“Faire tomber les préjugés” : c’est ce fil rouge que la direction de La Maif et les partenaires sociaux ont suivi tout au long des négociations sur l’inclusion des travailleurs handicapés. Lancés en octobre dernier, les pourparlers ont abouti, fin novembre, à la signature d’un accord, ratifié par l’ensemble des organisations syndicales représentatives, la CFDT, la CGT, FO, la CFE-CGC, la CFTC et la Confédération autonome du travail (Cat). Il entrera en vigueur le 1er janvier 2025.
L’assureur n’est certes pas à son premier coup d’essai : cet accord, conclu pour la période 2025-2027, est le sixième du genre depuis 2010. Et d’ores et déjà, les résultats sont palpables : le taux d’emploi des salariés handicapés est passé de 3 % en 2015 à 6,37 % fin 2023. “Au global, 460 collaborateurs sont bénéficiaires de l’obligation d’emploi des travailleurs handicapés (BOETH), dont 443 en CDI”, insiste Evelyne Llauro-Barrès, DRH du groupe Maif (8500 salariés).
L’intégration des travailleurs handicapés, leur maintien dans l’emploi, l’aménagement des postes de travail, la flexibilité du temps de travail, le télétravail étaient déjà des thématiques au cœur des précédents accords du groupe. Dans cette nouvelle mouture, la Maif réaffirme sa détermination de renforcer les actions déjà existantes. Mais le groupe va même un cran plus loin, en privilégiant l’accompagnement personnalisé.
Parmi les nouveautés, l’accord prévoit cinq jours d’absence rémunérée pour tous les salariés afin de faciliter les démarches administratives et médicales nécessaires à la constitution d’un dossier de reconnaissance de la qualité de travail handicapé (RQTH). Cette autorisation d’absence peut être déclenchée dès l’annonce du diagnostic du médecin traitant. Autrement dit sans attendre le dépôt du dossier auprès de la Maison départementale du handicap. Une étape qui “peut prendre entre six et neuf mois, selon les départements”.
Par ailleurs, l’accord prévoit la mise en place d’un entretien systématique avec le référent handicap du groupe (cinq au total) dès la RQTH obtenue. L’objectif est ici de faire “connaître l’ensemble des mesures existantes”. Puis, le process est renouvelé “six mois plus tard pour s’assurer de l’adéquation des dispositifs avec les besoins du salarié handicapé”.
Autre action : la Maif met l’accent sur la sensibilisation, du manager aux RH en passant par les représentants du personnel. L’enjeu est d’abord d’éviter toutes discriminations à l’embauche, mais aussi de sensibiliser aux singularités de certains handicaps et de construire un mode de fonctionnement qui convienne à tous. Avec à la clef une formation obligatoire en e-learning de deux heures.
Enfin, l’entreprise a mis en place des aides financières pour permettre au salarié de “mieux concilier vie professionnelle et contraintes liées à son handicap”. Dans le détail, l’accord prévoit un coup de pouce de 3 000 euros pour l’aide au déménagement (augmentée de 500 euros par enfant) ; de 12 000 euros (sur la durée de l’accord) pour aménager son véhicule, de 2 500 euros (par an) pour financer un mode de déplacement alternatif ou encore de 1 700 euros pour aider au frais de stationnement.
Côté médical, le texte instaure un soutien de 1 500 euros pour permettre au salarié handicapé d’adhérer à une mutuelle surcomplémentaire (en plus du contrat collectif obligatoire) et une aide pour compléter le remboursement des frais médicaux, en sus de ceux effectués par la sécurité sociale et les régimes de prévoyance et de mutuelles complémentaires. S’y ajoute des aides à l’appareillage (auditif notamment) d’un montant de 5 000 euros, l’attribution de chèques emplois service universel (Cesu) d’un montant de 125 euros par mois, co-financés par l’entreprise à hauteur de 80 %.
| Des témoignages audio pour “libérer la parole” |
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Au-delà, l’entreprise cherche à lever les préjugés liés au handicap. “Très souvent les handicaps sont invisibles”, observe Evelyne Llauro-Barrès, DRH du groupe Maif. Or, de nombreux salariés peinent encore à se déclarer comme travailleur handicapé, craignant qu’une telle demande de reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH) n’entraîne des répercussions sur leur évolution professionnelle. C’est pourquoi, l’entreprise a lancé, en novembre 2023, une grande exposition virtuelle pour lever les tabous. Avec à la clef, les portraits photo et vidéo de 35 personnes. Tous les témoignages ont été retransmis à l’ensemble des salariés du groupe. Une initiative, qui selon la DRH a permis “de libérer la parole” et aider certaines personnes à “faire leur coming out”. |

Cet article provient du site Editions Législatives - ActuEL RH