Le retournement est brutal. Après trois années de croissance soutenue, le marché de l’emploi cadre s’est contracté en 2024, plongeant les jeunes diplômés dans une recherche d’emploi semée d’embûches. Selon une enquête de l’Apec publiée ce matin et réalisée auprès de 1 595 diplômés d’un bac+5, 84 % des diplômés de 2024 jugent leur recherche d’emploi “difficile”, contre 61 % pour la promotion 2022, avant le retournement conjoncturel.
Plus inquiétant encore : 43 % la qualifient de “très difficile”, soit 21 points de plus qu’il y a deux ans. “Les retournements du marché dans un sens régressif frappent toujours plus les jeunes que les autres”, constate Gilles Gateau, directeur général de l’Apec. Les chiffres le confirment : en juin 2024, soit 12 mois après l’obtention de leur diplôme, 72 % de la promotion 2023 occupait un emploi salarié, soit deux points de moins que la promotion précédente.
Surtout, pour décrocher un poste, les jeunes diplômés ont dû multiplier les efforts. Ils sont désormais 57 % à avoir envoyé plus de 30 candidatures, contre 31 % en 2022. À l’inverse, un sur dix s’est contenté de cinq candidatures ou moins, alors qu’ils étaient un sur trois il y a deux ans. Les délais de recherche se sont également étirés : 38 % ont mis six mois ou plus à trouver un emploi, soit 20 points de plus que la promotion 2022.
Cette dégradation s’explique par l’effondrement des recrutements de cadres qui ont chuté de 8 % en 2024 par rapport à l’année précédente. Les incertitudes politiques, budgétaires et fiscales qui ont jalonné l’année ont freiné les investissements des entreprises.
Et les perspectives pour 2025 restent sombres : l’Apec prévoit une nouvelle chute de 16 % des recrutements de cadres débutants, après une baisse de 19 % en 2024.
Les services à forte valeur ajoutée – informatique, ingénierie-R&D, juridique, comptabilité et conseil -, qui constituent traditionnellement des viviers d’opportunités pour les jeunes diplômés, sont particulièrement touchés par ce recul.
L’impact de l’intelligence artificielle sur les postes juniors est scruté de près. Mais à ce stade, les “effets de causalité sont très complexes à démontrer dans un contexte de retournement conjoncturel”, observe Hélène Garner, directrice des données et études de l’Apec qui constate toutefois une forte baisse des intentions d’embauche dans les l’informatique, le conseil et les RH.
Face à ce contexte dégradé, les jeunes ont fait preuve d’une grande souplesse. Si 78 % accordent une forte valeur au CDI et 72 % au statut cadre, ils sont respectivement 70 % et 51 % à se déclarer prêts à y renoncer pour décrocher un premier emploi. La possibilité de télétravailler (71 %) et le CDI (70 %) constituent leurs premières concessions envisagées.
Plus de la moitié acceptent également une rémunération inférieure à leurs prétentions (59 %) ou un poste hors statut cadre (51 %) pour accélérer leur insertion professionnelle. Résultat : près d’un quart (24 %) qualifient leur emploi actuel d'”alimentaire”, soit sept points de plus que la promotion précédente. “Il faut comprendre qu’ils ont pris un emploi faute de mieux”, souligne Gilles Gateau.
Les difficultés ne touchent pas tous les diplômés de la même manière. Les diplômés en sciences, technologies et santé affichent un taux d’insertion de 76 %, tandis que ceux issus des filières lettres, langues et arts ne dépassent pas 59 %. Mais même les ingénieurs, traditionnellement épargnés, sont cette fois concernés par l’intensification des difficultés.
Malgré une certaine insatisfaction quant à leur emploi, les jeunes diplômés hésitent à changer d’entreprise dans le contexte actuel. Ils sont 44 % à considérer que c’est risqué et 67 % à estimer qu’il leur serait difficile de trouver un poste équivalent. Une prudence qui tranche avec l’image d’une génération mobile et volatile souvent véhiculée.
Pourtant, les projets de mobilité géographique restent présents : 41 % envisagent de travailler dans une autre région, et 24 % n’excluent pas de partir à l’étranger. Autre signe des temps : si l’attachement au salariat demeure, les jeunes diplômés se montrent de plus en plus ouverts au cumul d’activités salariées et en free-lance, témoignant d’une évolution des aspirations professionnelles face à un marché de l’emploi incertain.
| Les cols blancs font preuve de prudence |
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Selon le baromètre du quatrième trimestre 2025, réalisée à partir de deux enquêtes menées du 1er au 15 septembre 2025 (l’une auprès de 2 000 cadres, l’autre auprès de 1 000 entreprises), les intentions de recrutement reculent (8 %, -2 points sur un an). Elle se contractent même plus fortement dans les ETI et les grandes entreprises (43 %, – 7 points sur un an). Dans ce contexte, les cadres se disent préoccupés : 24 % émettent des craintes quant à la pérennité de leur emploi (+ 3 points en un an). Sans surprise, les intentions de mobilité externe à trois mois stagnent voire chutent, y compris pour les jeunes cadres traditionnellement plus mobiles. 58 % estiment qu’il leur serait plus difficile de trouver un emploi équivalent en cas de départ de leur entreprise (contre 56 % en 2024). Et seuls 38 % pensent qu’ils pourraient trouver un job plus rémunérateur (43 % en 2024). |

Cet article provient du site Editions Législatives - ActuEL RH