Hier, les participants au “conclave” (CFDT, CFTC, CFE-CGC, Medef et CPME) ont tenté d’avancer sur l’épineux sujet de la pénibilité et de l’usure professionnelle. Plusieurs propositions sont sur la table, reste à trouver une voie de passage. “L’objectif est d’arriver à converger mardi et on en est loin”, reconnaît Eric Chevée, chef de file pour la CPME.
Alors que le Medef a mis sur la table, mercredi, ses propositions en la matière, la CPME a avancé “une proposition intermédiaire” entre celle du Medef et celle de la CFDT qui est, elle, articulée autour “d’une cartographie sur l’exposition aux risques ergonomiques”.
La CPME propose de traiter la question de l’usure professionnelle de manière distincte de celle de la pénibilité. La confédération accepte qu’une cartographie permette d’identifier les métiers à usure professionnelle et qu’ils fassent l’objet d’un suivi particulier dans le cadre de la médecine du travail. Ce suivi permettrait ainsi de diminuer l’exposition aux risques d’usure professionnelle et de prévoir des mesures préventives ou de reconversion.
Ce “parcours d’usure” ainsi identifié et suivi donnerait priorité aux salariés concernés pour l’aménagement des fins de carrière (temps partiel, retraite progressive,…).
“Le Fonds d’investissement pour l’usure professionnelle (Fipu) deviendrait le dispositif central de la lutte contre l’usure professionnelle”, complète Eric Chevée.
Mais le Medef reste campé sur ses positions. Diane Milleron-Deperrois, la cheffe de file, a rappelé que leurs propositions s’articulaient autour de deux logiques. Un axe de prévention et de reconversion dans une approche collective. Et, dans une logique individuelle cette fois, la possibilité de départs en retraite anticipée à partir d’un constat médical.
► Rappelons que si le Medef accepte la réintégration des trois facteurs ergonomiques dans le compte professionnel de prévention (C2P), c’est uniquement dans un objectif de prévention : formation, reconversions professionnelles, passage à temps partiel sans perte de salaire. Les possibilités de départs anticipés à la retraite seraient ainsi supprimées dans le cadre du C2P.
L’objectif premier du Medef restant toutefois de permettre de rester en emploi le plus longtemps possible pour “la soutenabilité des régimes sociaux et le pouvoir d’achat”.
Autant dire qu’au vu de ces faibles avancées, les organisations syndicales se montrent très prudentes sur la possibilité d’un accord. “On n’est pas proches d’un accord ce soir”, constate le chef de file de la CFDT, Yvan Ricordeau, car tous les points qui devaient “s’éclaircir aujourd’hui” ne l’ont pas été, notamment celui de l’âge et celui de l’annulation de la décote à 66 ans contre 67 actuellement.
Sur la pénibilité, Yvan Ricordeau exprime un demi satisfecit car l’un des objectifs de la CFDT était d’obtenir la réintégration des trois critères ergonomiques dans le C2P. “On n’aboutit pas à ça ce soir mais par rapport aux propositions du Medef, on a une proposition médiane de la CPME”.
La CFTC se montre beaucoup moins séduite par la proposition de la CPME. Pour Pascale Coton, cela revient à adosser un “C2P bis” au C2P. Elle déplore par ailleurs que le Medef ne veuille pas du tout “participer à l’effort financier”.
Pour l’heure, et en l’état des discussions, la CFTC n’est pas disposée à parapher un éventuel accord. L’abaissement de l’annulation de la décote de 67 à 66 ans est pour elle un point non négociable”. Elle s’interroge d’ailleurs sur cet “accord” qui ne serait pas un ANI et “ce que va en faire le Premier ministre”.
Pour Christelle Thieffinne, cheffe de file de la CFE-CGC, en dépit de “deux propositions alternatives” sur l’usure et la pénibilité, “le compte n’y est pas pour les salariés”. Pour elle, il est essentiel que des salariés usés puissent partir de manière anticipée, en dehors des dispositifs d’invalidité et d’incapacité. Si elle se félicite que le patronat accepte désormais de mettre en place un dispositif de traçabilité, elle déplore que cela ne puisse pas servir à anticiper des départs. “Si on reste bloqués sur la pénibilité on ne va pas y arriver”, prévient-elle, tout en admettant “qu’on s’approche d’un accord car on a un écrit”. Elle s’interroge toutefois : “Est-ce que tous ceux qui sont dans la salle veulent un accord ?”. Réponse mardi après une dernière séance de négociation marathon qui pourrait bien se finir tard dans la nuit.
Cet article provient du site Editions Législatives - ActuEL RH