Alors que l’épineuse question de l’emploi des seniors est revenue sur le devant de la scène avec la nouvelle réforme des retraites, l’Insee fait le point sur la situation en 2023 dans son dernier ouvrage publié hier, “Emploi, chômage et revenus du travail, édition 2024”.
Plusieurs facteurs discriminants expliquent des situations fort différentes sur le marché de l’emploi : l’âge, la situation personnelle, les contraintes financières notamment.
Premier constat dressé par l’Insee : “la participation des seniors au marché du travail n’a cessé de croître ces dernières années, notamment sous l’effet des réformes des retraites successives repoussant l’âge de départ à la retraite. Pour autant, elle reste très hétérogène en fonction de l’âge : en 2023, plus de huit personnes sur dix sont en emploi à 55 ans, mais cette part baisse à cinq sur dix à 61 ans. En moyenne entre 55 et 61 ans, 21 % des seniors ne sont ni en emploi, ni à la retraite : cette situation est souvent subie, notamment pour des raisons de santé ou de handicap”.
Et ce n’est qu’un début. “Selon les dernières projections de population active réalisées par l’Insee, prenant en compte les effets de la réforme des retraites mise en œuvre à compter de 2023, le taux d’activité des seniors augmenterait encore nettement en France au cours des prochaines années, en particulier jusqu’au milieu des années 2030. Le taux d’activité des personnes âgées de 60 à 64 ans atteindrait 61 % en 2030 et 71 % en 2070”.
Toutefois, l’Insee note de très fortes disparités entre 55 et 69 ans, comme l’illustre ce graphique ci-dessous.
Le contraste est ainsi fort par exemple entre 81 % des 55 ans en emploi en 2023 contre 53 % à 61 ans.
L’un des principaux facteurs qui explique ces taux d’emploi différents tient à l’état de santé de la personne. Ainsi, une personne âgée de 55 à 61 ans sur dix n’est ni en emploi ni à la retraite (NER) pour raison de santé ou de handicap.
D’autres raisons expliquent ces chiffres comme la volonté pour deux seniors sur cinq parmi les personnes ni en emploi ni à la retraite de 55‑61 de rester au foyer. “Cette raison principale d’inactivité est davantage évoquée par les femmes (36 %) que par les hommes (6 %). Cette raison perdure : 60 % des personnes inactives pour cette raison le sont toujours un an plus tard, et 27 % n’ont d’ailleurs jamais travaillé (contre 13 % de l’ensemble des personnes NER pour une autre raison). Parmi celles ayant déjà travaillé, la fin de leur dernier emploi remonte en moyenne à 20 ans, soit une ancienneté deux fois plus grande que pour l’ensemble des personnes NER pour une autre raison”, note l’Insee.
Deuxième raison la plus citée, “l’approche de la retraite” pour 17 % des personnes NER. Ce motif est en toute logique davantage cité à l’approche de l’âge légal de départ à la retraite ; ainsi 42 % des NER de 61 ans pour une autre raison citent ce motif. “De fait, un peu plus de la moitié des personnes citant ce motif principal d’inactivité sont effectivement retraitées un an plus tard”, note l’Insee.
Enfin, des situations personnelles, familiales ou temporaires sont également évoquées comme autres raisons d’inactivité, comme s’occuper d’un enfant ou d’un proche, un déménagement ou un deuil. Ce motif est davantage cité par les femmes (17 %) que par les hommes (11 %).
Les personnes NER de 55 à 61 ans qui évoquent le “souhait de rester au foyer” et “l’approche de la retraite” apparaissent moins contraintes financièrement, vivent plus fréquemment en couple (83 %, contre 58 % parmi les personnes NER), notamment avec un conjoint à la retraite (36 % contre 17 %).
Ce qui n’est pas le cas de tous les seniors comme tend à le démontrer la note de l’Insee. Pour certains, continuer de travailler, même après la retraite, constitue une nécessité financière dans quatre cas sur dix. “Près des deux tiers des retraités qui continuent à travailler par nécessité sont des salariés ouvriers (16 %), des employés (30 %) ou des professions intermédiaires (18 %)”.
Parmi les contraintes financières évoquées : 23 % ont un emprunt immobilier en cours, 21 % sont locataires, 17 % ont encore un enfant à leur domicile.
“En 2023, ce sont 13 % des personnes qui continuent à travailler après la liquidation de leurs droits à la retraite. Les cadres (12 %) sont davantage dans cette situation que les ouvriers (7 %), notamment ceux de l’industrie (3 %). 12 % des employés continuent aussi à travailler, notamment parmi les personnels de services directs aux particuliers (20 %), comme les personnels de ménage ou les assistants maternels (26 %) pour qui il est sans doute plus facile de diminuer leur activité de façon plus progressive au fil du temps en prolongeant leur activité auprès des particuliers qui les emploient”, indique l’Insee.

Cet article provient du site Editions Législatives - ActuEL RH


