Dans une ultime tentative de sauver ce qui reste du conclave, François Bayrou a pris la place de Jean-Jacques Marette depuis ses bureaux de Matignon, mardi 24 juin. Après leur dernier séance de négociation qui s’est étirée lundi 23 juin jusqu‘à plus de 23 heures, le sujet des retraites s’est déplacé de l’avenue de Ségur aux locaux de la rue de Varenne. Le Premier ministre a reçu le patronat et les syndicats pour examiner avec eux les possibilités de ce qui s’apparente à une sortie de crise. L’enjeu est de contraindre le patronat à accepter le texte issu de la fin des négociations et qu’il refusait de signer lundi dernier.
Nous avons fait le point des voies de passage et des blocages dans le cadre de la proposition de mardi dernier”, a indiqué Marylise Léon, à la sortie du rendez-vous syndical avec François Bayrou. Accompagnée de Christelle Thieffinne (CFE-CGC) et de Cyril Chabanier (CFTC), la secrétaire générale de la CFDT a remis sur la table les sujets de friction du texte de la délégation paritaire (en pièce jointe), notamment sur la pénibilité, la réintégration des trois critères ergonomiques, les retraites des femmes.
Le rapport de force s’est donc déplacé des relations patronat-syndicats aux relations François Bayrou-Patrick Martin. Car tel était bien le point névralgique des rendez-vous d’hier à Matignon pour les organisations syndicales : faire plier le patronat.
Une nouvelle fois, les représentants des trois syndicats qui ont accepté de poursuivre le conclave ont critiqué les refus patronaux et la communication faite à la presse de leurs dernières propositions sans leur en avoir fait part. Quoiqu’il en soit, Marylise Léon, Christelle Thieffinne et Cyril Chabanier refusent catégoriquement l’organisation d’une nouvelle réunion de négociations.
Selon Patrick Martin, le Premier ministre a également demandé aux organisations patronales de définir les sujets de désaccord persistant avec les syndicats. Si le président du Medef lui a répondu qu’il “faut ramener le balancier au milieu”, il a rappelé les avancées proposées par son organisation dans les dernières heures du conclave, comme l’avait fait sa négociatrice Diane Milleron-Deperrois : “Si les organisations syndicales ont fait une avancée significative, même s’il elle n’est pas aussi explicite que ça sur les 64 ans, il ne faut pas oublier que de notre côté, le Medef et la CPME ont fait des avancées considérables sur des sujets extrêmement sensibles”.
Traduction : les syndicats ont certes abandonné l’idée d’obtenir un abaissement de l’âge légal de départ de 64 ans, mais le patronat a accepté d’intégrer les trois critères ergonomiques au compte de pénibilité avec des départs anticipés pour les salariés dont l’exposition à l’usure sera constatée par un médecin. Sur les femmes, le patronat a concédé de réduire le nombre d’années de calcul du salaire moyen des femmes à 23 et 24 ans au lieu de 25 suivant le nombre d’enfants et de maintenir la surcote parentale de 5 % à compter de 63 ans issue de la réforme de 2023.
“Nous avons été de bonne foi et constructifs dans ce débat. Mais nous sommes soucieux de l’équilibre financier de nos régimes de retraite sans que cela se traduise par une hausse des prélèvements obligatoires”, a insisté le président du Medef. Il a conclu en évoquant les entreprises françaises “qui en prennent plein la figure de la part des concurrents étrangers” alors que “l’économie est à l’arrêt”.
Selon les organisations syndicales, François Bayrou prendrait une décision “d’ici la fin de la semaine”. Invité à l’Assemblée nationale pour une séance de questions au gouvernement, le Premier ministre a répondu au député socialiste, Boris Vallaud, et justifié les rencontres avec les partenaires sociaux par l’existence d’un “chemin qui peut permettre de sortir de cette impasse et de déboucher sur un texte qui pourra être examiné par la représentation nationale”.
Il a ensuite réaffirmé sa ligne politique sur les retraites : “Nous ne pouvons pas continuer à compromettre l’avenir des travailleurs d’aujourd’hui et des générations de travailleurs de demain en reportant sur les générations suivantes les déficits que nous causons tous les jours. Notre responsabilité, c’est de rétablir l’équilibre du régime de retraite”.
L’issue de ces quatre mois de discussions intenses va sans doute dépendre désormais de la pression que le Premier ministre pourra mettre sur les épaules du patronat. Et réciproquement. Les députés socialistes ont quant à eux annoncé le dépôt d’une motion de censure à l’encontre de François Bayrou. Pour l’heure, chacun campe sur ses positions.

Cet article provient du site Editions Législatives - ActuEL RH