Dans la galaxie SNCF, la SA Gares & Connexions, qui gère les 3 000 gares françaises, paraît de petite taille avec “seulement” 5 000 salariés en comptant les alternants. L’entreprise occupe aussi un positionnement singulier, du fait d’obligations de transparence et de neutralité à l’égard de toutes les entreprises ferroviaires, mise en concurrence oblige.
De ce fait, ses métiers sont multiples, nous explique Anne-Laure Marini, sa directrice des relations sociales. Couvrant des champs régulés et d’autres non, ces métiers vont de la conception d’une gare jusqu’à son exploitation commerciale avec des équipes qui gèrent la maintenance technique, les flux et les prestations pour les voyageurs. “Nous avons une certaine agilité et une échelle hiérarchique assez courte qui nous permet de réagir rapidement”, soutient la directrice.

Sans doute ces éléments, ainsi qu’une assez bon climat de dialogue social interne (1), expliquent-ils l’initiative lancée par l’entreprise, et qui a valu à sa directrice des relations sociales de recevoir le Prix, pour la première fois attribué, du “Dialogue social” de la part de l’ANDRH. “Je suis très honorée par ce prix. Il récompense tout un travail collectif, et c’est aussi un signal assez fort pour la profession. Il valorise le dialogue social comme moteur de la transformation des entreprises”, réagit Anne-Laure Marini.
L’action qui a été récompensée touche à la formation des membres du CSE. L’entreprise SNCF Gares & Connexions n’a qu’un CSE unique pour toute la France, avec 29 élus titulaires et autant de suppléants, avec une commission santé, sécurité et conditions de travail (CSSCT) nationale, mais aussi 37 représentants de proximité. Il en existe un pour 120 salariés, répartis dans les neuf centres de production de l’entreprise situés partout en France.
Les élus du CSE bénéficient donc, comme tous les CSE, d’une formation économique. Mais à cette formation de base, souvent dispensée par les organisations syndicales, l’entreprise a ajouté récemment une sorte de parcours de formation interne complémentaire, des modules que les élus volontaires peuvent suivre à leur rythme.

“Ce sont des collègues de la SNCF, des experts ou spécialistes, qui interviennent pour ces formations. Ils abordent des sujets qui vont émerger à courte ou moyenne échéance, et qu’il nous faudra traiter demain, comme la consommation d’énergie des bâtiments, l’intelligence artificielle, la santé mentale”, nous précise le secrétaire du CSE, Stéphane Tardivel (son syndicat, l’Unsa, a obtenu 54 % des voix aux élections de 2022). “Beaucoup d’élus travaillent à Toulouse, Lille ou Metz et doivent venir à Paris se former. Mais tout est pris en charge par l’entreprise, et le temps de formation n’est pas pris sur le temps de délégation”, se félicite le secrétaire.
Constitué d’une dizaine de modules, dont la durée va de deux heures à une journée ce qui peut représenter au total jusqu’à cinq jours de formation, ce parcours est assuré en effet par des personnels internes de la SNCF et quelques intervenants externes.
“L’idée est venue assez spontanément, lorsque nous avons ouvert aux élus CSE l’atelier sur la RSE que nous avions lancé un peu comme une initiative citoyenne”, nous retrace Anne-Laure Marini. La nouvelle mandature CSE (2023-2026) a incité la directrice des relations sociales mais aussi le secrétaire du CSE à étendre l’expérience, avec un programme étoffé qui a été, selon le mot de la responsable RH, “co-construit” par l’entreprise et le CSE.

“C’est en quelque sorte la concrétisation d’une idée que j’avais portée lorsque nous avions négocié, en décembre 2022, l’accord relatif à la mise en place et aux moyens du CSE. Dans le contexte d’une nouvelle mandature, avec de nombreux nouveaux élus ayant des parcours professionnels très différents, il nous paraissait intéressant d’apporter aux membres du CSE, les titulaires comme les suppléants, des clés de lecture importantes pour réussir leur mandat sur les sujets récurrents ou d’actualité auxquels nous sommes confrontés”, souligne Stéphane Tardivel.
Parfois dispensées par des directeurs du siège, ces formations maisons apportent, selon la directrice des relations sociales, “de la proximité” avec les élus. Cela devrait, poursuit-elle, renforcer l’écoute mutuelle, consolider les repères liés au mandat et favoriser un dialogue social plus stratégique.
“L’objectif, c’est d’avoir un socle commun de compréhension des enjeux de l’entreprise, pour que les élus se sentent à l’aise avec les données exposées en CSE, et qu’ils n’hésitent pas à poser des questions y compris sur le plan financier. Cela développe les compétences des élus dont le travail pour le mandat est assez conséquent, et c’est aussi une façon de préparer la fin des mandats et leur orientation future dans l’entreprise”, précise Anne-Laure Marini.

Mais en proposant aux élus de suivre une formation animée par des personnels internes, la direction ne cherche-t-elle pas à “cadrer” ou à “formater” l’action du CSE ? La directrice des relations sociales s’inscrit en faux : “Je n’ai pas eu de remarque de ce type, et toutes les organisations syndicales ont joué le jeu de ces formations. Si je prends par exemple le module de formation sur l’économie et les tarifs, le contenu porte sur l’explication de notre cadre réglementaire, l’écosystème clients, les principes des activités régulées et non régulées. Tout cela, ce sont des informations neutres. C’est la même chose quand il s’agit de comprendre ce qu’est un cash flow, un ebitda…”

Le secrétaire du CSE ne craint pas non plus d’être formaté par l’entreprise. “Le but, c’est qu’on construise des avis de consultations mieux argumentés, des avis qui tiennent la route, en posant les bonnes questions au bon moment. Et ce sont des modules complémentaires à la formation légale assurée par nos organisations syndicales. Sur des sujets comme l’intelligence artificielle, la prévention des risques psychosociaux, notre modèle économique ou encore le travail en roulement, toute formation est bonne à prendre. Chacun en retire ce qu’il veut. Nous sommes dans une démarche de partage qui nous fait monter en compétences en renforçant nos connaissances sur les métiers et sur l’entreprise, avec des savoirs qu’un cabinet extérieur n’avait peut-être pas”, déclare Stéphane Tardivel.
Les différents modules, auxquels les élus ont accès sur la base du volontariat, ont déjà attiré de 10 à 42 stagiaires, sachant que le programme court jusqu’à la fin des mandats actuels, fin 2026. De nouveaux programmes ont été récemment mis en place : huit élus ont été formés sur les premiers secours en santé mentale, 10 autres ont suivi un module pour mieux appréhender les RPS. “Sur les risques psychosociaux, les élus sont en première ligne dans l’écoute des salariés”, observe la directrice des relations sociales. D’autres modules pourraient suivre sur les questions de sécurité et de réglementation. “Cette initiative a pu se faire grâce à notre climat apaisé et à un dialogue constructif. Si des besoins apparaissent, à nous de faire évoluer le programme”, conclut Anne-Laure Marini.

Cet article provient du site Editions Législatives - ActuEL RH