Le dialogue professionnel, nouvelle boussole pour les entreprises françaises


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Nouvelle année, nouveau défi. Dans un rapport publié le 9 janvier 2026, le think tank Terra Nova, propose un changement de cap dans la gouvernance des entreprises. Constatant que le modèle “top-down”, issu du système taylorien, ne fonctionne plus, il appelle les dirigeants à s’appuyer sur le “dialogue professionnel”. Derrière cette expression se cache une transformation majeure : donner aux salariés, à tous les niveaux, des espaces d’expression pour évaluer et améliorer la qualité de leur travail.

Des entreprises pionnières

Cette proposition ne relève pas de l’utopie managériale. Plusieurs grandes entreprises françaises ont déjà expérimenté ces pratiques. En 2011, l’usine Renault de Flins menait une expérimentation au sein d’une UET (Unité élémentaire de travail), en partenariat avec le laboratoire de psychologie du travail du Cnam dirigé par le sociologue Yves Clot. Réunissant une quarantaine d’opérateurs, le dispositif permettait d’identifier collectivement les dysfonctionnements quotidiens et d’y apporter des solutions concrètes. Résultat : 70 % des problèmes relevés ont été résolus.

D’autres groupes ont suivi cette voie. La Maif, pionnière dans l’évaluation de la qualité du travail par les équipes elles-mêmes. Leroy Merlin, avec son programme “Tous leaders”. Ou encore CNP assurances qui a impliqué l’ensemble de ses effectifs dans cette démarche. Ces expériences démontrent, selon Terra Nova, que le dialogue professionnel constitue “une méthode de pilotage” et non une simple discussion supplémentaire.

Des bénéfices multiples

Les auteurs du rapport identifient plusieurs effets vertueux. Au-delà de l’accélération des transformations grâce à l’engagement continu des équipes, cette organisation favoriserait l’autonomie, la coopération et la santé au travail. Elle améliorerait également la qualité des prestations, la satisfaction client et le dialogue social. Sans compter un atout non négligeable sur le marché de l’emploi : une attractivité renforcée auprès de ceux qui recherchent du sens et de l’autonomie dans leur activité professionnelle.

Pour Terra Nova, le dialogue professionnel représente même le garde-fou indispensable pour engager la transition vers des organisations d’entreprise plus responsabilisantes. Il permettrait “d’intégrer les exigences de toutes les parties prenantes au service d’une performance durable”. A l’inverse, le coût de l’inaction serait de plus en plus lourd : dégradation de la qualité, érosion de la pertinence des offres, fuite des compétences, atteinte à la réputation.

Un mode d’emploi détaillé

Le rapport ne se contente pas de constats. Il délivre aux dirigeants un véritable mode d’emploi. Première étape : rédiger un manifeste partagé formalisant les règles du jeu. Ce document devrait inclure un énoncé simple des intentions, un objectif à trois ou cinq ans illustré d’exemples concrets ainsi qu’un ou deux effets majeurs attendus. Terra Nova suggère que ce manifeste soit élaboré de manière collaborative, en associant une direction métier, une business unit, les ressources humaines, mais aussi les membres du comité exécutif.

Le think tank recommande ensuite la création d’une instance dédiée, composée d’acteurs clés et rattachée au comité de direction. Troisième pilier : faire évaluer le fonctionnement de l’entreprise par les professionnels eux-mêmes, en commençant par des sites pilotes. Cette exhaustivité serait un facteur d’implication, signifiant aux collaborateurs qu’une nouvelle forme de confiance leur est accordée. Enfin, les évaluations de terrain doivent être consolidées à chaque niveau hiérarchique, jusqu’à la direction générale.

La réussite de cette démarche exige également un cadre organisationnel approprié, concernant les rôles, le temps et la communication. Terra Nova parle d’une “stratégie de l’aventure”, reconnaissant qu’une transformation comporte toujours une part d’imprévisible et invite les acteurs à se lancer ensemble, du haut en bas de l’entreprise. Le groupe projet central pourrait s’appuyer sur des instances locales, baptisées par exemple “Conseils du travail”, à l’échelle de 40 à 120 personnes, sur le modèle des structures agiles.

Un écho aux Assises du travail

Cette proposition fait écho aux conclusions des Assises du travail de 2022-2023. Dans leur rapport final, Sophie Thiéry, présidente de la commission travail emploi du Cese et Jean-Dominique Senard, alors président de Renault, soulignaient déjà que le dialogue professionnel fait la synthèse de trois thématiques essentielles : le rapport au travail et la question du sens, la santé et la qualité de vie au travail ainsi que la démocratie en entreprise et le désir d’expression des salariés. Parmi les 17 propositions formulées figurait notamment la généralisation du dialogue professionnel sur la qualité et l’organisation du travail, dans les secteurs public et privé.

Reste à savoir si 2026 marquera le passage de la théorie à la pratique. Un défi qui suppose que les dirigeants acceptent de partager le pouvoir décisionnel avec ceux qui, au quotidien, font vivre l’entreprise.

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Anne Bariet
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Dans un rapport publié le 9 janvier, le think tank Terra Nova préconise un changement radical de gouvernance, s’appuyant sur l’intelligence collective plutôt que sur le management vertical traditionnel. Une démarche qui comporte, selon les auteurs, de multiples bénéfices.

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Cet article provient du site Editions Législatives - ActuEL RH