L’absentéisme devient un fléau pour les entreprises françaises. Selon le 17è baromètre de l’absentéisme et de l’engagement réalisé par Ayming en partenariat avec OpinionWay, publié le 13 juin, les arrêts de travail ont explosé de 41 % en cinq ans. Un DRH sur deux considère désormais ce problème comme “élevé voire très élevé”.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : l’absentéisme atteint 23,3 jours par salarié en 2024, contre 18,6 jours en 2018. Cette progression fulgurante équivaut à six ETP (équivalents temps plein absents) toute l’année dans une entreprise de 100 salariés. Plus préoccupant encore, les arrêts de plus de deux mois ont bondi de 58 % par rapport à 2019.
Le coût direct de l’absentéisme représente 5,3 % de la masse salariale des entreprises. Mais la facture s’alourdit considérablement si l’on intègre les coûts indirects : remplacement, perte de productivité, désorganisation des équipes. Au total, Ayming estime ces coûts entre 100 et 107,9 milliards d’euros par an pour la France, soit environ 4 000 euros par salarié et par an.
La loi du 22 avril 2024, qui considère les arrêts maladie comme du temps de travail effectif pour l’acquisition de congés payés, risque d’aggraver encore cette charge financière. Les salariés en arrêt peuvent désormais acquérir jusqu’à deux jours ouvrables de congés par mois, dans la limite de 24 jours par an.
Pour les DRH interrogés dans cette enquête menée auprès de 1 000 professionnels RH du secteur privé, l’absentéisme constitue désormais leur deuxième difficulté majeure, juste après le recrutement. Les causes dépassent largement le cadre professionnel : maladies, démotivation, burn-out, accidents du travail, difficultés personnelles.
“Depuis la crise du Covid, le rapport au travail a changé. Les salariés sont plus sensibles à la reconnaissance, à l’équilibre de vie, au climat social”, observe l’étude. Un constat révélateur : 60 % des DRH confrontés à un climat social dégradé constatent une hausse des absences, contre seulement 35 % dans un environnement de travail sain.
Face à cette montée de l’absentéisme, les entreprises semblent démunies. Les trois principales conséquences identifiées par les DRH sont la charge de travail accrue pour les présents, la désorganisation des équipes et la perte de productivité. Ces phénomènes engendrent un cercle vicieux de démotivation et de fatigue professionnelle.
Plus troublant, un professionnel RH sur trois déplore le désengagement de sa direction générale sur le sujet et 60 % pointent l’absence de suivi régulier par les managers. Cette situation révèle un manque de soutien hiérarchique face à un enjeu pourtant stratégique.
Pour endiguer cette spirale, les DRH préconisent plusieurs leviers d’action. Ils plébiscitent à 48 % le déploiement de diagnostics des causes profondes et à 58 % la structuration d’indicateurs de suivi plus fins permettant des analyses croisées et des plans d’action terrain.
Ils prônent également la mise en place d’entretiens de retour systématiques après chaque absence et la réintégration progressive pour les arrêts longs. Enfin, ils réclament une implication active du management et de la direction générale, via des objectifs liés à la prévention.
“L’absentéisme est devenu l’expression visible d’un besoin de transformation des pratiques managériales et organisationnelles”, conclut l’étude. Un signal d’alarme que les entreprises ne peuvent plus ignorer sous peine de voir se dégrader durablement leur climat social et leur attractivité.

Cet article provient du site Editions Législatives - ActuEL RH