On peut noter une dégradation des premières avec une proportion plus importante des salariés non satisfaits sur ces aspects, par rapport à la précédente édition du baromètre.

Camy Puech insiste enfin sur la nécessité d’avoir une démarche d’amélioration continue de la QVCT. Ce qui serait une stratégie gagnant/gagnant pour les employeurs puisque “les salariés bénéficiant d’une bonne QVCT dans leur organisation sont 67 % en meilleure santé mentale et 45 % plus engagés au travail”.

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Signature: 
Clémence Andrieu
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La santé mentale des salariés français reste dégradée et une majorité d’entreprises ne se saisit pas encore de ce sujet, révèle le cabinet Qualisocial dans son baromètre 2025 publié jeudi 23 janvier 2025. Pourtant, la santé mentale dégradée a un impact négatif sur le travail. Les entreprises auraient donc intérêt à aller vers une prévention complète et un management de la QVCT.
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Cet article provient du site Editions Législatives - ActuEL RH