En 2019, plus de cinq millions de travailleurs (5 334 860) étaient exposés à un niveau sonore supérieur à 70 décibels (dB) – “niveau à partir duquel le bruit est considéré, dans la littérature, comme pouvant être fatigant et [à partir duquel] il faut commencer à forcer la voix pour avoir une conversation normale” – sur huit heures de travail (niveau moyen journalier), estiment des chercheurs de Santé publique France dans une étude inédite (*) publiée le 1er avril. Soit 20,5 % de l’ensemble des travailleurs français.
Parmi eux, 64,2 % étaient exposés à un niveau non lésionnel (entre 70 et 80 dB, risque d’effets réversibles auditifs comme des acouphènes et extra-auditifs comme la fatigue ou des troubles cardiovasculaires) et 35,8 % à un niveau lésionnel (≥ 80 dB, risques d’atteintes auditives possiblement irréversibles allant jusqu’à la surdité). 85 % étaient des salariés et 15 % des non-salariés. Les hommes représentaient près de 80 % des exposés.
Côté secteurs, les travailleurs du BTP étaient les plus nombreux à être exposés à un niveau sonore supérieur à 70 dB sur huit heures (72,3 %). Ceux du travail des métaux présentaient la plus forte proportion de travailleurs exposés à un niveau lésionnel sur huit heures (67,1 %). 89,2 % des ouvriers non qualifiés travaillant par formage de métal étaient par exemple exposés à un bruit ≥ à 80 dB. Tous les secteurs sont passés au crible. “Ces résultats pourront être utiles aux acteurs de terrain pour orienter au mieux la prévention, en ciblant les secteurs avec le plus de personnes concernées ou avec les plus fortes proportions d’exposés”, concluent les chercheurs.
Plusieurs limites sont à noter. Il s’agit d’une évaluation moyennée par emploi “qui ne permet pas de prendre en compte des situations d’exposition spécifiques liées à une entreprise, à une organisation du travail ou à un poste de travail”. Le port des PICB (protecteurs individuels contre le bruit) n’a pas été pris en compte, notamment parce que “l’efficacité réelle des PICB est parfois bien différente de ce que le fabriquant peut annoncer et cela peut entraîner des biais de classement”, lit-on. Et le seuil de 70 dB n’est qu’indicatif. “Selon le besoin de concentration, la sensibilité personnelle ou encore le type de bruit, un professionnel peut se dire gêné […] à des niveaux inférieurs à 70 dB”, expliquent les chercheurs.
(*) Selon les auteurs, cette étude est la première à documenter l’exposition au bruit, détaillée selon le niveau de bruit, dans l’ensemble de la population des travailleurs en France, selon le statut, et quel que soit leur employeur, en 2019. Côté méthodologie, une matrice emplois-expositions (MEE) évaluant les expositions a été développée par Santé publique France, en distinguant le niveau non lésionnel et le niveau lésionnel. Elle a été croisée avec les données des recensements de population millésimés de 2007, 2013 et 2019.
Cet article provient du site Editions Législatives - ActuEL RH