A contre-courant des débats américains sur les politiques de diversité, les entreprises françaises affirment vouloir poursuivre et même accélérer leurs démarches d’inclusion. C’est l’un des principaux enseignements de la seconde édition du baromètre Cegos, publiée mardi 23 septembre et réalisée auprès de 438 DRH et 5 537 salariés dans dix pays (1).
Huit professionnels RH français sur dix font ce choix : 57 % souhaitent poursuivre leur politique actuelle, 21 % veulent même l’accélérer. Seuls 8 % déclarent ralentir ou interrompre leurs actions. “Le fait que plus d’un DRH sur deux en France envisage d’accélérer ses initiatives est un signal fort”, analyse Isabelle Drouet de la Thibauderie, manager de l’offre et de l’expertise ressources humaines chez Cegos.
Cette dynamique s’appuie sur une conviction partagée : 76 % des DRH sont convaincus des effets positifs de ces programmes. Ils y voient un moyen d’avoir des équipes diversifiées, de renforcer la cohésion autour de valeurs partagées et d’être plus compétitifs.
L’évolution des motivations est révélatrice. Moins d’un RH français sur deux associe désormais ces politiques à la créativité (53 %, -14 points par rapport à 2022), à l’engagement social (36 %, -14 points) ou à l’image employeur (34 %, -9 points). En revanche, la dimension compétitive progresse fortement (36 %, +13 points), traduisant “une conscience plus affirmée de l’intérêt économique de ces démarches, au-delà de la valeur symbolique”, selon Cegos.
Malgré les dispositifs existants – obligation d’emploi des travailleurs handicapés, lois Copé-Zimmermann et Rixain, Index égalité professionnelle – les DRH veulent aller plus loin. Quelque 66 % se déclarent favorables à l’introduction d’une dose de discrimination positive (+8 points par rapport à 2022), en activant des quotas pour privilégier certaines catégories : femmes, seniors, personnes handicapées.
Les salariés ne s’y opposent pas : 64 % plébiscitent ces outils (+5 points). “Il ne s’agit pas d’instaurer des quotas en direction des personnes d’origine étrangère, les statistiques ethniques étant interdites en France, mais plutôt vis-à-vis des seniors et des jeunes, parents pauvres des politiques RH”, précise Isabelle Drouet de la Thibauderie.
Légende: France, Europe, Amérique latine, Asie
Les DRH multiplient déjà les initiatives : signature de chartes diversité, LGBT+ ou parentalité, formation des managers à la non-discrimination, objectivation des recrutements, enquêtes sur la qualité de vie au travail.
Pourtant, les difficultés demeurent. Les professionnels RH citent en priorité l’emploi et l’intégration des personnes handicapées ou en longue maladie (+16 points), la cohabitation des cultures ethniques (+17 points), la gestion des seniors (+10 points) et l’égalité femmes-hommes (+10 points).
L’enjeu reste considérable. Deux salariés sur trois déclarent avoir été victimes de discrimination au cours de leur vie professionnelle et 98 % des DRH reconnaissent l’existence d’au moins une forme de discrimination dans le monde professionnel.
L’apparence physique constitue le premier motif : 77 % des salariés français interrogés disent avoir été témoins d’une mise à l’écart liée à ce critère, contre 41 % en 2022. D’autres formes progressent nettement : discrimination socio-économique (+17 points), périodes de chômage (+9 points), lieu de résidence (+7 points) ou patronyme (+6 points).
Face à ce constat, 37 % des professionnels RH ambitionnent la mise en place d’une politique de “tolérance zéro” avec la discrimination et le harcèlement, marquant une volonté d’action plus ferme des entreprises françaises sur ces sujets.
(*) France, Allemagne, Espagne, Italie, Portugal, Royaume-Uni, Singapour, Brésil, Mexique, Chili.

Cet article provient du site Editions Législatives - ActuEL RH
