La conférence sociale démarre sans le Medef et dans le flou


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L’avenue Duquesne avait des allures de conclave, mardi 4 novembre au matin : partenaires sociaux en file, caméras sur les trottoirs, micros tendus. Pendant que le ministre du travail tenait sa conférence de presse à l’intérieur (lire notre article dans l’édition du jour), syndicats et organisations patronales ont livré leurs premières impressions sur cette réunion. Si la nomination de l’animateur Jean-Denis Combrexelle, ancien directeur général du travail, ne fait pas débat, l’annonce de l’absence du Medef a parfois suscité l’indignation. De plus, les thèmes abordés restent pour l’instant très larges. En l’absence de la CGT, certaines organisations réservent encore leur réponse.

Le Medef quitte d’emblée les discussions

A la suite d’une réunion de bureau lundi soir, où la décision a été prise à l’unanimité, le Medef a annoncé pendant la réunion que sa participation se terminait, expliquant à l’AFP qu’il y a “un agenda social autonome qui a été défini par les partenaires sociaux [qui] n’est pas indexé sur des échéances politiques”.

Une décision critiquée par certaines organisations syndicales. Pour Christelle Thieffinne (CFE-CGC), le Medef “a fait un refus d’obstacle. J’ai l’impression de revivre le conclave où ils ne participaient pas, ne voulaient pas échanger (…)”.

A la CFDT, Marylise Léon a aussi critiqué cette position : “Cela fait des années que le Medef n’a rien à dire sur le travail. Je trouve cela incompréhensible car il y a des vrais sujets, et ne pas participer revient à ajouter un problème dans une période de crise. Je ne pense pas que ce soit responsable”. Cyril Chabanier (CFTC) interprète ce départ comme la conséquence du budget et d’une “grande colère sur le PLF et le PLFSS avec la taxation des entreprises. C’est dommage car il faut pouvoir séparer ce sujet d’une discussion sur le travail et les retraites”.

L’initiative de la conférence reste appréciée par certaines organisations

L’organisation de la conférence sociale satisfait la plupart des organisations présentes. Côté patronal, Eric Chevée a assuré que “la CPME défendra les entreprises et les entrepreneurs partout où c’est nécessaire (…) car plus personne ne défend le travail alors que c’est une valeur émancipatrice”. Même s’il juge que la conférence “était inscrite dans l’échec du conclave de juin”, il se dit résolu à aborder le sujet de la démographie, la retraite par capitalisation et l’usure professionnelle.

Michel Picon (U2P) a également salué “la capacité du ministre à reprendre le chantier avec un courage assez fort” et compte bien revenir lui aussi sur la démographie et l’endettement du pays.

La participation ne fait par ailleurs aucun doute pour la CFDT, Marylise Léon souhaitant pousser son projet de retraite par points et affirmant : “On a besoin de parler du travail. Cela vaut le coup d’utiliser cet espace pour pouvoir parler des vrais problèmes”. Elle attend cependant des “réponses concrètes” et concède qu’elle n’a “aucune garantie que tous les acteurs seront force de proposition, ni qu’on soit à l’abri d’un nouvel épisode politique qui va tout bouleverser”. La secrétaire générale de la CFDT compte aussi porter la question du travail des “invisibles” et le temps partiel subi par les femmes, sujet issu de la conférence sociale d’Elisabeth Borne en 2023 mais jamais abordé.

La CFE-CGC a aussi confirmé sa volonté de poursuivre dans ce cadre : “On ne refuse jamais le débat. Le format nous va bien même si cette conférence aurait dû avoir lieu avant la réforme des retraites de 2023, et à condition de bien traiter les sujets dans l’ordre, d’abord le travail et l’emploi, ensuite la retraite”.

Un ordre nécessaire également indispensable pour le président de la CFTC, Cyril Chabanier qui a salué l’absence de tabous, en particulier sur un régime universel de retraites par points qu’il partage avec la CFDT. L’absence d’accord final ne constitue pas selon lui un obstacle : “On n’est pas dans des discussions avec des signatures à la fin, c’est une discussion et l’important pour nous est que les sujets soient étudiés jusqu’au bout”. La conférence est enfin saluée par l’Unsa : “Il est utile, dans la période démocratique où nous sommes, de pouvoir éclairer le débat public. D’autant qu’on se trouve dans les conséquences de 2023, les retraites forment aujourd’hui le nœud démocratique du pays”, a affirmé Dominique Corona.

FO reste dubitative

Patricia Drevon (FO) a dénoncé “ne pas en savoir plus” sur les thèmes abordés, ainsi que des sujets abordés en ateliers qui “restent sombres”. De ce fait, la représentante de Force Ouvrière concède “qu’on s’interroge beaucoup”, d’autant que l’issue ne figurera ni dans un accord national interprofessionnel ni dans une loi. La secrétaire confédérale ajoute : “On ne comprend pas trop comment les sujets public et privé seront dissociés en séances plénières, et surtout si cela pourra déboucher sur quelque chose d’intéressant”.

L’organisation consultera donc ses instances dans les prochaines semaines sur la poursuite de sa participation. Pour l’heure, cette conférence ne fait pas l’objet d’une lettre de cadrage, méthode qui avait bloqué la participation de FO au conclave. Frédéric Souillot a d’ailleurs averti en début de semaine qu’une conférence sociale trop proche d’un conclave ne recueillerait pas son approbation.

Les représentantes de Solidaires restent également dubitatives : “Parler de retraites par capitalisation sera une ligne rouge pour nous. Dans ce cas, on réinterrogera nos instances pour savoir si on continue ou pas à participer”, a indiqué Julie Ferrua. 

Rappelons enfin que la CGT n’a pas envoyé de représentants en raison de la tenue de son comité confédéral national pendant deux jours. L’organisation n’avait pas participé au conclave et il lui faudra sans doute réunir ses instances pour se prononcer sur cette conférence sociale.

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Marie-Aude Grimont
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Réunis hier au ministère du travail et des solidarités, les partenaires sociaux ont assisté à une réunion de méthode. A l’issue, le Medef a fait part de son refus de participer à cette conférence sociale consacrée au travail et aux retraites. Une décision parfois vivement critiquée par les organisations syndicales, certaines d’entre elles réservant encore leur position.
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Cet article provient du site Editions Législatives - ActuEL RH