Jusqu’ici tout allait bien : cinq ans après la crise sanitaire, les professionnels RH entrevoyaient enfin le bout du tunnel et se projetaient sur des chantiers plutôt attrayants, à l’instar du recrutement, notamment de la génération Z (entre la fin des années 1990 et le début des années 2010), de l’émergence de l’intelligence artificielle dans les pratiques professionnelles, des nouvelles attentes des collaborateurs ou encore du travail hybride. C’était sans compter sur le retournement économique qui a totalement bouleversé leurs plans.
Résultat ? Le moral des DRH flanche : seuls 59 % des professionnels RH déclarent avoir “bien ou très, bien vécu” l’année 2024. Soit une baisse de six points par rapport à l’année 2023. Les plus de 50 ans sont même plus négatifs (50 %).
Tel est l’un des résultats de la cinquième édition enquête de Gereso, un organisme de formation spécialisé en RH, “Professionnels RH, comment allez-vous ?”, dévoilée hier et réalisée du 7 au 12 novembre 2024 auprès de 460 professionnels RH d’entreprises privées et d’établissements publics dont 36 % de responsables RH, 21 % de gestionnaires RH et 17 % de DRH.
Ils n’ont pourtant pas ménagé leurs efforts et leur investissement l’an dernier. Au point où l’année 2024 est d’abord qualifiée d’”épuisante”. 55 % des RRH sondés partagent cette opinion. Ils n’étaient que 48 % à exprimer un tel état d’abattement en 2023. Le secteur public et les grandes entreprises (plus de 200 salariés) sont les plus touchés.
Cela tient à la conjoncture économique ; ce sujet s’impose une fois de plus comme un sujet clef avec 58 % des professionnels concernés. “Après l’inflation et les tensions sur les rémunérations, ils doivent aujourd’hui affronter une nouvelle déconvenue avec la poussée des plans sociaux et des restructurations, indique Vincent Chevillot, directeur général de Gereso. Ils ont une nouvelle fois l’impression de subir les évènements, sans pouvoir anticiper, ni prévoir, sans feuille de route claire”.
Or, “l’intérêt du poste est davantage tourné vers le développement de compétences, de la gestion de carrière, du recrutement, soit des prérogatives aux antipodes de ce qu’ils vivent”, poursuit cet expert.
Ce décalage entre aspirations et pratiques professionnelles engendre un niveau de stress plus élevé. 90 % des professionnels sondés notent une augmentation du stress au travail (86 % en 2023). Les responsables RH sont les plus exposés avec 94 % déclarant un stress important, contre 81 % pour les assistants RH.
Mais le contexte économique n’explique pas tout. La baisse de moral des professionnels RH tient aussi à la lourdeur de leur charge de travail. Comme l’an passé, elle a continué à augmenter l’an dernier : 57 % déclarent avoir travaillé “plus ou beaucoup plus” qu’en 2023. Un constat partagé par toutes les générations à différents degrés : les moins de 30 ans sont ici les plus touchés. Cette charge de travail a des répercussions dans leur quotidien : ils ont du mal à répondre aux demandes personnalisées des salariés. Elle impacte aussi leur vie privée. Avec à la clef, un déséquilibre des temps de vie.
“Les recrutements dans le service RH sont bloqués, alors qu’il y a de nombreux dossiers à traiter : entretiens professionnels, formation, rémunération… Il faut toujours donner plus et les retours positifs sont rarement au rendez-vous”, confie ce professionnel RH, sondé par Gereso.
Surtout, cette “fonction peine encore à être reconnue dans l’entreprise”, insiste Vincent Chevillot. 55 % des professionnels RH déclarent n’avoir reçu aucune reconnaissance explicite, que ce soit sous forme de promotions, primes ou encouragements et 45 % n’ont suivi aucune formation.
Certes 58 % des professionnels interrogés jugent leur salaire “assez” ou “tout à fait” satisfaisant, contre seulement 50 % en 2023. “Des efforts ont été faits en termes de rémunération mais ni plus ni moins que dans les autres fonctions de l’entreprise”, précise l’expert. “Attention toutefois, prévient Vincent Chevillot, cette fonction est extrêmement féminisée. Or, les femmes sont davantage prêtes à accepter des niveaux de rémunération plus faibles que ceux des hommes”.
En contrepartie, ils ont dû rogner sur certains de leurs avantages. A commencer par le télétravail. Ce mode de travail est, en effet, devenu plus rare, avec 1,6 jour en moyenne en 2024, contre 1,8 en 2023 et 2,6 en 2022. Un retour en arrière difficile à avaler : car pour les professionnels RH, ce mode d’organisation a d’abord un impact positif sur leur bien-être mais aussi sur leur efficacité et sur leur productivité.
Vont-ils tenir le coup ? Ils restent toutefois mobilisés : en 2024, les professionnels RH évaluent leur motivation au travail à une moyenne de 6,3/10. Et pour 2025 ? L’incertitude domine, qu’elle soit économique, politique ou organisationnelle. D’où un recentrage sur les “priorités immédiates plutôt que sur des projets ambitieux”. “Mon unique priorité 2025 : gérer l’activité partielle pour éviter un PSE, et donc essayer de maintenir le maximum d’emplois dans l’entreprise”, explique Louise, une chargée de RH, sondée par Gereso.
Reste que la fonction RH n’est pas prête à baisser les bras : “il s’agit d’une population extrêmement consciencieuse, prévient Vincent Chevillot. Attention, toutefois, ces signes avant-coureurs sont à prendre au sérieux… “.

Cet article provient du site Editions Législatives - ActuEL RH