Après les conférences sociales du quinquennat Hollande, les Assises du travail en 2022, le “conclave” de François Bayrou, c’est au tour de la “conférence sur le travail et les retraites” de Jean-Pierre Farandou de s’atteler à relancer la mobilisation des partenaires sociaux sur les sujets sociaux. Pas de feuille de route à l’issue, ni d’accord national interprofessionnel. En ligne de mire plutôt, la prochaine présidentielle de 2027. “Nous ferons oeuvre utile car ce matériau classé, organisé, avec des scenarios cohérents sera versé au débat démocratique, assure le ministre du travail et des solidarités. On ne sera pas loin de la rentrée 2026, à quelques mois d’une échéance majeure pour notre pays. Si dans la prochaine campagne présidentielle les thématiques sociales du travail, de l’emploi, des retraites sont au coeur des débats, je pense que nous aurions vraiment bien travaillé pour les Françaises et pour les Français”.
Cette conférence se veut “un lieu apaisé, de dialogue social où les partenaires sociaux pourront développer leurs échanges sur deux sujets fondamentaux, le travail dans notre pays, les conditions de travail, la rémunération”, détaille Jean-Pierre Farandou, sujets qui seront articulés avec celui des retraites, “qui est toujours d’actualité dans notre pays avec cette conviction chevillée au corps que ces deux sujets sont intimement liés”.
La première conférence devrait se tenir d’ici la fin de l’année avec comme objectif de clôturer les travaux à l’été 2026. Les débats seront encadrés par trois “garants” : Jean-Denis Combrexelle, ancien directeur général du travail de 2001 à 2014, Anne-Marie Couderc qui a notamment dirigé Air France KLM, et Pierre Ferracci, un fin connaisseur du dialogue social qui était président du Groupe Alpha jusqu’en juin 2025.
Jean-Pierre Farandou a bien insisté sur le fait que cette conférence “n’est pas un lieu de négociation. La négociation appartient aux partenaires sociaux, ils ont leur agenda social autonome sur lequel ils peuvent travailler (…). Il sera toujours possible que certaines composantes soient reprises par les partenaires sociaux pour venir alimenter leur dialogue social interne, ce sera à eux de le décider”, concède-t-il tout de même.
Les échanges se dérouleront au Conseil social, économique et environnemental, place d’Iéna autour de trois ateliers.
Le premier “Travailler mieux” permettra d’aborder les questions de l’amélioration de la prévention, des conditions et de la qualité du travail “dans une logique de performance sociale et économique, dans un contexte où le rapport au travail change”.
Le deuxième s’interrogera sur la manière de “favoriser l’emploi qualifié et la construction de réels parcours professionnels, adaptés tant aux besoins en compétences des entreprises, singulièrement dans l’industrie, qu’offrant une réelle progression tout au long de la carrière”.
Le troisième devra permettre de “penser l’avenir des retraites” en interrogeant “les évolutions du système de retraite, y compris dans sa gouvernance et le besoin de maintenir en emploi les salariés expérimentés, avec des transitions professionnelles adaptées et l’encouragement de la poursuite d’activité pour les salariés qui le souhaitent”.
Des conférences plénières et des ateliers auront lieu régulièrement “qui permettront de faire la synthèse et de voir quelles sont les avancées des travaux”, a indiqué Jean-Denis Combrexelle, avant de s’achever par une grande conférence de clôture. Des premières restitutions seront présentées lors d’une réunion intermédiaire au printemps 2026.
La fonction publique ne sera pas en reste comme s’en est félicité le ministre délégué de la fonction publique et de la réforme de l’Etat, David Amiel. “Beaucoup des problèmes qui se posent dans le secteur privé se posent aussi dans le secteur public qu’il s’agisse des retraites, des conditions de travail, de la progression professionnelle, de la mobilité professionnelle, de la lutte contre l’usure pour les métiers pénibles. Il est important qu’il n’y ait pas un dialogue social à deux vitesses, la conférence d’aujourd’hui le garantit”.
Mais faut-il vraiment remettre sur la table le sujet des retraites sur lequel les discussions ont achoppé lors du conclave ? “Nous pensons qu’il faut reprendre le débat. Et que ce débat doit être éclairé par un débat concomitant sur le travail et sur l’emploi, estime Jean-Pierre Farandou. Tous les partenaires sociaux nous disent que le grand oubli des dernières réformes est de ne pas avoir pris le temps nécessaire pour échanger sur le parcours de vie au travail avant d’arriver à la retraite (…). C’est comme en montagne quand vous êtes un peu perdus vous remontez le chemin vous revoyez tout le paysage et vous empruntez le bon itinéraire”.
Cet article provient du site Editions Législatives - ActuEL RH