On sait que l’acronyme des trains express régionaux (TER) est désormais aussi celui de la conférence travail emploi retraite (TER), dont les travaux ont été lancés le 5 décembre 2025, et qui a accouché vendredi 30 janvier d’un premier planning esquissé jusqu’en juin.
Seul point commun entre les deux, peut-être : la vitesse toute relative ! La différence : autant la destination des trains est connue, autant celle de la conférence reste très incertaine !
Rappelons en effet que ces échanges ont été lancés à la suite des discussions du “conclave des retraites” voulues par François Bayrou au printemps 2025. Des discussions dont l’échec, causé notamment par le refus du patronat de bouger sur le dossier de la pénibilité, a néanmoins entraîné la suspension jusqu’au 2028 de la réforme des retraites de 2023, un décalage acté dans la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, le nouveau Premier ministre Sébastien Lecornu ayant fait cette concession pour échapper à la censure.
L’idée générale de ces discussions, qui se tiennent en l’absence du Medef, est d’inciter les partenaires sociaux à réfléchir afin de trouver des points de convergence, en profitant du temps qui reste avant la présidentielle de 2027, sur des dossiers majeurs mêlant avenir des retraites, conditions de travail et accès à l’emploi.
Le tout se passe sous la houlette de l’ancien Directeur général du travail (DGT) Jean-Denis Combrexelle, avec deux autres “garants” nommés Pierre Ferracci, le fondateur du groupe Alpha, et Anne-Marie Couderc, une ancienne ministre de l’emploi qui a présidé Air France. Ces discussions prennent la forme d’ateliers différents par sous thèmes, pour le secteur public et privé, et animés par des professionnels du monde de l’entreprise (*).
Le planning et les thèmes des trois ateliers ont donc été esquissés vendredi, sachant que cela peut changer en cours de route d’une part, et d’autre part que les thèmes doivent s’imbriquer les uns les autres, les retraites renvoyant par exemple à la pénibilité ou au taux d’emploi.
Des spécialistes et chercheurs seront invités à présenter leurs travaux de façon à poser autrement les problématiques pour engager les échanges. Un travail, “avec des bilatérales” aura lieu entre les réunions.
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Date
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Thème
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| Travail | Emploi | Retraites | ||
| Sujets évoqués le 30 janvier |
Dialogue professionnel et articulation avec le dialogue social “On est assez loin du compte en France, beaucoup de choses sont à construire”, a observé Pierre Ferracci Voir à ce sujet le référentiel du dialogue professionnel conçu par Yves Clot du Cnam et présenté lors de l’atelier. |
Grandes transitions, filières d’avenir et nouveaux métiers Conséquences de l’intelligence artificielle sur l’emploi, réindustrialisation, rémunération, qualité de l’emploi Présentation du thème par Yann Ferguson, spécialiste de l’IA. |
Différents âges (“nous avons une focalisation trop forte sur l’âge de départ. Or de multiples paramètres sont à prendre en compte”, a soutenu Jean-Denis Combrexelle) Solidarité intergénérationnelle Présentation par l’économiste Antoine Bozio, spécialiste des retraites.
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| 20 février |
Qualité du management en France |
Emploi des jeunes |
Structure, paramètres et leviers du pilotage du système de retraites
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| 13 mars | Culture de la prévention et lutte contre l’absentéisme |
Emploi dans les territoires |
Dispositifs d’anticipation et mécanismes de solidarité
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| 17 avril | Santé mentale et durabilité du travail |
Améliorer la productivité et la compétitivité pour des emplois de qualité
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Financement du système | |
| 22 mai |
Grandes mutations du travail (démographiques, numériques avec l’IA et enjeux environnementaux)
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Gestion des parcours professionnels | Pilotage et gouvernance | |
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Juin (date à fixer en tenant compte de la tenue de plusieurs congrès syndicaux) |
Non précisé | Emplois d’avenir | Non précisé | |
La clôture de la CTER n’est pas certaine en juin. Si la CPME ne veut pas s’aventurer au-delà pour ne pas empiéter sur les débats de la présidentielle et prendre le risque de voir des personnalités politiques piocher des idées ici ou là, Jean-Denis Combrexelle estime qu’il est possible si besoin de continuer les discussions jusqu’en septembre. “Six mois, c’est peu pour de tels sujets”, estime le haut-fonctionnaire.
Mais quels sont l’objectif et la finalité au regard du contexte politique très incertain ? “Il a pu arriver dans le passé que les administrations écrivent tout un scénario et qu’on fasse un peu semblant lors d’une journée de discussion de le découvrir. Là, rien n’est écrit à l’avance. On ne peut pas dire à la fois “il faut davantage de dialogue social” et réclamer que tout se fasse via une circulaire”, répond Jean-Denis Combrexelle, fort d’une l’expérience, a-t-il plaisanté, de “quelques miles dans le social”.
Un “livrable” devra bien être remis au Premier ministre, à l’origine des discussions, et aux deux ministres impliqués, celui du travail et de la fonction publique.
“Le livrable ne sera pas un compte rendu reprenant les propos de chacun mais une synthèse faite par les garants”, ajoute l’ancien DGT. “Si cela peut donner aux partenaires sociaux eux-mêmes des idées de négociation, ce sera très bien”, complète Pierre Ferracci.
Les animateurs ont quelques séances devant eux pour tenter d’éclaircir l’objectif et le faire partager à tous les partenaires sociaux, sans oublier de faire revenir le Medef dans des discussions qu’il boude depuis le début. “Le Medef peut rejoindre le dispositif quand il le souhaite”, a d’ailleurs lancé Jean-Denis Combrexelle vendredi soir.
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Les syndicats continuent mais ils attendent du concret,
le patronat est prudent
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“Ce fut un lancement réussi avec une tonalité positive et enfin une articulation entre travail, emploi et retraites”, a indiqué Yvan Ricordeau pour la CFDT. A la CGT, Thomas Vacheron a défendu le fait de pouvoir poser les divergences et convergences afin d’éclairer le débat public. “Enfin on y est !”, s’est exclamée Christelle Thieffinne (CFE-CGC) qui s’est réjouie de pouvoir faire “ce qu’on attendait depuis le début : évoquer le travail avant les retraites et l’emploi”. L’enthousiasme n’était en revanche pas de mise à Force Ouvrière : “C’est creux, du bla-bla, beaucoup de théorie et peu de concret. On verra d’ici la séance du 20 février, nous allons en discuter dans notre organisation, mais pour l’instant c’est le brouillard”, a exposé Pascal Lagrue. Il faut dire que le flou entretenu sur le caractère engageant des “livrables” de fin de conférence n’aide pas les syndicats à se projeter. “On ne connaît pas leur intention et on craint un simple relevé de décision”, confie Pascal Lagrue (FO). A la CFE-CGC, Christelle Thieffinne se rappelle du conclave où “on avait ingurgité quantité de données” pour aboutir à peu de choses en dehors de quelques concessions sur les pensions des femmes. C’est pourquoi elle souhaite “une feuille de route intangible qui ne sera remise en cause ni par les absents [le Medef] ni par les politiques”. La CFDT aussi anticipe une “feuille de route sur des sujets incontournables du monde du travail en 2026”. Pour l’instant, la CGT souhaite continuer de participer malgré cette incertitude et la CFDT. Sur le fond, les organisations syndicales ont réaffirmé leur volonté de revenir sur les ordonnances travail et le retour du CHSCT. Elles ont également relaté des échanges sur le dialogue professionnel de proximité et cranté le fait que l’instauration d’un tel système ne pouvait être envisagé sans articulation avec les instances de représentation du personnel. “En sept ans, c’est la quatrième fois qu’on me fait rentrer dans un conclave, c’est avec un enthousiasme raisonné que nous étions là ce matin”, s’est agacé Eric Chevée (CPME). Il souligne que s’il peut y avoir des sujets intéressants sur le travail et l’emploi, en revanche, ils ont été déjà maintes fois rebattus. Il compte cependant continuer de porter les sujets comme le financement de la retraite sur d’autres assiettes que les cotisations du travail, et avec une dose de capitalisation, et l’équité intergénérationnelle. Laurent Boulangeat (U2P) a apprécié le fait que les débats ne soient pas trop préparés car cela “favorise les échanges” et “la prise de hauteur”. Pour lui, les trois ateliers travail emploi et retraites doivent être imbriqués. Il n’est en tout cas pas question pour les participants, quelle que soit leur étiquette, de se trouver instrumentalisés dans la perspective de la campagne présidentielle de 2027. |
(*) Pour le travail dans le secteur privé : Jean Agulhon (DRH de la RATP) et Caroline Gadou (DG de l’Anact) ; pour l’emploi dans le privé : Jean-Marie Marx (président de l’Afpa) et Régis Blugeon (DRH, vice-président de Saint-Gobain) ; pour les retraites dans le privé : Michel Yahiel (ex-Caisse des dépôts) et Renaud Villard (directeur de la Cnav).

Cet article provient du site Editions Législatives - ActuEL RH