En éloignant les salariés les uns des autres, la crise sanitaire a-t-elle aussi entraîné de moindres conflits au travail ? La Dares (direction de l’animation et de la recherche du ministère du travail) répond positivement dans une étude. De 2020 à 2022, la conflictualité (grèves, débrayages, pétitions, etc.) a concerné 11 % des établissements de plus de 10 salariés du secteur privé non agricole, soit 5 points de moins par rapport à la période 2014-2016.
Cette conflictualité a pris la forme d’un arrêt de travail (dans 8 % des cas, comme lors de la période précédente, avec une hausse d’un point des arrêts de travail de deux jours et plus) ou par exemple d’un débrayage (4% au lieu de 5 % auparavant).
Les actions sans arrêt de travail (type grève perlée, grève du zèle, refus d’heures supplémentaires, etc.) sont en fort recul (3 % des établissements au lieu de 8 % auparavant). La pétition, par exemple, concerne seulement 2 % des établissements, au lieu de 5 %, sans doute du fait des mesures de distanciation sociale imposées par le Covid (*).
“La crise sanitaire semble plutôt contribuer à limiter l’expression de tensions et de conflits collectifs”, constate l’étude. Cette baisse touche également, mais moins fortement, les établissements disposant d’une présence syndicale (- 2 points, avec 27 % des établissements concernés) ou d’une représentation collective (- 3 points, avec 6 % d’établissements concernés).
Selon l’auteur, Maxime Lescurieux, les conflits dans cette période de crise sanitaire ont été plutôt interprofessionnels, liés notamment à la question des retraites et aux revendications sur le pouvoir d’achat. Ainsi, la part d’établissements touchés par ces conflits interprofessionnels a doublé entre les deux périodes, en passant de 2 à 4 %.
Ces conflits interprofessionnels ont particulièrement touché l’enseignement, la santé et l’action sociale privés (11 %), la finance et l’assurance (10 %) et le transport-entreprosage (8 %).
Comme on le voit dans le tableau ci-dessous, cette baisse conflictuelle s’observe dans tous les secteurs, à l’exception de la finance et assurance (+ 3 points). Cette exception s’explique par les restructurations des entreprises de ce secteur et par d’importants changements dans l’organisation du travail (digitalisation, réduction du nombre d’agences, intensification du travail et progression des risques psychosociaux).
Ce recul concerne également les plus grands établissements : la conflictualité dans les sociétés de plus de 500 salariés baisse de six points entre 2014-2016 et 2020-2022. Néanmoins, la taille de l’entreprise, avec la présence des organisations syndicales, s’avère toujours déterminante : le pourcentage d’entreprises déclarant des conflits collectifs passe de 18 % de 50 à 99 salariés à 57 % pour les établissements de 500 salariés et plus.
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Un autre enseignement de l’étude porte sur l’élément générateur des conflits. On trouve ici les causes suivantes :
- les revendications salariales (présentes dans 62 % des établissements concernés par au moins un conflit collectif, soit une hausse de 20 points par rapport à l’enquête de 2017) ;
- les mauvaises relations de travail, dues à des “brimades et à des problèmes disciplinaires” (dans 27 % des établissements concernés par un conflit collectif, soit + 3 points par rapport à 2014-2016) ;
- les mauvaises conditions de travail (dans 25 % des établissements, soit une baisse de 4 points par rapport à 2014-2017). Sont ici surreprésentés les secteurs (transports, commerce) employant les métiers de deuxième ligne qui ont assuré la continuité de la vie économique pendant la crise sanitaire.
- le temps de travail (13 %) ;
- l’emploi et les licenciements (11 %), etc.
Selon la Dares, les conflits individuels, qui signent aussi une forme de conflictualité plus ou moins forte au travail (entraînant des arrêts de travail et des démissions, etc.), s’avèrent stables. Cette stabilité recouvre toutefois des évolutions contrastées. Ces conflits individuels sont ainsi en hausse :
- dans le secteur de la finance et l’assurance (+ 13 points) ;
- dans les établissements en franchise ou location gérance (78 % de ces établissements sont concernés !) ;
- dans l’hébergement-restauration (55 % des établissements font état de fortes tensions entre collègues de travail) ;
- dans la santé et l’action sociale privées (53 %).
A noter que 19 % des établissements de plus de 10 salariés ont connu au moins un recours aux prud’hommes, soit 7 points de moins que lors de la période 2014-2016.
Comme on le voit ci-dessous, le premier motif de saisine étant le licenciement (motif de 67 % des recours) devant la contestation des indemnités de rupture du contrat de travail.
Le recours aux prud’hommes s’accroit avec la taille de l’entreprise et la présence d’une représentation du personnel. Rappelons que le projet de loi de finances pour 2026 prévoit de faire payer 50 euros pour toute action prud’homale…
(*) Définitions données par la Dares. Grève perlée : ralentissement de travail, diminution concertée du rythme de production. Grève du zèle : ralentissement du travail sous prétexte du respect scrupuleux du règlement. Refus d’heures supplémentaires : cas où au moins deux salariés refusent en même temps des heures supplémentaires demandées par leur hiérarchie

Cet article provient du site Editions Législatives - ActuEL RH

