Après la Société générale, Free, Ubisoft et JCDecaux, plusieurs grandes entreprises incitent leurs salariés à revenir au bureau. Un mouvement qui interroge sur un possible retournement de tendance concernant le télétravail. Pourtant, la réalité s’avère plus nuancée, selon la deuxième édition de l’Observatoire du télétravail lancé par l’Ugict-CGT avec le soutien de Secafi et Malakoff Humanis, présentée hier.
La suppression du télétravail reste marginale : 77 % des 5 300 personnes sondées entre janvier et juin dernier affirment que leur employeur n’a pas supprimé cette possibilité. Le travail hybride demeure une pratique bien installée dans les entreprises françaises, avec une moyenne de deux jours par semaine en distanciel, comme en 2023.
Toutefois, la fréquence du télétravail est bel et bien en train de diminuer, “notamment dans les services techniques plutôt que dans les services support ou administratifs”, observe Emmanuelle Lavignac, secrétaire nationale de l’Ugict-CGT et pilote de l’Observatoire. “Il n’y a pas de suppression pour le moment mais l’employeur souhaite durcir les règles et limiter davantage le nombre de jours”, confirme un cadre interrogé dans l’enquête.
Plus de trois ans après l’apparition massive du télétravail en entreprise, l’heure est donc au recadrage. Mais ces prises de position ne sont guère appréciées par les salariés.
Plus d’un répondant sur deux aimerait télétravailler davantage (+2 points par rapport à 2023). Si la réduction des temps de trajet explique en partie cette aspiration, le travail à distance permet surtout de reprendre la main sur l’organisation du travail : 69 % des salariés déclarent avoir la possibilité d’adapter leurs horaires de travail en télétravaillant et 77 % indiquent trouver un meilleur équilibre des temps de vie. Par ailleurs, 75 % affirment avoir un niveau de fatigue moins élevé.
“L’attachement au télétravail est tel qu’un salarié sur deux se dit prêt à démissionner en cas de suspension”, avertit Emmanuelle Lavignac qui souligne une forte propension des jeunes à franchir le pas. À noter : 76 % indiquent avoir déjà télétravaillé tout en étant malades.
Pour favoriser le retour au bureau, seuls 48 % des salariés se disent intéressés par une réduction du temps de travail avec maintien du salaire.
La perspective du flex-office – la fin des bureaux attitrés – n’attire guère. “C’est très impersonnel”, assure un cadre. “Les conditions de travail sont plus difficiles”, remarque un autre. Au total, 36 % ont un avis plutôt négatif sur leur environnement de travail et 66 % déclarent ne pas avoir été consultés sur cette réorganisation.
Si le télétravail a encore de beaux jours devant lui en France, il ne devrait pas échapper à quelques améliorations. Parmi les points de vigilance, la situation des managers : “43 % trouvent que le télétravail rend le management de leurs équipes plus complexe, précise Caroline Diard, docteur en sciences de gestion et membre de l’Observatoire. Ils sont 33 % à ne pas se sentir en mesure de détecter des situations de mal-être dans leurs équipes”.
Surtout, 77 % d’entre eux déclarent qu’ils n’ont pas été formés au management. “Il manque un encadrement assumé par les entreprises, regrette la chercheuse. On laisse les managers se débrouiller, régler les situations au cas par cas, mais ils ne le vivent peut-être pas si bien que ça”.
| Bientôt une directive européenne sur le télétravail ? |
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Les discussions autour d’un encadrement européen du télétravail et du droit à la déconnexion ont repris à Bruxelles, après une longue période de pause. Initiés en novembre 2022, les travaux de la Commission européenne ont été relancés en juillet dernier, selon Nayla Glaise, présidente d’Eurocadres et membre de la direction de l’Ugict-CGT. La Commission a procédé à une série d’auditions auprès des partenaires sociaux, révélant des divergences profondes entre organisations patronales et syndicales. Tandis que les premières privilégient une approche non contraignante, fondée sur un guide de bonnes pratiques, les secondes appellent de leurs vœux un cadre législatif plus rigoureux. Les syndicats souhaitent notamment que soient abordées les questions du volontariat, de la réversibilité du télétravail, de la prise en charge des frais, de la formation des managers, de la prévention des risques psychosociaux, de l’isolement, ainsi que du droit des représentants du personnel à contacter les salariés via les outils professionnels. D’après Nayla Glaise, la Commission pourrait envisager la rédaction de deux textes distincts : l’un consacré aux modalités du télétravail, l’autre au droit à la déconnexion. |

Cet article provient du site Editions Législatives - ActuEL RH