Le gouvernement a présenté officiellement, le 7 mai, un vaste “plan d’accélération pour l’emploi des jeunes”, conçu comme une réponse aux difficultés persistantes d’insertion professionnelle des 16-25 ans. Élaboré de manière interministérielle, entre le ministère du travail, de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur, des sports et jeunesse, ce plan entend agir rapidement grâce à une série de mesures opérationnelles articulées autour de trois priorités : mieux orienter les jeunes, renforcer leur lien avec l’entreprise et prévenir les ruptures de parcours.
Porté par le ministre du travail et des solidarités Jean-Pierre Farandou, ce dispositif doit être déployé progressivement dès la rentrée 2026-2027. Le gouvernement insiste sur son “caractère évolutif et coconstruit”, associant partenaires sociaux, acteurs de terrain et jeunes eux-mêmes.
À l’origine de ce plan, un paradoxe régulièrement pointé par les pouvoirs publics : la France compte un nombre important de diplômés du supérieur et un taux relativement faible de décrochage scolaire, mais les jeunes mettent plus de temps que leurs voisins européens à accéder à l’emploi durable. Le taux de chômage des 15-24 ans était de 21,5% fin 2025, en hausse de 3,9 points depuis 2023, selon l’Insee. Les jeunes sans emploi, ni en études ni en formation – les “Neets” – sont également plus nombreux que la moyenne européenne (11 % des 15-24 ans, contre 9 % selon l’Insee).
Face à cette situation, le gouvernement dit avoir mené plusieurs mois de concertation avec les acteurs de l’insertion : missions locales, France Travail, Écoles de la deuxième chance, organisations syndicales et patronales. Six jeunes ambassadeurs ont également été associés à la préparation du plan afin de suivre sa mise en œuvre et formuler des propositions complémentaires.
“Ce plan n’est pas figé”, insiste l’exécutif, qui souhaite laisser la possibilité aux partenaires sociaux d’y apporter de nouvelles contributions dans le cadre de la conférence Travail, emploi et retraites mais aussi de leur agenda autonome.
Premier axe du plan : rendre les parcours de formation et les débouchés professionnels plus lisibles. L’objectif est d’aider les jeunes et leurs familles à mieux identifier les secteurs porteurs et les formations qui mènent effectivement à l’emploi.
Parmi les mesures annoncées figure la création d’un “InserScore”, un indicateur qui sera diffusé sur les plateformes InserJeunes et InserSup, comme c’est déjà le cas sur Parcoursup. Ce score permettra notamment de connaître le taux d’emploi à la sortie d’une formation ou encore le salaire médian des diplômés.
Le gouvernement veut également renforcer la découverte des métiers dès le collège et mieux anticiper les besoins du marché du travail grâce à une gestion prévisionnelle des emplois menée avec les branches professionnelles. Une attention particulière sera portée aux métiers en tension, comme ceux de la défense, de la transition énergétique, du nucléaire, de l’industrie, des métiers du soin et médico-social, qui feront l’objet de campagnes de communication ciblées selon les territoires.
Autre piste avancée : favoriser les formations courtes ou les reconversions rapides pour certains diplômés du supérieur ne trouvant pas d’emploi à l’issue de leurs études. France Travail pourrait notamment mobiliser davantage les dispositifs de préparation opérationnelle à l’emploi.
Enfin, une nouvelle application baptisée “1 jeune, des solutions” doit être lancée pour compléter les outils numériques déjà existants.
Le deuxième volet du plan vise à rapprocher les jeunes du monde professionnel tout en mettant l’accent sur la santé et la sécurité au travail. Un sujet devenu particulièrement sensible après plusieurs accidents mortels impliquant de jeunes stagiaires ces derniers mois.
Le gouvernement souhaite intégrer davantage de contenus liés à la prévention des risques professionnels dans les parcours de formation. Pour les jeunes éloignés de l’emploi, l’expérience en entreprise deviendra systématique dans le cadre des contrats d’engagement jeune. Stages, immersions professionnelles ou missions d’intérim devront permettre aux bénéficiaires d’acquérir une première expérience concrète.
Le plan prévoit par ailleurs de mettre en place le “passeport de compétences” destiné à mieux valoriser les expériences et acquis, et pas uniquement des diplômes, des jeunes tout au long de leur parcours.
Le gouvernement entend aussi mieux accompagner les étudiants qui travaillent pendant leurs études. Un guide sur les droits et devoirs des étudiants salariés doit être distribué dès la prochaine rentrée universitaire.
L’exécutif souhaite parallèlement valoriser les entreprises engagées dans le développement des jobs étudiants via une charte élaborée avec le réseau “Les entreprises s’engagent”.
Interrogé sur le risque d’accentuer les inégalités entre étudiants précaires et non précaires, le gouvernement met en avant les dispositifs de lutte contre le non-recours aux aides étudiantes, notamment le programme “Campus zéro non-recours”.
Troisième axe : lutter contre le décrochage et sécuriser les parcours des jeunes les plus fragiles. Une feuille de route commune entre l’Éducation nationale et les missions locales doit être déployée afin de renforcer la coordination autour des jeunes en difficulté.
Le gouvernement souhaite également étendre au supérieur le modèle “Avenir Pro”, actuellement expérimenté dans les lycées professionnels. Baptisé “Avenir Pro +”, ce futur dispositif viserait à accompagner les étudiants ayant quitté l’enseignement supérieur sans diplôme, en lien avec les universités, France Travail et l’Apec.
Le plan prévoit aussi un soutien renforcé au mentorat et au parrainage vers l’emploi, jugés particulièrement efficaces pour les jeunes décrocheurs ou issus de l’aide sociale à l’enfance.
Concernant les Écoles de la deuxième chance, dont le réseau alerte depuis plusieurs mois sur ses difficultés financières, le gouvernement assure vouloir préserver les structures existantes, sans toutefois s’engager à ce stade sur l’ouverture de nouveaux établissements.
Selon le ministère du travail, la majorité des mesures devraient être lancées dès la rentrée 2026-2027, tandis que d’autres seront déployées d’ici fin 2026.
Aucun budget supplémentaire immédiat n’a été annoncé, mais le gouvernement affirme vouloir faire de la jeunesse une priorité du projet de loi de finances 2027. De même, ce programme ne nécessite pas d’évolutions législatives.
Reste désormais à voir si ces mesures opérationnelles suffiront à réduire durablement les inégalités d’accès à l’emploi des nouvelles générations.

Cet article provient du site Editions Législatives - ActuEL RH