Santé mentale : les cadres victimes d’une injonction au dépassement


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Pas étonnant que de plus en plus de salariés refusent les promotions : les cadres rencontrent des troubles de santé mentale alarmants.

L’Apec a enquêté sur un échantillon de 2 000 cadres auxquels elle a soumis un questionnaire en ligne. Une phase qualitative a réuni des entretiens en groupes de 15 managers en difficulté mentale, 15 managers encadrant des salariés en difficultés mentales et dix experts de type psychologues ou médecins du travail.

Si la pénibilité physique épargne les cadres, ils n’échappent pas au stress, au travail sous pression et à une charge mentale élevée.

Stress intense, irritabilité, troubles du sommeil

93 % des cadres travaillent dans un bureau contre 59 % des autres salariés. Ils utilisent intensément les outils numériques (74 %) et télétravaillent souvent (73 %). Ils connaissent donc peu les environnements bruyants et les postures pénibles ou autres ports de charge. Leur pénibilité est ailleurs : devoir sans cesse interrompre une tâche en cours (72 %), penser à trop de choses à la fois (63 %) et travailler sous pression (41 %).

A la clé, des symptômes qui dégradent la santé : un sentiment d’agacement et d’irritabilité qui se produit souvent ou occasionnellement pour 63 % d’entre eux.

Le stress intense se manifeste à 55 % et l’épuisement professionnel à 53 %. Il en ressort des troubles du sommeil (54 %), une perte d’intérêt ou de motivation (53 %), une fatigue profonde (60 %) ou encore une volonté de s’isoler de ses collègues (48 %).

54 % des entreprises n’agissent pas ou trop peu

Selon l’Apec, les entreprises sont en majorité à l’écoute mais agissent mal ou pas assez. Pour seulement 26 % des cadres interrogés, leur employeur a pris la santé mentale très au sérieux, prévient les difficultés et agit en conséquence. En revanche, 44 % des cadres indiquent que leur entreprise communique sur le sujet mais que ses actions sont insuffisantes et 30 % qu’elle n’a déployé aucune action sur la santé mentale.

Les managers eux-mêmes ressentent un stress intense (58 %) et peinent à appréhender le sujet. S’ils considèrent que prévenir la santé mentale de leur équipe relève bien de leur rôle (93 %), ils estiment qu’il est difficile de détecter les problèmes (65 %) et de trouver des solutions (69 %).

49 % d’entre eux craignent de mal faire en tentant de gérer les situations. Ils ne parviennent pas à distinguer ce qui relève de leur responsabilité et de celle d’autres acteurs. Il leur semble très compliqué de réduire la charge de travail (32 %), d’adapter l’organisation du travail (42 %) et de dégager du temps pour discuter avec leur équipe de la santé mentale (56 %).

L’Association pour l’emploi des cadres relie cette impossibilité d’agir à l’intensité du travail des managers : 52 % travaillent au moins 50 heures par semaine, et 76 % continuent à penser à leurs missions en dehors des heures de travail.

“Un cadre doit donner l’exemple”

L’injonction culturelle à se dépasser dans son travail est largement répandue chez les cadres, à hauteur de 89 %. De plus, 57 % craignent de laisser transparaître leur souffrance car cela remettrait en cause leur légitimité : “Un cadre doit donner l’exemple”, mentionne l’un des verbatims de l’enquête.

Pas question donc de s’exprimer sur ses difficultés psychologiques : 39 % des managers et 32 % des cadres redoutent que cela freine leur évolution professionnelle. Dans ces deux catégories , les cadres craignent aussi (36 %) d’être perçus comme des personnes non fiables. Viennent ensuite la peur d’une dégradation des relations avec le manager, les réactions de type moquerie ou reproches, l’ébruitement dans l’entreprise, la perte de missions intéressantes et la surcharge de travail pour les autres collègues.

Face à leurs difficultés, 39 % des managers prennent une journée de congé pour souffler. 38 % des cadres préfèrent s’aménager des temps de calme pendant le travail. Beaucoup réagissent par une augmentation de leurs horaires de travail (37 % des managers et 28 % des cadres), ce qui risque au contraire de faire flamber le problème.

L’Apec recommande aux entreprises de réguler la pression, de mieux anticiper la charge de travail, de mieux accompagner les managers et enfin de déconstruire le mythe de l’invulnérabilité des cadres, seule solution pour libérer la parole et enrayer le cercle vicieux…

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Marie-Aude Grimont
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L’Apec publie sa première étude approfondie sur la santé psychologique des cadres et managers. Au-delà des constats de stress, de travail sous pression et de troubles du sommeil, les causes de la situation sont tout aussi inquiétantes : une culture de l’invulnérabilité et une injonction au dépassement de soi.

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Cet article provient du site Editions Législatives - ActuEL RH