Les DRH : les nouveaux maitres du temps


Chronique

Dans un monde professionnel où tout semble devoir aller plus vite, où les deadlines se compressent comme des jeans dans une valise trop petite, il devient urgent de reprendre la maîtrise de notre temps.

Car, soyons honnêtes, combien de fois avons-nous répondu à un mail en moins de dix secondes pour recevoir… un accusé de réception froid et impersonnel. Combien de fois avons-nous enchaîné des réunions inutiles, devenant des champions olympiques de la réunionite aiguë ?

Pourtant, le temps est une ressource précieuse et non renouvelable.

A nous, DRH et leaders, de montrer la voie pour redonner aux organisations et aux individus le contrôle de leur agenda.

1 – Le temps : une ressource stratégique

Le temps, c’est un peu comme l’argent : mal géré, il s’échappe. Mais à la différence des finances, nous ne pouvons pas “gagner” de temps supplémentaire.

Ce qui est perdu ne reviendra jamais. Dans nos entreprises, cet enjeu prend une ampleur particulière. L’accélération constante des cycles économiques, l’omniprésence du numérique et la culture de l’urgence perpétuelle mettent les salariés sous pression. Résultat ? Les collaborateurs oscillent entre surchauffe et épuisement, tandis que les dirigeants regrettent un manque de réflexion stratégique.

Pourtant, le temps est un levier essentiel de performance et d’innovation. Prendre le temps de la réflexion, c’est éviter de se précipiter dans des décisions inadaptées.

Maîtriser son emploi du temps, c’est aussi gagner en sérénité et en efficacité.

2 – Des injonctions modernes à déconstruire

Les organisations, souvent sans s’en rendre compte, imposent des normes chronophages absurdes.

  • l’immédiateté des mails : pourquoi tant de messages sont-ils marqués “urgent” alors qu’ils pourraient attendre quelques heures ? Cette course à la réactivité ne fait que provoquer du stress inutile ;
  • les réunions à répétition : saviez-vous que 71 % des cadres considèrent que les réunions nuisent à leur productivité ? Des agendas saturés de rendez-vous empêchent de se concentrer sur des tâches de fond ;
  • les délais irréalistes : “c’est pour hier” est devenu un mantra. Pourtant, tout ne peut être traité avec la même urgence.

La première étape pour les DRH est donc d’interroger ces pratiques, d’en repérer les dérives et de proposer des alternatives pour redonner du pouvoir d’action aux équipes.

3 – DRH : artisans du temps bien utilisé

Le rôle des DRH est central pour mener cette révolution douce. Voici quelques actions concrètes pour inverser la tendance :

Repenser les modes de communication

Faites évoluer la culture du mail. Encourager une politique de priorisation claire peut libérer un temps précieux. Par exemple :

  • privilégier des points hebdomadaires bien cadrés plutôt que des échanges fragmentés par mail ;
  • adopter un code de signalement : “urgent”, “important” ou “peut attendre”.

Un DRH que je connais a instauré une règle simple dans son entreprise : pas de mails entre 19h et 8h, sauf urgence. Résultat ? Des collaborateurs qui dorment mieux et se sentent davantage respectés dans leur temps personnel.

Rationaliser les réunions

Pour lutter contre la “réunionite”, fixez des garde-fous :

  • limiter la durée des réunions à 45 minutes, une heure au maximum ; 
  • introduire une règle : si la réunion n’a pas d’objectif précis et d’ordre du jour, elle est annulée ; 
  • encourager le “no meeting day” : une journée par semaine sans réunion pour favoriser la concentration.

Un exemple ? Chez une grande entreprise de la tech, un DRH a instauré un principe : toute réunion doit aboutir à un plan d’action concret. Pas de résultat ? Plus de réunion sur ce sujet.

Cultiver le temps long pour les projets stratégiques

Dans un monde pressé, prenez le contre-pied. Encouragez vos équipes à se dégager du temps pour réfléchir à des projets de fond. Créez des espaces dédiés, des “bulles de réflexion”, où l’on met en sourdine le quotidien opérationnel pour imaginer l’avenir.

Un cas inspirant est celui d’une entreprise industrielle qui a instauré une journée mensuelle sans téléphone, mail ou réunion pour ses managers. Le but ? Réfléchir en profondeur à des sujets stratégiques. Le résultat a été impressionnant : des projets mieux pensés et une équipe plus alignée.

4 – Accompagner le changement culturel

Changer les pratiques, c’est bien, mais cela ne suffira pas. Il faut aussi transformer les mentalités.

  • valoriser le respect du temps d’autrui : un cadre qui planifie une réunion à 17h45 le vendredi n’a pas compris l’importance du temps des autres. Instaurez une charte pour sensibiliser les équipes à cette question ;
  • former les managers : offrez des formations sur la gestion du temps, mais aussi sur la priorisation et la délégation. Un manager débordé a souvent tendance à mal répartir les charges de travail ;
  • donner l’exemple : en tant que DRH ou leader, montrez la voie. Evitez d’envoyer des mails tard le soir ou d’annuler des congés à la dernière minute. Votre comportement est observé et reproduit.

5 – Une touche d’humour et de réalisme

Reprendre le contrôle de son temps ne signifie pas devenir un moine zen insensible à toute urgence. Cela demande pragmatisme et souplesse. Parfois, il faudra sacrifier un déjeuner pour un projet brûlant, mais cela doit rester l’exception, pas la règle.

Et surtout, dédramatisons ! Le jour où un DRH m’a dit : “J’ai survécu à une semaine sans une seule réunion”, il avait l’air tellement fier qu’on aurait cru qu’il avait couru un marathon. C’est dire à quel point nos pratiques actuelles sont absurdes.

6 – Conclusion : choisir son temps plutôt que le subir

Reprendre la maîtrise de son temps, c’est reprendre la maîtrise de sa vie. Pour les DRH, c’est aussi permettre aux collaborateurs de s’épanouir dans leur travail. C’est un enjeu à la fois individuel et collectif, un levier de bien-être et de performance.

Alors, la prochaine fois qu’un mail estampillé “URGENT !!!” atterrit dans votre boîte, respirez un bon coup. Répondez peut-être, mais prenez aussi le temps de vous demander : est-ce vraiment à vous de courir après le temps des autres ?

A vous de jouer, maîtres du temps !

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Signature: 
Geoffrey Fournier, Victoriam RH
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Repenser les modes de communication, écourter les réunions, cultiver le temps long pour certains projets stratégiques… Dans cette chronique, Geoffrey Fournier, président du cabinet conseil Victoriam RH, livre des pistes pour permettre aux DRH de reprendre le contrôle de leur agenda et gagner en efficacité.
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Geoffrey Fournier
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Cet article provient du site Editions Législatives - ActuEL RH