C’est une première tendance mais qui pourrait bien dessiner les orientations 2025 en matière de négociations annuelles obligatoires (NAO). A partir de l’analyse de 108 accords publiés sur Legifrance, à mi-novembre, de différents secteurs d’activité, le Centre Etudes & Data du groupe Alpha, a décrypté, dans une enquête “flash”, publiée le 5 décembre, les décisions arrêtées par ces entreprises pionnières.
Premier constat : la dynamique de signature des accords d’évolution des salaires ralentit. A mi-novembre, 242 accords ont été signés depuis septembre, contre 262 l’année précédente. “Les entreprises ont joué le jeu de la prudence, dans un contexte économique incertain”, indique Alice Rustique, chargée d’études économiques au sein du Centre Etudes & Data du groupe Alpha.
Le ralentissement de l’inflation n’est pas étranger à cet attentisme. Mais d’autres facteurs ont également pesé, notamment “la faiblesse des carnets de commandes, le manque de trésorerie, les difficultés à rembourser les prêts garantis par l’Etat, l’incertitude poltique ainsi que la multiplication des plans sociaux”.
Conséquence ? Les NAO prennent une tournure inédite pour 2025 : 43 % des entreprises de l’échantillon ne prévoient aucun budget de revalorisation l’année prochaine, que ce soit pour les augmentations générales ou individuelles. Elles ont opté uniquement pour des primes et des éléments périphériques. Elles étaient 23 % dans ce cas en 2024.
Les salariés du secteur de l’économie sociale et solidaire seront les premiers concernés. Mais également ceux du commerce et des transports. De même, les collaborateurs des petites et moyennes entreprises ne sont pas à la fête : 29 % de ces structures coupent court aux augmentations salariales.
“Les entreprises prévoient moins souvent des augmentations pérennes de salaires. Faute de marges de manœuvre, elles se reportent sur des mesures accessoires”, insiste Alice Rustique.
Parmi les leviers, 56 % d’entre elles feront la part belle aux primes diverses, mensuelles (52 euros) ou ponctuelles (528 euros). Par ailleurs, 25 % vont faire un geste en faveur des titres restaurant avec une montant moyen de 8,7 euros. En outre, 10 % vont accorder une aide supplémentaire pour les transports (489 euros). En revanche, le forfait mobilité a peu la cote, seuls 8 % des accords prévoient cette mesure.
Les DRH actionnent aussi des leviers non-monétaires : 19 % d’entre eux prévoient des mesures sur le temps de travail. “L’entreprise peut accorder des jours supplémentaires (1,25 jour en moyenne), par exemple, en cas de paternité, d’enfants malades, pour aider un proche en perte d’autonomie voire offrir les ponts de 2025”. D’autres optent pour des congés supplémentaires liés à l’ancienneté (2,1 jours en moyenne).
Pour les autres, les budgets sont réduits. Les montants négociés s’élèvent à 2, 23 % pour les cadres et à 2,36 % pour les professions intermédiaires et à 2,41 % pour les ouvriers et employés. Toutes catégories confondues le budget moyen est de 2,33 %, contre 3,5 % l’an passé.
A noter : parmi celles qui augmentent les rémunérations, 11,3 % prévoient des augmentations minimales, le montant moyen de ce plancher est de 54 euros brut/par mois.
Montants moyens d’augmentations totales parmi les entreprises qui augmentent les salaires
(Source groupe Alpha)
Dans le détail, les augmentations générales restent la norme : 77 % des non-cadres et 66 % des cols blancs recevront ce coup de pouce. Mais l’enveloppe est moins généreuse que l’année précédente : les montants moyens se situent à 1,62% pour les cadres, à 1,84% pour les professions intermédiaires et à 1 ,96% pour les ouvriers et employés. Soit un recul d’un point par rapport à 2024 pour les cadres et de 1,1 point pour les non-cadres.
Montants moyens d’augmentations générales par CSP parmi les entreprises qui augmentent les salaires
(Source: groupe Alpha)
En 2025, les budgets d’augmentations individuelles seront supérieurs aux augmentations générales : avec des montants moyens de 2,24 % pour les cadres et de 1,98 % pour les professions intermédiaires, les ouvriers et employés.
Une tendance qui traduit un “changement de priorité”, selon Alice Rustique. “Même si les entreprises sont nombreuses à maintenir une part d’augmentation collective, les entreprises vont principalement chercher à rémunérer la performance de chaque salarié, cadre et non-cadre, pour favoriser la motivation”. 45,2 % des non-cadres et 51,8 % des cols blancs perçoivent ces coups de pouce.
Dans un tiers des cas, cette enveloppe est combinée avec une augmentation individuelle. Mais 22 % des non-cadres et 33,9 % des cadres ne percevront qu’une augmentation individuelle.
Montants moyens d’augmentations individuelles par CSP parmi les entreprises qui augmentent les salaires
(Source groupe Alpha)
Au global, en tenant compte des entreprises qui ne feront aucun geste sur les salaires, les budgets globaux d’augmentation s’élèvent ainsi à 1,23% pour les cadres, à 1,34% pour les professions intermédiaires et à 1,38% pour les ouvriers et employés. L’augmentation moyenne étant toutes catégories confondues à 1,32%. 2025, une année de diète pour les rémunérations ?
| Prime de partage de la valeur : “une baisse mais en aucun cas un effondrement” |
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| Sans surprise, la prime de partage de la valeur fait moins recette. 19 % des entreprises de l’échantillon des 108 accords ont intégré ce bonus, contre 30 % lors des NAO 2024. De plus, les montants sont plus faibles : 714 euros en 2025, contre 862 euros en 2025. “Il s’agit certes d’une baisse mais en aucun cas d’un effondrement”, précise Alice Rustique, chargée d’études économiques au sein du Centre Etudes & Data du groupe Alpha. |

Cet article provient du site Editions Législatives - ActuEL RH