Top départ pour la négociation sur les retraites ! Hier, les partenaires sociaux se sont retrouvés pour le premier rendez-vous, après la remise du rapport de la Cour des comptes, au ministère du travail, de la santé et des solidarités, avenue Duquesne. Dans la nuit, ils avaient reçu la lettre de mission du Premier ministre, François Bayrou.
Au sortir de ces premières discussions, le ton se voulait attentiste. Mis à part Force Ouvrière qui a pratiqué la politique de la chaise vide dès le début de la réunion.
Le rapport de la Cour des comptes servant de base aux discussions a refusé de mélanger les régimes privés et publics. Il s’agissait d’ailleurs d’une demande unanime des syndicats. Mais la lettre de cadrage du Premier ministre (en pièce jointe) indique aux partenaires sociaux que “[leurs] travaux pourraient avoir des conséquences sur les régimes des agents publics et le régime agricole”. Par conséquent, les représentants des autres organisations se rendront aux réunions pour aborder des problématiques spécifiques, sans préciser toutefois lesquelles. Il pourrait s’agir de syndicats de la fonction publique ou de travailleurs indépendants.
Autre point majeur de la lettre de cadrage du Premier ministre : l’objectif donné aux partenaires sociaux d’un retour à l’équilibre financier dès 2023. De plus, François Bayrou souhaite que “les éléments sur lesquels [les partenaires sociaux s’accorderont] ne devront pas dégrader la trajectoire du reste [des] finances publiques”.
En revanche, la lettre ouvre une porte assez étonnante sur le pilotage du régime : “Vous pourrez enfin proposer de nouvelles règles de gouvernance du système de retraite qui associent mieux les partenaires sociaux”. Est-ce à dire que la France pourrait revenir à un pilotage du régime de base des retraites par les partenaires sociaux à l’image des retraites complémentaires Agirc Arrco ?
Enfin, dernier point à retenir de la lettre, François Bayrou compte informer régulièrement le Parlement de l’avancée des travaux des syndicats via la ministre du travail, Astrid Panosyan-Bouvet.
Les autres organisations syndicales ont livré leurs premières impressions en fin d’après-midi. “Il y a une équation financière à 6 milliards d’euros en 2030 à trouver. Donc ça va être difficile, sérieux en termes d’échanges mais pour la CFDT, ce n’est pas impossible”, a indiqué Yvan Ricordeau (CFDT). Pour autant, l’autre question majeure pour la CFDT, c’est “bouger sur les 64 ans et améliorer la prise en compte de la pénibilité”. Yvan Ricordeau a également regretté le départ de FO mais a affirmé : ” C’est la liberté de chaque organisation de participer à une négociation ou pas”.
Pour Denis Gravouil de la CGT, l’objectif de retour sur les 64 ans reste prioritaire. “Nous voulons le retour à 62 ans, la suppression de l’accélération de la réforme Touraine, dans la visée notamment de notre perspective de retraite à 60 ans que nous défendons toujours bec et ongle”. La CGT fera cependant aussi des propositions sur la pénibilité, les inégalités, les retraites des femmes. La Cour des comptes leur a par ailleurs fourni un chiffrage demandé la semaine dernière : un retour à 62 ans coûterait 10,4 milliards aux finances publiques. “Nous avons des propositions pour les trouver”, a indiqué Denis Gravouil.
A la CFE-CGC, Christelle Thieffine l’assure : “On prendra nos responsabilités mais il ne faut pas se focaliser sur les chiffres [du retour à l’équilibre financier] et travailler sur le partage de la valeur”.
Pour Pascale Coton (CFTC), l’essentiel est de pouvoir aborder ” les inégalités de retraite entre les femmes et les hommes, la partie famille, les enfants”.
A l’Unsa, Dominique Corona a lu une déclaration déplorant la séparation entre retraites du public et du privé : “Cette décision a pour conséquence d’exclure la plupart du temps l’Unsa et la FNSEA de ces discussions. (…) L’alliance de tous ceux qui souhaitent que rien ne bouge a encore frappé. (…) L’Unsa sera très attentive à ce que le courrier du Premier ministre soit respecté à la lettre”.
Côté patronal, on reste ouvert aux discussions sur tous les sujets mais attention aux lignes rouges que sont le coût du travail et la survie du régime par répartition.
Diane Milleron-Deperrois, représentante du Medef, assure de “la volonté” de l’organisation patronale de “participer de manière constructive” aux négociations, tout en alertant sur l’enjeu de l’équilibre financier du régime des retraites. “Ne croyez pas que nous vivons hors du champ économique compétitivité. Elle s’est également félicitée que le “facilitateur” des discussions, Jean-Jacques Marette, ait demandé aux participants de leur indiquer s’ils avaient besoin d’études complémentaires sur certains sujets.
Eric Chevée de la CPME a également insisté sur l’équilibre financier à retrouver pour maintenir le système par répartition. L’une de leurs propositions phrare es de faire varier l’âge de départ à la retraite selon le niveau d’espérance de vie afin “d’éviter des psychodrames tous les cinq ans”. La confédération patronale en a aussi profité pour remettre sur la table la question du temps de travail. “C’est par le travail que nous arriverons à sortir des impasses budgétaires. Il faudra travailler plus, plus longtemps, plus nombreux ou plus longtemps dans l’année ou dans la semaine”.
Autant dire que les discussions risquent rapidement de se tendre. La prochaine séance doit avoir lieu la semaine prochaine sans que la date ne soit encore connue.

Cet article provient du site Editions Législatives - ActuEL RH