Au lendemain de sa conférence de presse, le Premier ministre, François Bayrou, s’est exprimé hier lors de l’université d’été de la CFDT, qui s’est déroulée à Boissy-les-Rivières dans l’Essonne en présence de quelques 300 cadres de la CFDT.
Le Premier ministre a tenté d’obtenir l’adhésion de la salle en proposant de confier aux partenaires sociaux l’un des piliers de la protection sociale, notamment l’assurance chômage et la vieillesse. Si les participants ont exprimé leur satisfaction, l’adhésion n’est pas venue, en particulier quand François Bayrou a indiqué : “Dans les 13 jours qui viennent, les Français vont choisir, influencer leurs élus représentants pour qu’ils disent s’ils se placent du côté du chaos ou du côté de la conscience et de la responsabilité”. Des propos qui n’ont pas plu à la salle.
L’annonce de François Bayrou sur l’assurance chômage a satisfait le public mais elle interroge : comment va-t-elle s’articuler avec la lettre de cadrage envoyée le 9 août aux partenaires sociaux ? Que deviendront les conventions tripartites entre l’Etat, l’Unédic et France Travail ? Quel véhicule législatif portera cette réforme ? Un régime de transition sera-t-il mis en place ? L’Etat cessera-t-il ses prélèvements dans les caisses de l’Unédic ?
De nombreuses questions se posent. Interrogé par la presse, François Bayrou n’a pas apporté de réponse.
Marylise Léon n’a pas manqué de réagir à l’annonce du Premier ministre : “Je le prends au mot : il abandonne la réforme de l’assurance chômage. (…) Mais la façon dont les choses ont été posées le 15 juillet, et dont on a dit aux travailleurs qu’ils paieront les premiers, c’est inacceptable”. La secrétaire générale de la CFDT a rappelé que les partenaires sociaux “ont fait preuve de responsabilité de leur capacité à gérer les régimes des retraites complémentaires”.
Elle demande également des éclaircissements : “Nous laisser gérer c’est bien, mais il faut qu’on puisse décider des règles et c’est exactement le problème qu’on a sur l’assurance chômage. On nous dit de gérer mais quand les règles ne nous conviennent pas, on décide à notre place”. Elle a rappelé qu’un accord fraîchement négocié était à peine entré en vigueur et demandé explicitement au Premier ministre de retirer son projet de réforme. Notamment parce que le texte du 14 novembre 2024 n’a en effet pas totalement été transposé dans la loi. Il manque par exemple les mesures sur les primo-entrants dans le régime. “On nous demande déjà de le remettre en cause pour des questions purement budgétaires”, dénonce-t-elle. Rejoindra-t-elle pour autant FO dans un recours juridique contre la lettre de cadrage ? Il faudra attendre les instances de la CFDT courant septembre pour le savoir. Marylise Léon a conclu sur le sujet par ces mots : “On ne construit pas un système d’assurance chômage stable et juste sur des coups de menton ou des improvisations”.
Rappelons que cette hypothèse de confier davantage de gestion aux partenaires sociaux a également été évoquée lors du “conclave” sur les retraites : les partenaires sociaux avaient discuté ensemble d’une gouvernance paritaire des régimes de retraite de base en plus des complémentaires.
En fin de débat, lors des échanges avec la salle, Marylise Léon a enfoncé le clou : “On va reparler du document d’orientation avec la ministre du travail jeudi matin, mais c’est là aussi qu’il y a la monétisation de la 5e semaine de congés payés ou le raccourcissement du délai pour agir aux prud’hommes”. Elle a également piqué le patronat : “Si c’est pour précariser, ce sera sans la CFDT”.
La secrétaire générale de la CFDT a gardé ses principales réponses pour son discours de clôture. Certes, “le déficit ne peut s’envoler sans fin, la CFDT ne nie pas ce constat”. Pour autant, Marylise Léon a une nouvelle fois dénoncé le projet de budget de François Bayrou : “La proposition du gouvernement est de faire peser le poids du redressement du budget sur ceux qui travaillent dur, les chômeurs, les malades et les plus fragiles. (…) Des annonces perçues par bon nombre comme une provocation voire une agression sociale”.
Marylise Léon a annoncé que la CFDT ne participera pas à la négociation sur la suppression des jours fériés. “Pour beaucoup de salariés, ces journées ne sont pas un luxe. Supprimer les jours fériés est une mesure idéologique, pas économique”. De plus, elle a évoqué l’exemple des salariés travaillant déjà pendant ces jours (dans les transports, la santé ou le nucléaire) et qui accuseront de nettes pertes de pouvoir d’achat.
De plus, la secrétaire générale désapprouve la méthode : “Qu’on ne négocie pas quand tout est décidé d’avance. On ne négocie pas quand le gouvernement fait mine d’écouter alors qu’il a déjà tranché. Le dialogue social, ce n’est pas une formalité administrative”.
Enfin, Marylise Léon a confirmé que l’intersyndicale de vendredi 29 août fixerait une date de mobilisation pour le mois de septembre.
|
Astrid Panosyan-Bouvet n’entend pas revenir sur la réforme des IRP
|
|---|
|
Un débat entre Marylise Léon et la ministre du travail, Astrid Panosyan-Bouvet, a par ailleurs permis d’aborder le sujet de la création des CSE par l’ordonnance Macron de 2017. A la question “Les CSE sont-ils suffisants ?”, Marylise Léon a répondu en ces termes : “La réponse est non : l’ensemble des salariés ne sont pas couverts. Une enquête récente de la Dares a donné des chiffres inquiétants : les instances de représentation du personnel ne se développent pas assez dans les PME et on observe un recul de la représentation syndicale. On a un sujet : on lie la question de la démocratie au travail à la liberté de se syndiquer auprès d’une organisation qui soutient et forme les salariés. Cela fait partie des éléments d’inquiétude. Le CSE suffit encore moins depuis 2017. On a perdu en qualité du dialogue social, en proximité, on a perdu les problématiques de santé au travail alors que c’est un sujet repris par le Premier ministre…”. En réponse, la ministre du travail s’est contentée de considérer la commission santé de “perfectible” tout en ajoutant qu’elle “donne de la nuance au sujet”. Avant d’ajouter : “Certains points doivent remonter d’un cran stratégique : les accidents graves et mortels doivent être évoqués en conseil d’administration et de surveillance”. “On ne peut pas limiter le dialogue social à un accord, cela dépend de ses thématiques et de ce qu’il y a dedans. Le pari des ordonnances était de diminuer les contraintes et de faire en sorte que les entreprises se saisissent du dialogue social, mais ça n’a pas été le cas”, a conclu Marylise Léon. |

Cet article provient du site Editions Législatives - ActuEL RH