Les chiffres restent stables d’une année à l’autre, les inconvénients du CSE et les difficultés des représentants du personnel persistent. Selon Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion et stratégies d’entreprises de l’institut Ifop qui réalise ce baromètre, “la stabilité des indicateurs n’est pas une bonne nouvelle, les difficultés se reproduisent d’année en année”. Pas d’accalmie donc pour les élus et délégués syndicaux. Quelques points positifs continuent cependant de remonter : l’image du CSE reste bonne pour 68 % des salariés.
L’étude a été réalisée de septembre à octobre 2024 sur la base de d’un échantillon représentatif de 1 878 représentants du personnel. 73 % des répondants exercent leur deuxième mandat au sein du CSE. 54 % d’entre eux travaillent dans une entreprise de moins de 1 000 salariés et 65 % sont représentants syndicaux.
Les représentants du personnel accordent une note de 5,3 sur 10 au dialogue social dans leur entreprise. C’est moins que la note donnée par les dirigeants (7,8/10) et par les salariés (6/10). Par ailleurs, plusieurs indicateurs s’érodent par rapport aux baromètres des années précédentes : la capacité à suivre les accords signés a baissé de 0,8 et celle de produire des accords de 0,4.
Dans la perception des élus, la motivation (- 6 points par rapport à 2023) et l’optimisme (- 5 points) perdent du terrain. L’inquiétude prédomine à hauteur de 56 % des répondants, soit 5 points de plus qu’en 2023. De plus, 55 % des représentants interrogés voient leur direction comme opportuniste et 52 % la sentent tendue. Arrivent ensuite un sentiment de fermeture (48 %) et l’attentisme (48 %).
Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT a commenté ces résultats. Pour elle, le constat est clair, les ordonnances de 2017 ne prennent pas : “On avait dit en 2017 que les ordonnances étaient un pari risqué. En fait c’est un pari perdu comme l’a montré le comité d’évaluation des ordonnances. Le pari de la maturité des employeurs dans le dialogue social ne s’est même pas réalisé. Il n’a même pas été tenté : seulement un tiers des CSE a été mis en place lors du premier cycle électoral. Pour beaucoup, le dialogue social n’est qu’une mise en conformité juridique, une contrainte. Mais nous restons motivés pour faire évoluer les choses”.
Comme les années précédentes, les représentants du personnel décrient le faible poids du CSE face aux directions comme principal inconvénient de l’instance (à hauteur de 40 %, contre 41 % en 2023). De même, 37 % évoquent à ce sujet l’ordre du jour des réunions trop chargé, 34 % la hausse du temps nécessaire pour les élus et 33 % le manque d’attractivité de la fonction d’élus du fait de la fusion des sujets économiques, conditions de travail et réclamations individuelles.
Salariés (92 %) et représentants (99 %) plébiscitent une consultation plus fréquente du personnel sur le travail et la manière de l’exercer. Une large part d’entre eux (82 % des salariés, 93 % des élus) aspire également à une meilleure répartition du pouvoir décisionnaire entre l’employeur, les actionnaires, les CSE et les salariés. Pour 86 % des représentants du personnel, les entreprises françaises ne présentent pas de forte culture du dialogue social. De plus, 85 % d’entre eux considère que le CSE devrait bénéficier d’un pouvoir décisionnaire propre. En conséquence, 82 % souhaitent un renforcement du poids des avis émis par le CSE et la mise en place par exemple d’un avis conforme.
Les élus ressentent donc une certaine lassitude liée à un sentiment d’inanité de leur avis. Quand l’Ifop les interroge sur les raisons pour lesquelles ils ne veulent plus se présenter aux élections professionnelles, 44 % d’entre eux répondent que la direction ne tient pas suffisamment compte de leurs avis et revendications. Ils n’étaient que 32 % à émettre cette réponse en 2023. Viennent ensuite le manque de temps et d’énergie (38 %) et les effets du mandat sur la carrière et la rémunération (29 %).
Conséquence de ce manque de dynamisme, 93 % des élus de CSE disent rencontrer des difficultés à recruter de nouveaux candidats aux prochaines élections professionnelles. L’investissement trop fort des élus rebute les salariés, comme en témoigne cet élu issu du secteur médico-social : “Personne n’a envie de faire ce qu’on fait. Les salariés nous disent « Moi, je ne pourrais pas faire ce que tu fais »”.
Autres freins à l’engagement recensés par le baromètre : un attachement moindre à l’entreprise, les conditions de travail peu optimales, la faible ancienneté des salariés, une charge de travail trop importante, une culture du syndicalisme moins ancrée aujourd’hui que par le passé, voir un “syndicat bashing” organisé tant au niveau national que dans l’entreprise.
Au menu des bonnes nouvelles, notons que 57 % des salariés attribuent à leur CSE une note positive à compter de 8 sur 10. La note moyenne pour l’ensemble des salariés est de 5,7/10. De plus, la bonne image du CSE reste stable au fil des baromètres. 68 % font savoir aujourd’hui qu’ils en ont une bonne image (c’était 66 % en 2021, 71 % en 2023). 62 % des salariés disent avoir voté lors des dernières élections. Plus de 6 salariés sur 10 indiquent être bien informés sur les actions du CSE.
Les activités sociales et culturelles gardent la cote : 61 % des salariés se disent bien informés à leur sujet, alors que le chiffre tombe à 50 % en ce qui concerne les prérogatives économiques et sociales du CSE. Les élus en gardent un goût amer. Selon les témoignages recueillis par Syndex, ils considèrent que le rôle d’animation des œuvres sociales relève d’une représentation tronquée du CSE qui résulte en partie d’une méconnaissance de sa vocation, voire d’un faible niveau d’intérêt.
Côté dirigeants, 93 % d’entre eux considèrent le CSE comme utile pour remonter les réalités vécues sur le terrain par les salariés.
|
Perspectives 2025 des sujets abordés entre CSE et directions
|
|
53 % des représentants du personnel souhaitent des augmentations de salaires plus importantes. Pour 2025, ils aimeraient des augmentations générales de 6,5 % et les salariés de 10,4 %. Ils anticipent cependant des montants moindres : de 2,4 % côté représentants et 3,1 % côté salariés. Les dirigeants, eux, anticipent des hausses de salaire à hauteur de 1,9 % seulement. Parmi les sujets prioritaires en 2025, les représentants évoquent :
L’intelligence artificielle arrive en dernier (16 %), derrière les enjeux environnementaux (32 %). |

Cet article provient du site Editions Législatives - ActuEL RH