Emploi : le malaise des cadres s’accentue face au ralentissement économique


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Le temps de l’euphorie post-Covid est bel et bien révolu pour les cadres français. Après trois années de dynamisme exceptionnel, le marché de l’emploi des cols blancs subit un coup de frein significatif, reflétant les inquiétudes plus générales qui traversent l’économie hexagonale.

D’après les prévisions de l’Apec d’avril dernier, les entreprises envisagent de recruter 292 600 cadres en 2025, contre 303 400 l’année précédente. Une baisse qui se confirme au deuxième trimestre 2025, selon la dernière étude dévoilée hier : seuls 46 % des grands groupes et 4 % des TPE prévoient d’embaucher au moins un cadre dans les trois prochains mois, soit un recul respectif de trois et deux points par rapport à 2024.

Ce repli généralisé traduit l’anxiété croissante des entreprises quant à l’évolution de leurs carnets de commandes, en baisse de cinq points. Dans ce contexte, elles revoient significativement leurs prévisions à la baisse, marquant une rupture avec l’optimisme qui prévalait depuis la sortie de la crise sanitaire.

Une confiance érodée

Cette dégradation affecte profondément le moral des cadres, catégorie habituellement préservée des soubresauts conjoncturels. Leur confiance dans la situation économique de leur entreprise s’effrite sensiblement : 69 % d’entre eux conservent une vision positive, contre 71 % en mars 2024 et 79 % en 2021. Un phénomène qui n’épargne pas les secteurs à forte valeur ajoutée, traditionnellement les plus dynamiques en matière d’emploi qualifié.

La tendance est particulièrement marquée chez les moins de 35 ans, dont la confiance dans la sécurité de leur emploi a chuté de huit points par rapport à mars 2024, contre trois points pour l’ensemble des cadres. Quant à leurs perspectives d’évolution professionnelle, elles accusent un recul de cinq points (contre quatre points tous âges confondus).

“Le désir d’évolution professionnelle qui constitue pour les jeunes cadres un moteur fort de leurs aspirations à la mobilité pourrait se heurter à la contraction du marché de l’emploi”, observe l’Apec dans son étude.

Des mobilités professionnelles sous contrainte

Paradoxalement, leurs aspirations à la mobilité professionnelle demeurent intactes. Environ 13 % des cadres envisagent d’entreprendre des démarches actives pour changer d’entreprise dans un délai de trois mois, une proportion remarquablement stable indépendamment des fluctuations conjoncturelles. Les jeunes cadres restent les plus enclins à la mobilité externe (18 % des moins de 35 ans).

Toutefois, les motivations évoluent sensiblement. Cette année, les velléités de changement semblent davantage motivées par des “raisons défensives”, comme la crainte de perdre son emploi ou celle de stagner professionnellement.

Un rapport de force inversé

Surtout, les cadres sont conscients que le rapport de force avec les employeurs s’est inversé : “En l’absence de rebond des opportunités de mobilité, le rapport de force entre les recruteurs et les candidats devrait continuer à évoluer en défaveur de ces derniers, avec des conséquences sur les marges de négociation à l’embauche”, note l’Apec.

L’heure n’est donc plus aux exigences salariales ambitieuses ni aux conditions de travail trop avantageuses. Les entreprises se montrent moins enclines aux concessions et les cadres l’ont bien compris : la part de ceux anticipant des difficultés à retrouver un emploi équivalent augmente significativement (56 %, soit 4 points de plus sur un an), particulièrement chez les moins de 35 ans (42 %, +9 points).

Cette prise de conscience est d’autant plus aiguë chez les jeunes cadres et les débutants. En avril dernier, l’Apec prévoyait d’ailleurs que seulement 41 100 juniors seraient recrutés en 2025, un chiffre dérisoire au regard des quelque 200 000 jeunes diplômés de niveau bac +5/+6 qui arrivent chaque année sur le marché du travail.

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Anne Bariet
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Face à un marché de l’emploi atone, les velléités de changement des cadres pourraient davantage être motivées par des “raisons défensives”, comme la crainte de perdre leur emploi ou celle de stagner professionnellement. Une tendance qui affecte particulièrement le moral des jeunes cadres, selon la dernière étude de l’Apec publiée hier.
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Cet article provient du site Editions Législatives - ActuEL RH